Comment une femme transgenre peut-elle devenir enceinte ?

Le territoire de la greffe d’utérus suscite l’intérêt des patients, mais les chirurgiens et les endocrinologues restent prudents.


Le territoire de la greffe d'utérus suscite l'intérêt des patients, mais les chirurgiens et les endocrinologues restent prudents.

Quand Mats Brännström a rêvé d’effectuer une greffe d’utérus, il voulait aider les femmes qui étaient nées sans cet organe ou celles qui avaient subi des hystérectomies. Il voulait leur donner une chance de donner naissance à leur propre enfant, notamment dans des pays comme sa Suède natale où la maternité de substitution est illégale. Il a tenté la procédure chez des rongeurs femelles et ensuite, il est passé aux moutons et aux babouins. Il y a 2 ans dans une première médicale, il a permis à une patiente, qui avait reçu une greffe d’utérus, d’accoucher de son propre garçon. Et avec d’autres patients, Mats a permis de donner naissance à 4 enfants de plus.

Mais son exploit monumental a eu des effets imprévus : Susciter l’espoir parmi les transfemmes (des personnes qui sont nées comme des hommes et qui sont devenues des femmes) pour qu’elles puissent porter leur propre enfant. Cecile Unger, une spécialiste dans la médecine pelvienne chez les femmes dans une clinique de Cleveland, a déclaré que près de 40 patientes transgenres, qui sont désormais des femmes, lui ont posé des questions sur les greffes d’utérus. Une patiente lui a demandé si elle devait attendre sa chirurgie pour changer de sexe pour avoir sa greffe d’utérus en même temps (Unger a répondu que non). Marci Bowers, une chirurgienne spécialisée en gynécologie au Mill’s Peninsula Medical Center a déclaré que seuls 5 % de ses patientes transgenres lui ont demandé des précisions sur la greffe d’utérus. Joshua Safer, un endocrinologue au Boston Medical Center a rapporté les mêmes questions. Et avec chaque patient, la conversation a permis de baisser les espérances sur les greffes d’utérus.

Et il est facile de répondre à la question : Est-ce qu’une peut-elle porter un enfant ? Non pour le moment. On n’a aucun essai sur les animaux et donc, il faudra beaucoup de temps pour l’envisager chez les humains. Mais avec 6 greffes d’utérus planifiés pour des femmes aux États-Unis, les chercheurs en reproduction espèrent améliorer la technique dans les prochaines années.

Une série de succès pourrait devenir des précédents qui permettraient d’étendre les applications de la greffe d’utérus incluant le fait d’aider les transgenres femmes. De nombreux progrès pour améliorer la santé chez les femmes s’appliquent aussi aux transgenres, mais personne n’en parle selon Mark Sauer, un professeur d’obstétrique et de gynécologie à l’université de Columbia. Mais un tel futur est difficile à imaginer au moins sur le court terme. La chirurgie est encore très expérimentale même pour des femmes natives. Jusqu’à présent, on a effectué une douzaine de greffes d’utérus avec des résultats mitigés. Par exemple, une patiente a dû se faire enlever sa greffe d’utérus le jour qui a suivi l’opération à cause des complications. Et seules les procédures menées par le groupe de Brännström ont permis d’avoir des enfants à terme. Mais on espère plus d’efforts aux États-Unis. De nombreuses cliniques vont mener des projets pilotes pour permettre à des femmes de porter leur propre enfant.

Une perspective risquée

Le problème est que les greffes d’utérus sont très complexes et nécessitent des ressources considérables avec des douzaines de personnels de santé et une coordination parfaite. En premier lieu, on doit enlever l’utérus et les veines d’un donneur vivant ou mort. Ensuite, on doit greffer l’organe rapidement et il doit fonctionner correctement pour produire un cycle de menstruation dans le récipient. Si le patient ne subit pas de complications, un an plus tard, un médecin peut implanter un embryon via la fécondation in vitro. L’accouchement devra se faire par une césarienne pour limiter le stress sur l’organe greffé et parce que la patiente ne sent pas les contractions de l’accouchement (les nerfs ne sont pas greffés avec l’utérus.) Suivant la greffe et la , la patiente devra prendre des médicaments puissants d’antirejet avec le risque des effets secondaires dévastateurs.

Ce processus dynamique de la grossesse nécessite plus qu’un ventre pour abriter le foetus et donc, les problèmes sont bien plus importants pour une . Pour supporter un foetus à travers la grossesse, le récipient transgenre devra avoir un environnement hormonal et un système vasculaire adapté pour alimenter l’utérus ainsi qu’un vagin. Pour les audacieuses qui sont prêtes à effectuer ces étapes extrêmes, les spécialistes en reproduction estiment que de telles avancées sont théoriquement possibles, mais elles sont loin d’être faciles.

Vous êtes un transgenre femme et vous voulez une greffe d’utérus ? Voici les principales étapes. En premier lieu, vous devrez subir une castration et des doses d’hormones exogènes très élevées, car on doit compenser pour les hormones males qui sont aussi très élevées. Ces hormones males, appelées androgènes, pourraient menacer la grossesse. Bien que les traitements hormonaux sont puissants, les patientes devront se faire castrer parce que la thérapie ne pourrait pas être suffisante pour maintenir la grossesse pour des patients avec des testicules. La patiente devra également subir une chirurgie pour créer un néovagin qui serait connecté à l’utérus greffé afin de produire les menstruations et permettre aux médecins d’accéder à l’utérus pour les soins.

Un petit nombre de chirurgiens ont déjà créé des vagins artificiels en les connectant à des utérus greffés. La plupart des patientes greffées de Brännström sont des femmes qui souffrent d’une maladie appelée le syndrome de Rokitansky. Ce syndrome fait que ces femmes n’ont pas la partie supérieure du vagin et elle doit avoir un néovagin pour étendre leur organe existant. De même, les chirurgiens, qui se spécialisent dans les transgenres femmes, créent souvent des néovagins après la castration en utilisant la peau du pénis et celle du scrotum.

La connexion biologique

Même si on surmonte les défis hormonaux et anatomiques, il reste un défi ultime pour une personne qui est né pour produire du sperme alors qu’il lui faudrait des ovules. Avant la castration, on devra collecter le sperme de la personne pour le combiner avec les ovules du donneur pour créer un embryon via la fécondation in vitro. Et on devra geler cet embryon jusqu’à ce que la patiente greffée soit prête. Si on réussit l’implantation de l’embryon, alors la transgenre femme va produire naturellement le placenta nécessaire pour la grossesse ainsi que la lactation pour l’allaitement maternel selon Unger.

Et les experts ne s’accordent pas sur le plus grand défi sur ces greffes théoriques chez les transgenres femmes. Giuliano Testa, un chirurgien en greffe au Baylor University Medical Center, qui va bientôt diriger des greffes d’utérus chez des femmes natives, estime que les hormones seront plus grand obstacle. Ce serait un exploit sans précédent selon ce chirurgien. Et je ne ferais jamais une chose pareille. Mais il concède que les greffes ne sont pas à écarter définitivement. Après tout, il s’agit simplement de connecter 2 artères et 2 veines avec des techniques de pointe.

En revanche, Unger s’inquiète d’un flux sanguin constant dans le foetus. Bowers, qui est une transgenre, a déclaré qu’elle s’inquiète plus de l’environnement biologique instable et des risques pour la future mère. Je respecte la reproduction, mais je ne pense pas que je verrais une transgenre femme qui soit pendant mon existence. Et c’est ce que je dis à mes patientes. Les couts et l’éthique sont également de grandes barrières. De nombreuses transgenres économisent depuis des années pour la chirurgie génitale qui coute environ 24 000 dollars sans la couverture de l’assurance. Et une greffe d’utérus serait beaucoup plus cher selon Unger.

Et certains médecins, qui travaillent aux frontières de la légalité, s’inquiètent des problèmes d’éthique. Sauer, le gynécologue de Columbia, a déclaré que la maternité par substitution et l’adoption sont disponibles dans de nombreux pays. Et une chirurgie, qui permet à des patients d’accoucher plutôt que de sauver leur vie, est un risque trop important. Safer, le directeur médical du Center of Transgender Medicine and Surgery au Boston Medical Center va dans le même sens. Si vous risquez de mourir sans une greffe, alors vous prenez les médicaments anti-rejets. Mais ce n’est pas le cas ici. Ce n’est pas une question de vie ou de mort.

Le comité d’éthique de l’American Society for Reproductive Medicine discute déjà de la priorité des greffes d’utérus selon Sauer qui est un membre de ce comité. Mais il n’y a aucune discussion sur l’intégration des transgenres femmes dans le processus. De plus, on ignore encore comment une organisation
comme l’United Network for Organ Sharing va réagir face à ce type de demande. Mais l’intérêt dans la greffe d’utérus augmente de plus en plus. Brännström a déclaré que sa boite mail est inondé avec des messages provenant de personnes assez peu conventionnelles. Je reçois des mails du monde entier, par exemple, un couple de gays au Brésil qui voudrait porter un enfant. Mais Brännström ne veut pas prendre ce chemin, car il veut se concentrer sur les femmes qui sont nées sans un utérus ou qu’elles l’ont perdu à cause d’un cancer ou d’une autre maladie. Mais si on veut effectuer la grossesse chez les transgenres femmes, alors la prochaine étape sera de la tester chez les femmes qui souffrent d’un trouble appelé syndrome de l’insensibilité androgène. Une personne avec un AIS ressemble globalement à une femme, mais elle n’a pas d’utérus et elle est un mâle sur le plan génétique.

Toutes ces discussions sont complexes, mais elles sont positives sur un point. La facilité de trouver des organes. Un groupe va devenir des donneurs prolifiques. Ce sont les femmes qui deviennent des hommes et qui décident d’enlever leur utérus. Unger a déclaré qu’un patient sur trois a accepté de donner ses organes. Mais il n’y a pas de protocoles avec ce type d’offre, car la clinique de Cleveland utilise des utérus provenant de cadavres et donc, ces offres sont abandonnées pour le moment. Et c’est dommage puisque ces personnes ne souffrent pas de maladie qui nécessite une hystérectomie. Mais il y a un risque médical majeur. Si une femme veut se faire enlever simplement son utérus, alors l’opération dure entre 30 minutes et une heure. Mais si on veut prélever l’organe pour une greffe d’utérus, alors cette femme devra passer par une opération qui peut durer 11 heures, car il faut préparer l’organe et les vaisseaux sanguins pour la greffe. On étudie encore l’éthique de ces donations et comme les greffes d’utérus pour des transgenres femmes, la médecine se trouve de nouveau dans un territoire totalement inconnu.

 

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By (author):  Arnaud Alessandrin

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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