Le chytride, un champignon mortel pour les amphibiens, est originaire de l’Asie de l’Est

Le chytride qui est un champignon mortel responsable de la dévastation des populations d’amphibiens à travers le monde pourrait provenir de l’Asie de l’Est selon une nouvelle étude.


Un crapaud de l'espèce Crapaud Sonneur Oriental (Bombina orientalis) importé en Europe depuis la Corée du sud - Crédit : Frank Pasmans
Un crapaud de l'espèce Crapaud Sonneur Oriental (Bombina orientalis) importé en Europe depuis la Corée du sud - Crédit : Frank Pasmans

Batrachochytrium dendrobatidis (Bd), connu sous le nom de champignon chytride, a longtemps été identifié comme une cause du déclin et de l’extinction des espèces de grenouilles, de crapauds, de tritons et d’autres amphibiens à travers plusieurs continents. Le chytride est distribué dans le monde entier, mais, à ce jour, on ignorait la source des souches mortelles du pathogène.

Le chytride (Batrachochytrium dendrobatidis)

Désormais, de nouvelles recherches publiées dans la revue Science et menées par des chercheurs de l’Imperial College de Londres aux côtés de partenaires dont ZSL (Zoological Society of London) suggèrent que la version pathogène de ce champignon est originaire d’Asie de l’Est.

Les chercheurs soulignent la nécessité de renforcer la biosécurité à travers les frontières incluant une interdiction potentielle du commerce des amphibiens comme animaux de compagnie pour assurer la survie des espèces vulnérables. Le Dr Simon O’Hanlon, du Département d’épidémiologie des maladies infectieuses de l’Impériale et premier auteur du papier, a déclaré : Depuis les années 1990, les biologistes savent que le chytride était à l’origine du déclin de nombreuses espèces d’amphibiens, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas été capables d’identifier sa source. Dans notre papier, nous résolvons ce problème et montrons que la lignée qui a causé une telle dévastation remonte à l’Asie de l’Est.

Le chytride est transmis d’un animal à l’autre et se propage rapidement dans la nature en provoquant une mortalité catastrophique et des déclins chez certaines espèces tandis que d’autres sont moins affectés. Le champignon provoque une maladie appelée chytridiomycose, qui attaque la peau de l’animal, affectant leur capacité à réguler les niveaux d’eau et d’électrolytes et entraînant une insuffisance cardiaque.

Une souche originaire de l’Asie de l’Est

Dans cette dernière étude, une équipe internationale regroupant 38 établissements a recueilli des échantillons du pathogène provenant du monde entier. Ils ont séquencé les génomes de ces échantillons en combinant les données avec les génomes des études antérieures sur le chytride pour constituer une collection de 234 échantillons. Les chercheurs ont analysé les données en regardant les différences entre les génomes. À partir des échantillons, ils ont identifié quatre lignées génétiques principales du champignon dont trois sont distribuées globalement. Une quatrième lignée n’a été trouvée qu’en Corée sur des grenouilles originaires de la région.

Les cultures de cette lignée coréenne contenaient beaucoup plus de diversité génétique que n’importe quelle autre lignée. Une analyse plus approfondie du chytride coréen n’a montré aucun antécédent d’épidémies globales au sein de leurs génomes suggérant que les souches chytrides coréennes étaient originaires de la région et ressemblaient le plus à l’ancêtre de tous les chytrides modernes.

En utilisant les données génétiques, l’équipe a estimé la période où la souche meurtrière du chytride, qui sévit actuellement chez les amphibiens, a divergé de son ancêtre commun le plus récent. Leurs résultats soutiennent l’idée que plutôt que de remonter des milliers d’années comme on le pensait auparavant, la maladie s’est considérablement développée entre 50 et 120 ans en coïncidant avec l’expansion mondiale rapide du commerce intercontinental. La découverte par l’équipe de souches asiatiques de chytride chez des crapauds sonneurs orientaux a fortement soutenu cette idée.

Le commerce des animaux de compagnie contribue à la propagation

Selon les chercheurs, les mouvements humains d’amphibiens tels que le commerce des animaux de compagnie ont directement contribué à la propagation du pathogène dans le monde entier. Ils ajoutent que le papier fournit des preuves solides pour une interdiction du commerce des amphibiens en provenance d’Asie, en raison du risque élevé associé à l’exportation de souches de chytrides jusqu’alors inconnues hors de cette région.

Le groupe souligne également la menace d’un autre pathogène amphibien qui est également apparu en Asie (B. salamandrivorans ou BSal) affectant les salamandres en Europe et dont la propagation est également liée au commerce mondial des amphibiens de compagnie en provenance d’Asie. Le professeur Matthew Fisher de l’École de santé publique de l’Impériale, a déclaré : Notre recherche ne fait pas que pointer du doigt l’Asie de l’Est pour ce pathogène fongique mortel, mais suggère que nous n’avons découvert que la pointe de la diversité chytride en Asie. Par conséquent, tant que le commerce des amphibiens infectés ne sera pas interrompu, nous continuerons à menacer notre biodiversité irremplaçable des amphibiens.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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