La reine des fourmis enterre les corps pour éviter les infections

Une petite étude suggère que les reines de fourmis sont capables de dépecer et d’enlever le corps d’autres reines au début de la colonie afin d’éviter les infections par les pathogènes. L’étude reste limitée, mais cela sous-entend que la reine peut effectuer des tâches d’ouvrières pour garantir la survie de la colonie.


Une reine de fourmis qui est morte à cause d'une infection fongique - Crédit : Christopher Pull
Une reine de fourmis qui est morte à cause d'une infection fongique - Crédit : Christopher Pull

Des reines de fourmis peuvent enterrer d’autres reines, une tâche normalement effectuée par les ouvrières, pour éviter l’infection lors de la co-fondation d’une nouvelle colonie selon une étude publiée dans la revue BMC Evolutionary Biology.1

Des chercheurs de l’Institut des sciences et de la technologie d’Autriche ont constaté que dans les cas où deux reines de fourmis fondent une colonie et qu’une des reines meurt avant l’arrivée des premières ouvrières, la reine survivante va avoir un comportement d’ouvrière comme le fait de mordre et d’enterrer le cadavre pour empêcher la transmission des agents pathogènes. Les auteurs ont constaté que la morsure et l’enterrement étaient associés à une réduction par un facteur de 7 des probabilités de la mort d’une reine.

Une reine de fourmis qui est morte à cause d'une infection fongique - Crédit : Christopher Pull

Une reine de qui est morte à cause d’une infection fongique – Crédit : Christopher Pull

Christopher Pull, auteur de l’étude, a déclaré : Les reines de fourmis se concentrent généralement sur la reproduction et elles ne se livrent à aucune tâche risquée ou dangereuse et c’est pourquoi, nous avons été surpris de constater que les reines de fourmis, à cause de la compétition pour des sites de nidification optimaux, adoptent des comportements qui peuvent avoir un impact sur leur survie. Nous avons constaté que les reines, qui effectuent ces comportements, sont moins susceptibles de contracter des infections comparées à celles qui ne font pas cette tâche.

Selon Christopher Pull : La plupart des recherches précédentes, sur la façon dont les reines de fourmis combattent l’infection au cours des fondations de la colonie, ont mis l’accent sur leurs réponses immunitaires après l’infection. Nous avons entrepris d’analyser sur la façon dont les reines se comportent pour prévenir les infections à la base. Il est important que les reines des fourmis évitent les infections, car elles ne vivent que de la décomposition des graisses et des muscles jusqu’à l’arrivée de leurs premières ouvrières. Et le fait de dépenser des ressources pour combattre une infection pourrait affecter leur succès de reproduction et celui de la colonie par conséquent.

Une seule reine fondatrice avec sa première couvée - Christopher Pull

Une seule reine fondatrice avec sa première couvée – Christopher Pull

En examinant le comportement des reines de la noire du jardin, avec 18 % qui avaient co-fondé des colonies généralement par paires, les auteurs ont constaté que si 2 reines partageaient un nid fermé avec une seule chambre et que l’une d’entre elles mourait, 74 % des reines survivantes mordait la reine morte pour la dépecer et 67 % enterraient les morceaux. Si 2 reines co-fondatrices partagent un nid ouvert avec plus d’une chambre, 78 % des reines survivantes vont enlever la reine morte de la chambre de nidification tandis que la plupart des reines restantes dépèceront et enterreront le cadavre.

Les auteurs ont constaté que si le dépeçage et l’enterrement étaient associés à des chances accrues de survie, l’élimination d’une reine morte du nid n’avait pas d’effet statistiquement significatif sur la mortalité. Même si cela pouvait être dû à un manque de puissance statistique à cause du nombre faible de reines qui n’accomplissent pas ce comportement, une explication possible pourrait être que les fourmis interagissaient encore avec les cadavres après son retrait en risquant une infection selon les auteurs.

Une reine de fourmis avec une co-fondatrice - Chrisopher Pull

Une reine de fourmis avec une co-fondatrice – Chrisopher Pull

Pour étudier comment l’exposition aux agents pathogènes peut affecter le choix d’une reine de fourmis à co-fonder des colonies et comment les reines de fourmis pourraient limiter la transmission de la maladie par les co-fondateurs infectés, les chercheurs ont effectué 2 expériences.

Dans la première expérience, les reines en bonne santé pouvaient choisir de nicher seules, avec une reine qui avait été exposée à un agent pathogène fongique ou avec une reine fictive (20 fourmis par groupe d’étude). Les chercheurs ont exposé des reines à des agents pathogènes fongiques en pipettant un liquide contenant des spores fongiques dans les thorax des fourmis. Les fourmis dans le groupe de contrôle ont été traitées avec un liquide qui ne contenait pas de spores fongiques. Les auteurs ont constaté qu’en moyenne, 65 % des reines ont choisi de co-produire et que l’exposition aux agents pathogènes n’a pas affecté le choix de la co-fondation. Les reines n’ont pas évité de co-fonder avec d’autres reines infectées.

Dans la seconde expérience, quand une reine infectée est morte et qu’une reine dans le groupe de contrôle a été tuée et présentée à une reine survivante, les auteurs n’ont observé aucune différence. Les comportements d’enlèvement du corps ont été effectués sur les deux reines. Cela suggère que la reine survivante ne peut pas déterminer si les autres reines sont infectées ou non, mais dès qu’elle s’aperçoit qu’elles meurent, alors elles prennent soin du corps pour une infection potentielle.

Des nouvelles reines collectées après le vol d'accouplement qu'on a ensuite peint pour les identifier dans l'expérience - Crédit : Chrisopher Pull

Des nouvelles reines collectées après le vol d’accouplement qu’on a ensuite peint pour les identifier dans l’expérience – Crédit : Chrisopher Pull

Selon Christopher Pull : Cette étude élargit notre point de vue sur les défis auxquels sont confrontées les fourmis fondatrices de colonies et sur la façon dont ces défis façonnent l’évolution du comportement de la reine qui semble beaucoup plus complexe qu’on ne le pensait auparavant. La vision simpliste de la reine fondatrice, qui attend patiemment que ses ouvrières arrivent pour qu’elle puisse assumer le rôle de reproductrice, n’est manifestement pas une image complète.

Sources

1.
Co-founding ant queens prevent disease by performing prophylactic undertaking behaviour . BMC Evolutionary Biology. https://bmcevolbiol.biomedcentral.com/articles/10.1186/s40359-017-0201-4.

N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (2 votes, average: 5,00 out of 5)
Loading...
mm

Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *