Les politiques agricoles en Afrique ruinent les plus pauvres


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  • Les politiques agricoles visant à réduire la pauvreté en Afrique pourraient empirer les choses selon une étude de l’Université d’East Anglia (UEA).


    Les nouvelles politiques agricoles en Afrique initiées par les donateurs, le FMI et les multinationales nuisent principalement aux plus pauvres.

    Publié ce mois dans la revue World Development, l’étude constate que les politiques prétendument appelées comme la « révolution verte » au Rwanda promues par le gouvernement, les donateurs et les organisations internationales telles que le FMI peuvent avoir des effets très négatifs sur les plus pauvres. Le FMI et les donateurs promeuvent ces politiques agricoles comme étant capables de réduire la pauvreté.

    L’une des principales stratégies pour réduire la pauvreté en Afrique subsaharienne est à travers des politiques pour accroître et moderniser la production agricole. On estime qu’il y a 90 % des personnes dans certains pays africains qui sont de petits exploitants qui dépendent principalement de l’agriculture. Pour ces personnes, l’innovation agricole telle que l’utilisation de nouvelles variétés de semences et de techniques de culture possède des avantages, mais aussi de grands risques.

    Les politiques agricoles des années 1960 et 1970 consistaient en l’appui de nouvelles semences pour les cultures commercialisables qui étaient vendues à des prix garantis. Ces politiques ont aidé de nombreux agriculteurs et elles ont transformé les économies des pays asiatiques. Par la suite, ces politiques agricoles ont été connues comme des « révolutions vertes« . La nouvelle vague de politiques de la révolution verte en Afrique subsaharienne, qui est gérée par les multinationales et les donateurs occidentaux, a un impact sur la vie sur de dizaines, voire de centaines de millions de petits exploitants agricoles selon l’auteur principal de l’étude Dr Neil Dawson.

    L’étude révèle que seule une minorité relativement riche a pu s’adapter à la modernisation forcée parce que les agriculteurs les plus pauvres ne peuvent pas prendre un crédit pour les semences et les engrais. Ces agriculteurs ont peur que s’ils ne réussissent pas leurs objectifs de récolte, alors le gouvernement va saisir leurs terres et les donner à d’autres exploitants qui sont plus riches. Ce phénomène augmente la paupérisation et la mainmise des multinationales sur les terres agricoles des plus pauvres.

    Ces résultats sont liés avec les récents débats sur les stratégies pour nourrir le monde face à la croissance démographique. L’influence de riches donateurs est de plus en plus considérable et on peut citer la Fondation Gates, l’initiative New Alliance for Food Security and Nutrition et des multinationales telles que Monsanto parce que ces entités poussent à la modernisation de l’agriculture en Afrique. Il y a également eu des débats entre les petites et les grandes exploitations pour lutter contre la faim en Afrique.

    Le Dr Dawson, chercheur à la School of International Development de l’UEA, a déclaré : Des résultats similaires sont apparus dans d’autres expériences en Afrique. Le développement agricole peut aider ces gens, mais au lieu, ces politiques semblent exacerber le manque de terres et l’inégalité pour les habitants les plus pauvres dans les zones rurales.

    De nombreuses de ces politiques ont été salués comme des succès de développement, mais même si ce succès est chanté à tue-tête dans toutes les conférences, les preuves sont très faibles sur ce succès. De plus, les conditions actuelles des pays africains sont très différentes de ceux des pays asiatiques dans les années 1960 et 1970.

    Ces politiques agricoles peuvent augmenter la production totale des cultures, mais pour la plupart des petits exploitants pauvres, ces politiques les dépouillent de leur principale ressource qui est la terre. Cette étude détaille comment ces changements imposés perturbent les pratiques de subsistance, aggravent la pauvreté, altèrent les systèmes de commerce local et menacent la propriété des terres. Il est étonnant que les impacts des politiques sur les populations pauvres soient si mal évalués.

    La recherche s’est portée sur les politiques agricoles du Rwanda et ces changements pourraient affecter le bien-être de la population rurale dans 8 villages dans les régions montagneuses du pays. Dans ces régions, la pauvreté est chronique et les habitants dépendent de leurs lopins de terre pour se nourrir.

    Dans le passé, les agriculteurs cultivaient jusqu’à 60 types de cultures afin de compenser le changement des saisons. Cette diversité agricole permettait d’empêcher les pénuries et la faim. Mais en raison de la densité de la population dans les collines du Rwanda, de nouvelles politiques agricoles ont été imposées qui obligent les agriculteurs à moderniser avec de nouvelles variétés de semences et d’engrais chimiques. L’objectif des donateurs et des multinationales est que les agriculteurs se spécialisent dans un seul type de culture pour tenter de rompre avec de prétendues pratiques agricoles archaïques. Cependant, cette mentalité de mono-culture menace directement les moyens de subsistance de ces agriculteurs et ils sont à la merci de la saisie de leurs terres s’ils ne payent pas leurs dettes. Des dettes motivées par l’achat d’engrais et d’équipement. En général, le modèle économique se base sur l’hypothèque des terres en échange des prêts.

    Le Dr Dawson et son équipe encouragent à revoir totalement la politique de la révolution verte, car elle fait exactement le contraire de ce qu’elle devrait faire. Évidemment, cette révolution prend tout son sens si on change son appellation par révolution coloniale.

    Source : UEA

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    Boubakar Nguema

    Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

    1 Response

    1. KONAN CHRISTIAN RENE KOFFI dit :

      La grande majorité des économies Africaines reposent sur l’agriculture, pratiquée principalement en milieu rural. Cependant, c’est le milieu qui reste le plus exposé à la pauvreté. Comment comprendre un tel paradoxe? La réponse à cette question se trouve justement dans les pratiques culturales observées en milieu rural. L’agriculture y repose sur la monoculture (les ménages ne cultivent qu’une seule espèce laissant de côte les autres). Pour réduire la pauvreté en milieu rural, il sera nécessaire et urgent de revoir les politiques agricoles; sensibiliser les populations à une diversité de cultures de sorte à résoudre le problème de faim, ce qui aura un impact direct sur la réduction de la pauvreté.

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