Franc CFA : 15 pays africains à l’heure du choix entre stabilité et liberté

Les pays qui utilisent le Franc CFA doivent décider de l’avenir de cette monnaie. Mais on peut penser que le CFA va durer pendant un bon bout de temps puisque la réunion se fait sous l’auspice de Michel Sapin. Pourquoi la France s’implique-t-elle dans l’avenir d’une monnaie si celle-ci est purement africaine. Le Franc CFA est l’un des outils les plus puissants de la France pour maintenir son contrôle sur ses anciennes colonies. (Une occasion de lire notre dossier sur comment La France pille encore ses anciennes colonies).


Les pays africains qui utilisent le CFA doivent décider de l'avenir de cette monnaie, mais elle est partie pour durer très longtemps à cause du néo-colonialisme de la France

(Agence Ecofin) – Ce samedi à Yaoundé les argentiers des 15 pays africains qui ont en partage le franc se sont réunis avec le ministre des finances français Michel Sapin. A l’ordre du jour, la situation des économies africaines, touchées par l’effondrement des cours des matières premières, qui enregistrent un déficit croissant des comptes courants et un endettement qui prend l’ascenceur.

Mais le sujet qui fait débat reste l’avenir du franc CFA, autrefois « franc des Colonies françaises d’ », créé en 1945, devenu aujourd’hui « franc de la Communauté financière africaine ».

Ses partisans soulignent que le taux de change fixe lié l’euro, ainsi que la garantie de la France, confèrent aux économies CFA une stabilité profitable. C’est par exemple d’avis de Lionel Zinsou, président d’Africa France et ex-Premier ministre du Bénin : « Le franc CFA est une monnaie d’intégration » estime-t-il, jugeant cet atout« très important pour développer des grands marchés intérieurs ».

Les détracteurs de la monnaie franco-africaine dénoncent le coût exorbitant de cette tutelle qui exige un dépôt de garantie en France correspondant à 50% des réserves de change des 15 pays CFA, ce qui représentait, en 2015, la somme de 14 milliards d’euros. Ils déplorent également que, de fait, des pays africains soient contraints d’adopter la politique monétaire de l’euro, qui n’est pas toujours conforme à leurs intérêts. A ce titre, le chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby, déclarait pour les 55 ans de l’indépendance de son pays : « Cette monnaie, elle est africaine. Il faut maintenant que, réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre. (…) Il y a des clauses qui sont dépassées. Il faudra les revoir dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt aussi de la France. Ces clauses tirent l’économie de l’Afrique vers le bas. ».

Son avis semble aujourd’hui partagé par son homologue du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, qui déclarait la semaine passée : « Il est clair que tôt ou tard c’est une discussion qu’il faudra ouvrir, au regard également des difficultés que traverse l’Europe depuis quelques années ».

Quant à la France, elle assure que les pays africains sont tout à fait libres de renoncer à cette tutelle : « La France est entièrement ouverte à toutes les discussions. Tous les pays membres de cette zone monétaire sont libres et indépendants », assure Michel Sapin, ministre des finances de l’Hexagone. Nicolas Sarkozy avait fait, en son temps, une déclaration similaire sur ce sujet.

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Boubakar Nguema

Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

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