Complotisme -> Le CNRS coupe la recherche d’un vaccin contre le SIDA

Le site 20minutes rapporte que le CNRS a coupé les financements de la recherche sur un vaccin connu comme le TAT-OYI, développé par Erwann Loret et son équipe. Le problème est que l’article est complotiste à mort et que d’autres sources estiment que ce vaccin sent le moisi sur son efficacité réelle.


Le site 20minutes rapporte que le CNRS a coupé les financements de la recherche sur un vaccin connu comme le TAT-OYI, développé par Erwann Loret et son équipe. Le problème est que l'article est complotiste à mort et que d'autres sources estiment que ce vaccin sent le moisi sur son efficacité réelle.

Un médecin développe un vaccin contre le , les essais montrent que les résultats sont douteux, le estime que la farce a assez duré, le médecin monte au créneau pour dénoncer un complot par Big Pharma et toutes les institutions qui veulent empêcher le développement d’un vaccin contre le VIH.1 Depuis quelques jours, c’est le genre de résumé qu’on peut entendre sur certains médias de masse et la folie gagne progressivement les réseaux sociaux pour diaboliser le CNRS dans cette affaire.

Le Dr a développé un vaccin contre le VIH appelé avec la firme et il avait commencé ses premiers essais en 2013. Les résultats étaient encourageants et les travaux ont été publiés dans la revue Retrovirology.2 Mais des résultats encourageants ne signifient pas qu’ils sont efficaces. En fait, dès mars 2016, le Pr Gilles Pialoux, sur son blog, estimait que sur les 46 patients qui avaient été testés pour le vaccin, il n’y en avait que 10 qui avaient montré des résultats sur la fenêtre thérapeutique et cela n’avait duré que 2 mois.3 Tous les autres patients ont été obligés de reprendre leur traitement antirétroviral dès le 6e mois après la prise du vaccin.

Quand on développe un vaccin, il y a plusieurs critères à prendre en compte, mais l’efficacité et la tolérance sont les principaux. Si le vaccin est très efficace, mais que les effets secondaires sont graves, alors ce n’est pas la peine de le développer. Et s’il est très tolérant, signifiant peu d’effets secondaires, mais que l’efficacité est faible, alors cela ne vaut pas grand-chose non plus. Cet essai clinique, qui est un test randomisé en double aveugle, montre une très bonne tolérance (un seul cas de névralgie faciale a été observé), mais on a une efficacité qui concerne seulement 10 patients sur plus de 46, alors il ne faut pas s’enflammer.

Il y a plusieurs candidats de vaccin contre le VIH qui sont développés par plusieurs équipes dans le monde entier. Et certains de leurs résultats sont beaucoup plus prometteurs que le vaccin TAT-OYI développé par Loret et la firme Biosantech. Nous n’allons pas nous concentrer sur les détails de ce vaccin, car des spécialistes ont déjà mieux expliqué les limites de cet essai.4 Nous allons plutôt analyser l’article de 20minutes qui est franchement complotiste.

Quand le CNRS a coupé les financements et demandé à Loret de ne plus communiquer sur le sujet, alors l’article nous sort une déclaration de la responsable du laboratoire, sur le fait qu’il (le CNRS) accuse à demi-mot d’avoir d’autres intérêts que ceux des malades. Plus que le Dr Loret, c’est surtout Corinne Treger qui est à l’origine de cette farce médiatique. Plutôt que de proposer des résultats concrets, elle joue énormément sur les mots. Ainsi, on peut apprendre que ce vaccin permettrait d’arrêter la trithérapie et on sait que la trithérapie rapporte annuellement plus de 19 milliards de dollars aux laboratoires. Ça fait un sacré paquet de fric, mais ces chiffres, elles viennent de sources fiables ou on les sort de son chapeau de guérisseuse ? Et étant donné que votre vaccin n’est pas du tout concluant, alors on peut dire que la trithérapie est la meilleure solution pour que les patients puissent avoir une vie normale en ayant le VIH.

Ensuite, une autre dose de complotiste dans le genre : Si les choses restent en l’état, alors la licence du vaccin va retourner gratuitement dans le giron du CNRS avec le risque, aussi, qu?elle puisse être enterrée. Cette responsable a même envoyé un courrier à Marisol Tourraine pour lui faire part de sa déception. On est également déçu que ce vaccin soit tellement inefficace pour que ce laboratoire soit obligé d’utiliser les leviers médiatiques et faire croire que le CNRS veut censurer ses recherches. Cet article de 20minutes est une catastrophe. On a tous les éléments du complot – > On a un vaccin qui peut guérir du VIH -> le CNRS nous coupe les financements -> les laboratoires se font des couilles en platine avec la trithérapie et les méchantes institutions veulent enterrer la solution miracle. On a un bel exemple d’un faux équilibre médiatique où on va donner un poids équivalent à chaque camp même si les arguments de l’un des camps sont très faibles. Dans la Tribune,  le CNRS explique que la dernière phase clinique date d’un an et que l’organisation n’a pas connaissance de nouveaux essais et qu’il n’est plus nécessaire de maintenir la collaboration. Cela signifie que les premiers essais n’ont pas convaincus le CNRS et qu’il serait stupide de continuer à financer un vaccin si son efficacité n’est pas garantie. Mais la Tribune nous sort cette phrase délirante : Selon eux et la cofondatrice de la biotech, ce traitement serait capable d’éliminer le VIH de l’organisme. A la limite, on a observé seulement des progrès pendant 2 mois chez 10 patients, mais le VIH n’a jamais disparu de l’organisme. Ce vaccin a seulement baissé la charge virale pendant 2 mois alors que les patients avaient arrêté leurs traitements classiques. En aucun cas, l’étude mentionne que le VIH ait totalement disparu de l’organisme.

Il y a certains chercheurs et laboratoires qui utilisent les effets d’annonces pour faire passer leur produit en force en se faisant passer pour la victime. En 2015, on a eu l’affaire du Flibanserin qui était promu comme le viagra pour les femmes. Déjà qu’il est ridicule de confondre le dysfonctionnement érectile avec la libido et donc de l’appeler comme un viagra pour les femmes, le Flibanserin a quand même été approuvé par la FDA, car l’entreprise, qui l’a développé, avait lancé une campagne médiatique de plusieurs millions de dollars pendant des années pour faire croire que c’était une cause féministe et le FDA, ayant peur de subir les foudres médiatiques, avait autorisé cette arnaque même s’il avait averti de ne pas l’utiliser dans la plupart des cas.

Le site 20minutes rapporte que le CNRS a coupé les financements de la recherche sur un vaccin connu comme le TAT-OYI, développé par Erwann Loret et son équipe. Le problème est que l'article est complotiste à mort et que d'autres sources estiment que ce vaccin sent le moisi sur son efficacité réelle.

Et ces effets d’annonce sont des leviers très efficaces. Quand des personnes vivent avec le VIH, alors elles sont enclines à croire à n’importe quelle solution miracle sans regarder si elle tient vraiment ses promesses. Si ce vaccin tenait ses promesses, alors il aurait déjà fait l’objet de plusieurs études pour reproduire les résultats et faire d’autres tests. À part cette publication dans Retrovirology, on n’a pas de nouvelles publications sur ce vaccin. Et quand on regarde la couverture médiatique sur cette coupure de financement par le CNRS, alors on est effaré par les sites qui ne proposent que le seul point de vue du laboratoire Biosantech et sa directrice. Pour donner le change, ils parlent quand même des résultats peu concluants, mais ils la traitent comme si c’était une simple broutille alors que c’est l’efficacité qui explique que le CNRS estime que cela ne vaut plus le coup. L’ironie est que Biosantech utilise l’argument de Big Pharma qui veut s’enrichir sur le dos des malades avec la trithérapie, mais que Biosantech est également une firme pharmacologie donc, faisant partie de Big Pharma. Quand le ridicule ne tue pas. Notons qu’on ne peut pas en vouloir à cette entreprise de se faire attendre, car c’est le jeu, mais il est affligeant que des « journalistes chevronnés » puissent tomber dans le panneau d’une telle opération de com.

La fiabilité de cette information (1 étoile = Hoax, 5 étoiles = Vrai) :1 out of 5 stars (1 / 5)

Sources

1.
Fabien B. Vaccin contre le : A Sophia Antipolis, «on n’a jamais été si proche du but, mais aujourd’hui les recherches sont coupées». 20minutes.fr. http://www.20minutes.fr/nice/2022039-20170228-vaccin-contre-sida-sophia-antipolis-jamais-si-proche-but-aujourdhui-recherches-coupees?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&xtref=facebook.com#link_time=1488306465. Published 28 février 2017. Consulté le mars 2, 2017. [Source]
2.
Loret EP, Darque A, Jouve E, et al. Intradermal injection of a Tat Oyi-based therapeutic HIV vaccine reduces of 1.5 log copies/mL the HIV RNA rebound median and no HIV DNA rebound following cART interruption in a phase I/II randomized controlled clinical trial. Retrovirology. 2016;13(1). doi: 10.1186/s12977-016-0251-3
3.
Vaccin thérapeutique anti-VIH : stop à l’intox médiatique! medscape. http://francais.medscape.com/voirarticle/3602253. Consulté le mars 2, 2017.
4.
Communication autour du «Vaccin» de Biosantech : nouvel effet d’annonce et réactions des spécialistes VIH/sida | Vih.org. vih.org. http://vih.org/20160318/communication-autour-du-vaccin-biosantech-nouvel-effet-dannonce-et-reactions-specialistes. Consulté le mars 2, 2017.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

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