vendredi , 15 décembre 2017

Des néonicotinoïdes dans le miel, mais restons cool

Les chercheurs rapportent qu’ils ont trouvé des résidus de néonicotinoïdes dans le miel provenant de plusieurs continents. Même si les dosages correspondent à une certaine nocivité pour les abeilles, il n’y a aucun risque pour les humains et surtout que la méthodologie de l’étude est franchement limitée.


Des néonicotinoïdes dans le miel, mais restons cool

Edward Mitchell et ses collègues à l’université de Neuchâtel ont testé les concentrations de néonicotinoïdes dans le miel dans de nombreux pays.1 À première vue, cela peut paraitre inquiétant, mais comme d’habitude, il faut nuancer. En premier lieu, leur méthode de collecte est limitée. Ils ont demandé à leurs connaissances et leurs collègues dans le monde entier de leur donner des échantillons de miel et ils ont obtenu 194 échantillons. Si on regarde le nombre d’échantillon, cela fait à peine quelques échantillons par pays dans le meilleur des cas et c’est déjà un énorme problème. Le papier ne dit pas comment ces connaissances ont collecté le miel. Est-ce que le miel est représentatif de la production d’un pays ? Est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’un échantillon possède un dosage excessif par hasard ? Dans leurs données annexes, les chercheurs admettent la limite de leurs échantillons, mais dans leur communication, cette nuance a disparu par magie. 2 Les néonicotinoïdes sont une classe de pesticides extrêmement efficaces et les chercheurs ont testé l’acétamipride, le clothianidine, l’imidaclopride, le thiaclopride et le thiaméthoxame. On peut saluer les chercheurs dans la mesure où ils ont couvert la plupart des pays comme le montre la carte ci-dessous.

La carte mondiale des résidus de néonicotinoïdes dans le miel - Crédit : Mitchell etal., Science

La carte mondiale des résidus de néonicotinoïdes dans le miel – Crédit : Mitchell etal., Science

Ne regardez pas la proportion, mais le dosage

Dans ces 194 échantillons, 75 % contenaient des résidus de néonicotinoïdes. Mais comme nous l’avons montré dans notre article sur le glyphosate, ce n’est pas la proportion qui compte, mais le dosage. Étant donné la popularité et la faible toxicité des néonicotinoïdes, il est normal qu’il soit utilisé dans le monde entier. En fait, ce serait étonnant qu’on n’en trouve pas. Ces 75 % sont également une moyenne, car la concentration des 5 néonicotinoïdes varie selon chaque pays :

  • Amérique du Nord – 86 % du miel contenait des néonicotinoïdes
  • Asie – 80 % du miel contenait des néonicotinoïdes
  • Europe – 79 % du miel contenait des néonicotinoïdes
  • Amérique latine – 57 % du miel contenait des néonicotinoïdes

30 % des échantillons contenait 1 seul néonicotinoïde, 45 % contenait de 2 à 5 et 10 % contenait les 4 ou 5. Ce sont également des chiffres assez rassurants, car un seul néonicotinoïde sera présent que dans un tiers des échantillons au total. Le néonicotinoïde le plus fréquent était l’imidaclopride (51 %) et le plus rare était le clothianidine (16 %). Pour les concentrations maximales et moyennes, l’acétamipride arrive en tête suivi du thiaméthoxame.

Parlons du plus important avec la dose de néonicotinoïdes découverte dans ce miel. En moyenne, les chercheurs rapportent une concentration des 5 néonicotinoïdes d’environ 1,8 ng/g (nanogramme  de néonicotinoïde par gramme de miel). Ils ont également trouvé des concentrations maximales qui pouvaient atteindre les 56 ng/g, mais les chercheurs ne précisent pas la qualité de ces échantillons avec la dose maximale. Maintenant, il faut comparer cette dose avec celle qui est nocive pour les abeilles. Dans une revue systématique de 2012 sur les néonicotinoïdes et leurs effets sur les abeilles, on a un dosage qui devient nocif à partir de 0,12 jusqu’à 12 ng par abeille.3 Étant donné que les chercheurs ont trouvé une quantité moyenne de 1,8 ng/g, alors on peut penser que c’est une fourchette qui peut être considérée comme étant dangereuse. Mais cela ne concerne qu’une partie des échantillons. On ne peut pas généraliser sur le fait que ces échantillons soient représentatifs de tout le miel qui est vendu dans le monde.

Concernant les humains, il n’y a aucun risque par rapport à ses concentrations de néonicotinoïdes. L’EFSA propose une LMR (Limite maximale de résidus) de 50 ng/kg pour l’acétamipride, l’imidaclopride et le thiaclopride. Concernant le clothianidine et le thiaméthoxame, on a une LMR de 10 ng/kg. Dans leur analyse, les chercheurs ont découvert que seuls 3,6 % des échantillons en moyen correspondent à ces normes européennes. En sachant que la LMR est assez protectrice par nature. Si on voulait que ces résidus de néonicotinoïdes découverts dans les échantillons puissent nuire aux humains, il faudrait qu’un être humain, pesant 60 kg, consomme environ 102 kg de miel par jour ((1,8 ng/g x 1000) x 60 / 1000)… On est tranquille.

Toutefois, les quantités trouvées correspondent à une nocivité potentielle pour les abeilles. Mais on est vraiment plombé par la méthodologie de cette étude qui nous empêche d’avoir des échantillons vraiment représentatifs. Il y a des dizaines de paramètres qu’il faudrait inclure tels que le type d’apiculture, l’absence de biais dans la collecte du miel, l’utilisation de l’insecticide par les agriculteurs, etc. Au final, cette étude montre quelques pistes, mais elle ne révèle rien de nouveau à part le fait que les néonicotinoïdes sont largement utilisés dans le monde entier et que le risque reste minoritaire.

Sources

1.
Mitchell EAD, Mulhauser B, Mulot M, Mutabazi A, Glauser G, Aebi A. A worldwide survey of neonicotinoids in honey. Science. 2017;358(6359):109-111. doi: 10.1126/science.aan3684
2.
Supplementary Materials for A worldwide survey of neonicotinoids in honey. Science. http://science.sciencemag.org/content/sci/suppl/2017/10/04/358.6359.109.DC1/aan3684_Mitchell_SM.pdf.
3.
Blacquière T, Smagghe G, van G, Mommaerts V. Neonicotinoids in bees: a review on concentrations, side-effects and risk assessment. Ecotoxicology. 2012;21(4):973-992. [PMC]
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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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