vendredi , 15 décembre 2017

Des doutes sur la modification des embryons humains via CRISPR

Une étude sur BioRxiv met en doute les résultats d’une étude précédente largement médiatisée sur le fait qu’on avait pu modifier des embryons humains pour corriger des maladies à l’aide de la technologie CRISPR. Selon la nouvelle étude, des mécanismes alternatifs sont possibles pour expliquer les résultats.


Des doutes sur la modification des embryons humains via CRISPR
En aout 2017, une équipe en Oregon avait démontré la modification des embryons humains via la technologie CRISPR en affichant un taux de succès considérables.1 L’étude a été très médiatisée avec MIT Review qui avait obtenu l’exclusivité de l’information suivie d’une campagne de médiatisation parfaitement menée, mais il semble que les résultats ne soient pas aussi exceptionnels que ça.2

Désormais, une équipe a publié un papier sur BioRxiv en estimant que les résultats pourraient s’expliquer par des mécanismes alternatifs plutôt que par CRISPR.3 Étant donné que CRISPR est une technologie très récente, on peut être tenté de croire que chaque découverte va révolutionner la modification des embryons humains, mais il faut toujours être prudent. Notons que l’équipe américaine n’est pas la première à tenter de modifier des embryons humains via CRISPR. De nombreux chercheurs ont déjà publié des études similaires, mais à chaque fois, il y avait énormément de mutation hors cible.4

Dans sa forme la plus simple, la modification du génome fonctionne en “cassant” l’ADN en exploitant le mécanisme de réparation de la cellule. Ce n’est pas nouveau, mais ce processus comporte de nombreux facteurs potentiels et l’idéal serait de modifier précisément l’embryon sans tenir compte de ces facteurs hasardeux qui provoquent des mutations hors cibles. Mais quand l’équipe de l’Oregon a publié son étude, elle a rapporté des réparations précises sur l’embryon. Pour justifier leurs résultats, l’équipe a estimé qu’elle avait découvert un nouveau mécanisme de réparation de l’ADN dans les embryons qui utilise l’ADN de l’ovule comme un template pour réparer l’ADN de l’embryon qui provient à la base du sperme.5

Si c’est vrai, alors cela signifie qu’on pourrait utiliser uniquement CRISPR pour modifier l’ADN du père dans un embryon. Et on serait capable d’effectuer les changements qui correspondent avec les gènes de séquence qui sont déjà présents dans le génome de la mère.

Mais l’étude sur BioRxiv par Dieter Egli, Michael Zuccaro, Michal Kosicki, George Church, Allan Bradley et Maria Jasin n’a pas pu reproduire le nouveau mécanisme de l’ADN avancé par les chercheurs de l’Oregon. Parmi les auteurs, la présence de George Church, un généticien célèbre de l’université de Harvard spécialisé dans le CRISPR, donne du poids à l’étude. Ces chercheurs n’ont pas trouvé de preuves de ce nouveau mécanisme de réparation dans des expériences qu’ils avaient déjà effectuée sur des souris en 2014. Et surtout, selon les auteurs, cela n’a aucun sens. Au stade où on doit effectuer la réparation, il y a une grande distance entre l’ADN paternel et maternel.

Le point important de l’étude de l’Oregon est qu’elle prétendait avoir corrigé une mutation dans l’embryon qui pouvait provoquer des maladies cardiaques. Mais George Church et ses collègues estiment que la mutation n’a jamais été corrigée, mais les chercheurs de l’Oregon ont juste montré qu’elle était absente et cela peut être provoqué par la suppression plutôt que la correction de l’ADN. Les chercheurs de l’Oregon maintiennent leurs résultats en estimant qu’ils ont réussi la modification sur des centaines d’embryons et ils vont publier une réponse officielle dans quelques semaines sur chaque point. Mais si la reproduction de l’étude montre que c’est bien la suppression de l’ADN qui provoque l’absence de la mutation, alors ce n’est pas une bonne nouvelle, car on n’a pas besoin d’être généticien pour comprendre que la suppression de l’ADN peut provoquer des effets indésirables. On attend de voir la réponse de Mitalipov et ses collègues de la première étude. Mais cela montre que la modification des embryons humains est très difficile et que même si CRISPR est prometteur, il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs.

Sources

1.
Ma H, Marti-Gutierrez N, Park S-W, et al. Correction of a pathogenic gene mutation in human embryos. Nature. 2017;548(7668):413-419. doi: 10.1038/nature23305
2.
Connor S. EXCLUSIVE: First human embryos edited in U.S., using CRISPR. MIT Technology Review. https://www.technologyreview.com/s/608350/first-human-embryos-edited-in-us/. Accessed September 2, 2017.
3.
Inter-homologue repair in fertilized human eggs? | bioRxiv. biorxiv.org. http://www.biorxiv.org/content/early/2017/08/28/181255. Accessed September 2, 2017.
4.
Skepticism surfaces over CRISPR human embryo editing claims. Science | AAAS. http://www.sciencemag.org/news/2017/08/skepticism-surfaces-over-crispr-human-embryo-editing-claims. Published August 31, 2017. Accessed September 2, 2017.
5.
We still don’t really know what CRISPR does to human embryos. New Scientist. https://www.newscientist.com/article/2146061-we-still-dont-really-know-what-crispr-does-to-human-embryos/. Accessed September 2, 2017.
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A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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