Madagascar : Les Karanas, Lanto Rakotomanga et le Mapargate


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    L’affaire du Mapargate où les 70 000 dollars retrouvés dans la voiture de Lanto Rakotomanga continuent de faire de nouveaux rebondissements. Après la fouille du véhicule et la découverte de cette somme faramineuse, les autorités ont lancé une enquête pour découvrir les commanditaires et la source de cet argent. Des karanas (surnom donné aux membres de la communauté indienne à Madagascar) semblent impliqués selon les autorités. Ainsi, les forces de l’ordre ont arrêté 2 Karanas qui possèdent un commerce à Tsaralalana et un 3e a été épinglé dans un magasin à Andravoahangy. De plus, les autorités ont également imposé une interdiction de sortie de territoire à d’autres hommes d’affaires de la communauté Karana parce qu’on les soupçonne d’être impliqués dans cette affaire.

    Selon les médias locaux, ces 70 000 euros étaient destinés aux juges de la HCC pour qu’ils valident la motion de destitution contre le président Hery Rajaonarimampianina et la députée Lanto Rakotomanga était en route pour leur donner cet argent lorsqu’elle a été arrêtée par les militaires. On doit comprendre que ce sont des bruits de couloir et on n’a encore aucune preuve sur l’implication des Karanas, mais ce ne serait pas étonnant vu le passé sulfureux de certains hommes d’affaires de cette communauté. Mais cela soulève plusieurs questions. La première est si cet argent est destiné à des membres de la HCC, alors cela implique qu’il y a eu un accord tacite au préalable entre cette Cour et ceux qui veulent destituer le président. Et cette éventualité devrait vraiment inquiéter le pouvoir.

    Une généralisation des Karanas qui est trop facile

    L’implication des Karanas est manifeste sur de nombreux problèmes de ce pays que ce soit dans les différents trafics ou les financements qui sont à l’origine de la crise de 2009. Mais l’utilisation du terme Karana pour désigner quelques fruits pourris revient à accuser tous les Malgaches si un autre malgache commet un crime. Dans ces accusations, il est important de publier les noms et les preuves tangibles (et non des rumeurs à la con sur Facebook) pour qu’on puisse cibler les coupables en évitant les amalgames. Les amalgames sont les armes des lâches et de ceux qui veulent foutre le bordel en restant assis tranquillement dans leur fauteuil. Il est ironique de constater que même lorsque les médias et d’autres entités possèdent les noms, ils refusent de les donner par peur des représailles ou parce qu’ils estiment que cela ne se fait pas. Ils préfèrent accuser toute une minorité plutôt que d’accuser une minorité de cette minorité. Par ailleurs, les Karanas sont peut-être contre le gouvernement en place, mais il y en a également qui profite du système actuel.

    La sphère de la corruption n’autorise pas la solidarité et c’est la règle d’or du Chacun pour soi. Si des membres de la communauté Karana sont contre le président actuel, alors d’autres sont pour ce qui annule toutes les accusations que cette communauté veut déstabiliser le pays. Car si les Karanas veulent piller le pays, alors cela signifie que le gouvernement actuel veut piller le pays, car il est supporté par d’autres membres de cette communauté. Tout est une question de perception, mais on remarque qu’on ressort cet amalgame à chaque fois qu’il y a un problème dans le pays. Cela permet d’éviter d’affronter cette triste vérité que tout le monde est corrompu et qu’il vaut mieux être dans le camp des gagnants.

    Les mauvais choix du président Hery Rajaonarimampianina

    Mais on s’en fiche de savoir qui est impliqué dans cette tentative de destitution, car il faut regarder le fond du problème. Et le fond du problème est le choix du président Hery Rajaonarimampianina d’avoir fait cavalier seul en écartant le MAPAR et Andry Rajoelina du pouvoir. À la minute où il a pris cette décision, on savait que le pays ne connaitrait jamais la fin de la crise. Pour jouer l’avocat du diable, on peut dire que le président Hery Rajaonarimampianina ne l’a pas fait par pur égoïsme, mais parce qu’il voulait effacer toute trace de la Transition et des magouilles qui avaient lieu pendant cette époque. C’était la seule manière de satisfaire la Communauté internationale qui voulait que le DJ passe à la trappe.

    Mais en faisant ce choix, il s’est mis à dos le MAPAR et tous les insatisfaits du pouvoir. Les décisions du régime actuel sur la nomination des copains aux postes importants ont empiré les choses et on a commencé à voir les prémisses d’une nouvelle crise avec les manifestations, les grèves et tous les leviers qui permettent de créer une prétendue révolte populaire. La seule solution pour le gouvernement actuel est de jouer la voie de l’apaisement et en faisant quelques gestes envers les députés. Certes, le gouvernement peut compter sur l’armée ou même la communauté internationale, mais c’est une stratégie de force qui ne peut pas fonctionner sur le long terme. Si cette tentative de destitution échoue, alors une autre prendra sa place dans quelques mois et on reviendra au même point. Dans cette bataille de coqs qui veulent montrer qu’ils ont la plus grosse, la population est totalement oubliée et elle ne fait que regarder le spectacle avec les miettes qu’elle gagne en tentant de survivre chaque jour.

     

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    Boubakar Nguema

    Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

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