120 000 morts associés aux coupes de dépenses sociales et de santé en Angleterre

Une étude d’observation révèle plus de 120 000 décès à cause des coupes dans les dépenses sociales et de santé en Angleterre. Les personnes de plus de 60 ans et celles résidant dans les foyers de soin sont les plus touchées.


Une étude d'observation révèle plus de 120 000 décès à cause des coupes dans les dépenses sociales et de santé en Angleterre. Les personnes de plus de 60 ans et celles résidant dans les foyers de soin sont les plus touchées.
Crédit : Justin Sullivan/Getty Images North America)

La pression sur les finances publiques depuis 2010 est liée à près de 120 000 décès supplémentaires en et les principaux concernés sont les personnes de plus de 60 ans et les résidents dans des foyers de soins selon la première étude de ce genre, publiée dans le journal BMJ Open.1 Selon les chercheurs, le facteur critique de ces chiffres pourrait être des changements dans le nombre d’infirmiers disponibles, car cela pourrait impliquer 100 décès supplémentaires chaque jour.

Des dépenses sociales et de santé en diminution constante depuis 2010

Ils estiment qu’une injection annuelle de 6,3 milliards de livres sterling serait nécessaire pour combler cet écart de mortalité. De 2010 à 2014, le NHS en Angleterre n’a bénéficié que d’une augmentation annuelle du financement gouvernemental de 1,3 % malgré la hausse de la demande de patients et les coûts des soins de santé. Et les dépenses réelles en soins sociaux ont diminué de 1,19 % chaque année pendant la même période malgré une augmentation importante du nombre de personnes de plus de 85 ans. Ces dernières sont les plus susceptibles d’avoir besoin de protection sociale passant de 1,6 million en 2015 à 1,8 million en 2020 selon les chercheurs.

Une étude d'observation révèle plus de 120 000 décès à cause des coupes dans les dépenses sociales et de santé en Angleterre. Les personnes de plus de 60 ans et celles résidant dans les foyers de soin sont les plus touchées.

Crédit : Justin Sullivan/Getty Images North America)

Dans le passé, on a déjà quantifié cette inadéquation entre l’offre et la demande et les déficits de financement auxquels sont confrontés les services, mais l’impact potentiel sur la santé de la population demeurait incertain. Pour tenter de résoudre ce problème, les chercheurs ont extrait des données nationales disponibles sur les décès de la population, l’espérance de vie et les années potentielles de vie perdues. Et ils ont collecté des données sur les ressources et les finances de la santé et des services sociaux de 2001 à 2014.

Les sont en hausse à partir de 2011

Ils ont ensuite comparé les taux de mortalité réels de 2011 à 2014 avec les prévisions en se basant sur les tendances avant les réductions de dépenses et en tenant compte des facteurs nationaux et économiques tels que les taux de chômage et les pensions. Ils ont classé leurs résultats en fonction de l’âge, du lieu de décès et de la zone d’administration locale du décès et ils les ont utilisés pour estimer les taux de mortalité futurs jusqu’en 2020.

Enfin, ils ont examiné les fonds de santé et de protection sociale qui seraient nécessaires en plus de ceux déjà budgétisés par le gouvernement à partir de 2016 pour combler les écarts dans les taux de mortalité. L’analyse des données a montré que de 2001 à 2010, les décès en Angleterre ont diminué en moyenne de 0,77 % chaque année, mais ils ont augmenté en moyenne de 0,87 % chaque année de 2011 à 2014.

Environ 45 000 décès de 2010 à 2014

Les restrictions sur les dépenses ont été associées à 45 368 décès excédentaires de 2010 et 2014 par rapport à des tendances équivalentes avant 2010. La plupart de ces décès concernant les personnes de plus de 60 ans et les résidents des foyers de soins. De plus, chaque baisse de 10 £ par habitant des soins sociaux était associée à 5 décès supplémentaires dans les foyers de soins pour 100 000 habitants selon l’analyse.

Ces associations sont restées présentes après une analyse plus détaillée et en tenant compte des facteurs économiques mondiaux et nationaux. Les changements dans le nombre d’infirmiers et infirmières hospitalières et communautaires ont été les facteurs les plus marquants dans les associations entre les dépenses et les décès dans les foyers de soins. De 2001 à 2010, le nombre d’infirmières et d’infirmiers a augmenté en moyenne de 1,61 % chaque année, mais de 2010 à 2014, il n’a augmenté que de 0,07 %, soit 20 fois moins qu’au cours de la décennie précédente.

150 000 décès potentiels à l’horizon 2020 à cause des coupes dans les dépenses de santé

Sur la base des tendances de 2009 à 2014, les chercheurs estiment que 152 141 personnes supplémentaires pourraient mourir de 2015 à 2020 ce qui équivaut à près de 100 décès supplémentaires chaque jour. Les fonds nécessaires pour combler ce déficit de mortalité s’élèveraient à 6,3 milliards de livres par an, soit un total de 25,3 milliards de livres sterling.

C’est une étude d’observation, donc aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur la cause et l’effet, mais les résultats soutiennent d’autres recherches dans le domaine selon les chercheurs. L’étude a plusieurs implications politiques, car elle indique que les dépenses moindres pour la santé et les services sociaux sont associées à un important écart de mortalité.

La couverture universelle est sans aucun doute importante selon les auteurs, mais elle doit être correctement financée si elle veut améliorer la santé. Et l’excès de décès parmi les personnes âgées et les résidents des foyers de soins justifie fortement des interventions ciblées. Cela inclut des augmentations de financement dans les services sociaux, en plus de la maintenance ou des augmentations du nombre de soins infirmiers correspondant à la demande concluent les chercheurs.

Sources

1.
Effects of health and social care spending constraints on mortality in England: a time trend analysis. BMJ Open. http://bmjopen.bmj.com/lookup/doi/10.1136/bmjopen-2017-017722.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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