10 mythes sur la grande pandémie de grippe de 1918

En 2018, on va commémorer les 100 ans de la grande pandémie de grippe de 1918 qui a fait rage en pleine Première Guerre mondiale. Quand vous avez plus de 50 millions de morts, cela laisse des traces dans l’imaginaire collectif et il est important d’infirmer les mythes qui continuent de circuler sur cette pandémie et de tirer les leçons pour les prochaines épidémies.


De nombreuses victimes de la grippe de 1918 dans un hôpital à Fort Riley au Kansas en 1918 - Crédit : AP Photo/National Museum of Health
De nombreuses victimes de la grippe de 1918 dans un hôpital à Fort Riley au Kansas en 1918 - Crédit : AP Photo/National Museum of Health

Cette année marque le 100e anniversaire de la grande pandémie de grippe de 1918. On compte de 50 à 100 millions morts qui ont représenté jusqu’à 5 % de la population mondiale à cette époque. Un demi-milliard de personnes ont été infectées.

Cette grippe a frappé surtout les jeunes adultes par opposition aux enfants et aux personnes âgées qui souffrent habituellement le plus. Certains l’ont appelé la plus grande pandémie de l’histoire. La pandémie de grippe de 1918 a été un sujet de spéculation régulier au cours du siècle dernier. Les historiens et les scientifiques ont avancé de nombreuses hypothèses concernant son origine, sa propagation et ses conséquences. De ce fait, de nombreuses personnes ont des idées fausses sur cette épidémie.

En corrigeant 10 mythes, nous pouvons mieux comprendre ce qui s’est réellement passé et apprendre comment prévenir et réduire de telles catastrophes à l’avenir.

La pandémie est originaire d’Espagne

La soi-disant grippe espagnole n’a jamais été originaire de l’Espagne. La pandémie a probablement acquis ce surnom à cause de la Première Guerre mondiale qui battait son plein à cette époque. Les principaux pays, impliqués dans la guerre, ne voulaient pas encourager leurs ennemis, aussi les rapports sur l’étendue de la grippe ont été supprimés en Allemagne, en Autriche, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cela a créé la fausse impression que l’Espagne portait le poids de la maladie. En fait, l’origine géographique de la grippe est encore débattue à ce jour même si des hypothèses ont suggéré une origine en Asie de l’Est, en Europe et même au Kansas.

La pandémie était provoquée par un super-virus

La grippe de 1918 s’est propagée rapidement en tuant 25 millions de personnes au cours des 6 premiers mois. Cela a conduit certains à craindre la fin de l’humanité et ces nombreux morts ont longtemps alimenté la supposition que la souche de la grippe était particulièrement mortelle.

Cependant, une étude plus récente suggère que le virus lui-même, bien que plus mortel que d’autres souches, n’était pas fondamentalement différent de ceux qui ont provoqué des épidémies dans les autres années.

On peut attribuer une grande partie du taux de mortalité élevé à la concentration dans les camps militaires et les environnements urbains ainsi qu’à la mauvaise nutrition et à l’assainissement qui ont souffert pendant la guerre. On pense désormais que de nombreux décès étaient dus au développement de pneumonies bactériennes dans les poumons affaiblis par la grippe.

La première vague de la pandémie a été la plus meurtrière

En fait, la première vague de décès due à la pandémie au premier semestre de 1918 était relativement faible.

C’est dans la deuxième vague, d’octobre à décembre 1918, qu’on a observé les taux de mortalité les plus élevés. Une troisième vague au printemps 1919 fut plus meurtrière que la première, mais moins meurtrière que la seconde.

Une affiche à Chicago décrit les régulations pendant la pandémie de 1918 - Crédit : origins.osu.edu

Une affiche à Chicago décrit les régulations pendant la pandémie de 1918 – Crédit : origins.osu.edu

Les scientifiques estiment désormais que l’augmentation considérable des décès dans la deuxième vague a été provoquée par des conditions qui ont favorisé la propagation d’une souche plus mortelle. Les personnes avec des cas bénins sont restées à la maison, mais celles avec des cas sévères étaient souvent entassées dans les hôpitaux et les camps en augmentant la transmission d’une forme plus mortelle du virus.

Le virus a tué la plupart des personnes infectées

En fait, la grande majorité des personnes, qui ont contracté la grippe de 1918, ont survécu. Les taux de mortalité nationaux chez les personnes infectées ne dépassaient pas 20 %.

Mais les taux de mortalité variaient selon les groupes. Aux États-Unis, les décès étaient particulièrement élevés parmi les populations amérindiennes, sans doute en raison de taux plus faibles d’exposition aux souches de grippe antérieures. Dans certains cas, des communautés autochtones entières ont été anéanties. Mais même un taux de mortalité de 20 % dépasse largement une grippe typique qui tue moins de 1 % des personnes infectées.

Les thérapies de l’époque ont eu peu d’impact sur la maladie

Aucune thérapie antivirale spécifique n’était disponible pendant la grippe de 1918. Et c’est toujours le cas aujourd’hui, car la plupart des soins médicaux pour la grippe visent à soutenir les patients plutôt que de les guérir.

Une hypothèse suggère que de nombreux décès, dus à la grippe, pourraient être attribués à l’empoisonnement à l’aspirine. Les autorités médicales à l’époque ont recommandé de grandes doses d’aspirine allant jusqu’à 30 grammes par jour. Aujourd’hui, environ 4 grammes seraient considérés comme la dose quotidienne maximale sans danger. De fortes doses d’aspirine peuvent entraîner de nombreux symptômes de la pandémie, notamment des saignements.

Mais les taux de mortalité semblent avoir été aussi élevés dans certains endroits du monde où l’aspirine n’était pas si facilement disponible, donc le débat continue.

La pandémie a dominé toute l’actualité de 1918

Les responsables de la santé publique, ceux de l’application des lois et les politiciens avaient des raisons de minimiser la gravité de la grippe de 1918 ce qui a réduit la couverture dans la presse. En plus de la crainte que la divulgation complète puisse renforcer les ennemis en temps de guerre, ils voulaient préserver l’ordre public et éviter la panique.

Mais les autorités ont réagi de leur mieux. Au plus fort de la pandémie, des quarantaines ont été instituées dans de nombreuses villes. Certains ont été contraints de restreindre les services essentiels incluant la police et les incendies.

La pandémie a changé le cours de la Première Guerre mondiale

Il est peu probable que la grippe ait changé l’issue de la Première Guerre mondiale, car les combattants des deux côtés du champ de bataille étaient équitablement touchés.

Cependant, il ne fait guère de doute que la guerre a profondément influencé le cours de la pandémie. La concentration de millions de troupes a créé des circonstances idéales pour le développement de souches plus agressives du virus et sa propagation dans le monde entier.

La vaccination généralisée a mis fin à la pandémie

La vaccination contre la grippe telle que nous la connaissons aujourd’hui n’a pas été pratiquée en 1918 et n’a donc joué aucun rôle dans la fin de la pandémie.

Des patients qui sont soignés pour la grippe de 1918 au Walter Reed Military Hospital à Washington - Crédit : origins.osu.edu

Des patients qui sont soignés pour la grippe de 1918 au Walter Reed Military Hospital à Washington – Crédit : origins.osu.edu

L’exposition à des souches antérieures de la grippe peut offrir une certaine protection. Par exemple, les soldats, qui avaient servi dans l’armée pendant des années, ont subi des taux de mortalité inférieurs à ceux des nouvelles recrues.

En outre, le virus en mutation rapide a probablement évolué avec le temps en des souches moins mortelles. Et on peut le prédire via des modèles de sélection naturelle. Étant donné que les souches hautement létales tuent rapidement leur hôte, elles ne peuvent pas se propager aussi facilement que les souches moins létales.

On n’a jamais séquencé les gènes du virus de l’épidémie de 1918

En 2005, les chercheurs ont annoncé qu’ils avaient réussi à déterminer la séquence du gène du virus de la grippe de 1918. Le virus a été retrouvé dans le corps d’une victime de la grippe enterrée dans le pergélisol de l’Alaska ainsi que dans des échantillons de soldats américains tombés malades à l’époque.

Deux ans plus tard, des singes infectés par le virus présentaient les symptômes observés pendant la pandémie. Des études suggèrent que les singes sont morts quand leur système immunitaire a réagi de façon excessive au virus et c’est un processus qu’on connait comme un choc cytokinique. Les scientifiques estiment désormais qu’une réaction excessive du système immunitaire a contribué à des taux de mortalité élevés chez les jeunes adultes en bonne santé en 1918.

Les leçons à tirer de la pandémie de 1918 pour 2018 et le futur

Les épidémies graves de grippe ont tendance à se produire à intervalle de quelques décennies. Les experts estiment que la prochaine grande épidémie n’est pas une question de “si” mais “quand”.

Peu de personnes vivantes aujourd’hui peuvent se souvenir de la grande pandémie de grippe de 1918, mais nous pouvons en tirer des leçons qui vont du bon sens de se laver les mains, la vaccination jusqu’au potentiel des médicaments antiviraux. Aujourd’hui, nous en savons plus sur la façon d’isoler et de traiter un grand nombre de patients malades et mourants et nous pouvons prescrire des antibiotiques, qui n’étaient pas disponibles en 1918, pour lutter contre les infections bactériennes secondaires. Peut-être que le meilleur espoir réside-t-il dans l’amélioration de la nutrition, de l’assainissement et du niveau de vie ce qui permet aux patients de mieux résister à l’infection.

Dans un avenir prévisible, les épidémies de grippe resteront une caractéristique annuelle du rythme de la vie humaine. En tant que société, nous ne pouvons qu’espérer que nous ayons suffisamment appris les leçons de la grande pandémie de 2018 pour empêcher une autre catastrophe mondiale.

Traduction d’un article de The Conversation par Richard Gunderman, professeur de Médecine, des arts libéraux et de philanthropie à l’université d’Indiana.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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