Le changement climatique n’est pas la principale cause des réfugiés en Afrique de l’Est

Au cours des 50 dernières années, le changement climatique n’a pas été le principal moteur du déplacement ou du conflit humain en Afrique de l’Est, mais plutôt la politique et la pauvreté selon une nouvelle étude de l’UCL.


Au cours des 50 dernières années, le changement climatique n'a pas été le principal moteur du déplacement ou du conflit humain en Afrique de l'Est, mais plutôt la politique et la pauvreté selon une nouvelle étude de l'UCL.

Le déplacement humain fait référence au nombre total de personnes déplacées de force et inclut les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, le plus grand groupe représenté ainsi que les réfugiés, ceux qui sont forcés de traverser les frontières internationales. Des termes tels que les migrants climatiques et les guerres climatiques sont de plus en plus souvent utilisés pour décrire les déplacements et les conflits, mais ces termes impliquent que le changement climatique en est la cause principale. Notre recherche suggère que les facteurs socio-politiques sont la cause principale du changement climatique selon le professeur Mark Maslin.1

La surestimation des migrants climatiques

L’étude, publiée dans Palgrave Communications, a constaté que les variations climatiques telles que la sécheresse régionale et la température mondiale ont joué un rôle mineur dans le conflit et le déplacement des populations en Afrique de l’Est au cours des 50 dernières années. Les principaux moteurs du conflit sont la croissance démographique rapide, la croissance économique réduite ou négative et l’instabilité des régimes politiques. Le nombre total de personnes déplacées est lié à une croissance démographique rapide et à une croissance économique faible ou stagnante.

Graphique de tous les conflits associés avec la gouvernance et l'économie en Afrique de l'Est - Crédit : Mark Maslin, UCL

Graphique de tous les conflits associés avec la gouvernance et l’économie en Afrique de l’Est – Crédit : Mark Maslin, UCL

Mais l’étude a révélé que les variations du nombre de réfugiés, des personnes forcées de traverser les frontières internationales, sont significativement liées à l’incidence de graves sécheresses régionales ainsi qu’à l’instabilité politique, à la croissance démographique rapide et à la faible croissance économique. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés rapporte qu’il y avait plus de 20 millions de personnes déplacées en Afrique en 2016, soit un tiers du total au niveau mondial. Il y a eu un débat considérable quant à savoir si le changement climatique va exacerber cette situation à l’avenir en augmentant les conflits et en provoquant le déplacement des populations.

La récession économique et une mauvaise gouvernance sont les principaux facteurs

Cette nouvelle étude suggère qu’une gouvernance stable et efficace, une croissance économique soutenue et une croissance démographique réduite sont essentielles pour réduire les conflits et les déplacements forcés de populations en Afrique qui seront durement touchées par le changement climatique. Une nouvelle base de données composite sur les conflits et les déplacements a été utilisée pour identifier les principaux épisodes de violence politique et le nombre de personnes déplacées au niveau des pays au cours des 50 dernières années.

Le nombre total de réfugiés en Afrique de l'Est et l'index de la sécheresse - Crédit : Mark Maslin, UCL

Le nombre total de réfugiés en Afrique de l’Est et l’index de la sécheresse – Crédit : Mark Maslin, UCL

Ces données ont été comparées aux températures mondiales passées, l’indice de sécheresse Palmer et les données pour les 10 pays d’Afrique orientale représentés dans l’étude sur la taille de la population, la croissance démographique, le PIB par habitant, le taux de variation du PIB par habitant, l’espérance de vie et la stabilité politique. Les données ont ensuite été analysées à l’aide d’une modélisation de régression d’optimisation pour déterminer si les changements climatiques de 1963 à 2014 ont eu un impact sur le risque de conflit et de déplacement des populations en Afrique de l’Est.

80 % des conflits s’expliquent par la démographie galopante

Les résultats suggèrent qu’environ 80 % des conflits tout au long de la période peuvent s’expliquer par la croissance de la population survenue il y a 10 ans, la stabilité politique survenue il y a 3 ans et la croissance économique au cours de la même année. Pour le déplacement total de personnes, la modélisation suggère que 70 % peuvent être prédits par la croissance démographique et la croissance économique à partir de 10 ans auparavant.

Pour les réfugiés, 90 % peuvent être expliqués par de graves sécheresses survenues il y a un an, la croissance de la population il y a 10 ans, la croissance économique il y a un an et la stabilité politique il y a deux ans. Ceci est corrélé avec une augmentation des réfugiés dans les années 1980 pendant une période de sécheresses majeures en Afrique de l’Est. La question reste de savoir si la sécheresse aurait exacerbé la situation des réfugiés en Afrique de l’Est s’il y avait eu une croissance démographique plus lente, une croissance économique positive et des régimes politiques plus stables dans la région selon Erin Owain, premier auteur de l’étude.

Notre recherche suggère que la cause fondamentale du conflit et du déplacement d’un grand nombre de personnes est l’incapacité des systèmes politiques à soutenir et à protéger leur population a conclu le professeur Maslin.

Sources

1.
Palgrave Communications. Palgrave Communications. 10.1057/s41599-018-0096-6″ target= »_blank » rel= »noopener noreferrer »>http://dx.doi.org/10.1057/s41599-018-0096-6. Published April 24, 2018. Accessed April 24, 2018.
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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