Brexit, la mort d’une illusion

Le Brexit a remporté une victoire écrasante. Le compte indique 51,9 % pour le oui et 48,1 % pour le non. Ci-dessous est une traduction d’un article par Paul Mason sur Medium. Mason est un journaliste britannique qui a écrit de nombreux livres et il résume le Brexit par une défaite absolue du néolibéralisme.


Le Brexit a remporté une victoire écrasante. Le compte indique 51,9 % pour le oui et 48,1 % pour le non.
Crédit : Caliger sur Deviantart.

La a voté pour quitter l’. La raison ? Une grande partie de la classe ouvrière, concentrée dans les villes et dévastée par les économies du marché libre, a décidé qu’elle en avait assez. Assez d’austérité, assez de routes ruinées, assez de salaires minimum et assez de mensonges et du culte de la terreur de la classe politique.

Le problème qui a catalysé le vote pour le était la migration massive et non planifiée de l’Europe qui a commencé après l’accession des pays A8 et qui a augmenté de nouveau après 2008 lorsque l’Eurozone stagnait et qu’il y avait une reprise économique en Grande-Bretagne. Pour les gens de l’extérieur, le s’explique parce que les médias et une minorité de classe ouvrière blanche sont xénophobes et racistes. Mais ces gens se trompent lourdement s’ils pensent que la moitié de la population britannique correspond aussi à cette description.

Des milliers de noirs et d’Asiatiques ont voté pour le Brexit et on a également les votes pour le oui venant des travailleurs de gauche. sont des villes avec des dizaines d’ethnies différentes et elles ont voté pour le Brexit. Ni le parti centriste, ni les Pro-Non n’ont été capables d’expliquer comment réduire l’impact économique de la migration peu qualifiée dans les conditions de de la libre circulation, de la stagnation permanente en Europe, et de l’austérité en Grande-Bretagne. Le gouvernement a martelé qu’il ne pourrait jamais contrôler la migration en étant dans l’Europe et donc, la moitié de la population a décidé que le contrôle de la migration était plus important que de rester en Europe.

Et donc, le problème du n’est pas que ses votants désertent le parti. Les élections législatives de mai 2016 ont donné de bons scores au . Mais les vrais votants du ont simplement décidé de changer la politique du parti par le bas et pour toujours en quittant l’Europe.

La première ligne du parti a essayé de proposer des solutions micro-économiques telles que davantage de fonds pour le NHS et où les écoles étaient fermées, une nouvelle directive qui empêchait les entreprises de recruter en Europe de l’Est et une promesse de renégocier le pilier de la libre circulation du traité de Lisbonne dans le futur. Mais c’était trop tard et la population ne voulait plus rien entendre. Le centre du Labour et la bourgeoisie libérale ont répété que la migration était bonne et qu’on ne pouvait rien faire pour la réduire. Mais il y avait également l’insistance et le forcing de Jean Claude Juncker qu’il n’y aurait jamais de renégociation.

Le Brexit a remporté une victoire écrasante. Le compte indique 51,9 % pour le oui et 48,1 % pour le non.

Crédit : Caliger sur Deviantart.

Le Brexit était aussi une occasion pour un Lexit (la réforme du Labour) en se basant sur la démocratie et la justice économique. Mais à moins que le Labour gagne les prochaines élections, on va assister à une Tchatchérisation rapide et un éclatement complet du . La gauche en Grande-Bretagne devra s’adapter à la nouvelle réalité. La droite du Labour tente déjà de blâmer. Et il y aura un second référendum sur l’indépendance en Écosse.

Corbyn avait raison de combattre pour le Non et de réformer. Mais ses réformes n’étaient pas suffisamment radicales. Corbyn pensait que la justice sociale et les services publics étaient menacés qu’on reste ou qu’on sort de l’Europe. Le groupe Blairite Progress se trompe s’il pense qu’il peut lancer un Putch contre Corbyn. L’aile néolibérale du Labour doit réaliser qu’elle est désormais morte. Le Labour a quand même réussi à persuader 2/3 de ses votants à choisir le NON. Et donc, Cameron est le principal échec. Le Tory a voté par 60/40 pour le Brexit. Cameron a démissionné, mais ce n’est pas le problème. Le problème est l’élection à venir et les causes à combattre.

David Cameron, le principal responsable du Brexit

Le Labour doit commencer une grande réorientation politique. Voici mes suggestions sur l’amélioration de la gauche du Labour :

  • Accepter le résultat. Le Labour va sortir la Grande-Bretagne de l’Europe s’il gagne l’élection.
  • Demander une élection dans les 6 à 9 mois. Les différents partis doivent proposer leurs plans du Brexit et lancer les négociations.
  • Dans ces négociations, la Grande-Bretagne doit combattre pour rester l’Espace Economique Européen (EEE) et appliquer un frein à main d’urgence contre la migration sous les règles de l’EEE.
  • Le Labor doit combattre pour garder toutes les lois européennes progressives (emploi, environnement, protection du consommateur, etc.), mais il doit abandonner les restrictions sur l’aide de l’état, l’action syndicale et la nationalisation. Si l’Europe ne l’accepte pas alors la rupture est complète.
  • Adopter une politique de migration progressive pour du long terme.
  • Créer des points d’entrées pour les migrants correspondant aux demandes des entreprises et l’augmentation du PIB. Demander au parlement de créer des objectifs de migration annuelle en se basant sur un rapport indépendant d’experts.
  • De plus, la Grande-Bretagne doit absolument accueillir les réfugiés qui fuient la guerre et la torture. Et il faut allouer beaucoup de ressources à l’accueil des réfugiés plutôt que d’alourdir la charge des services locaux.
  • Continuer à demander aux Britanniques d’honorer leur devoir envers les réfugiés.
  • Rassurer les communautés migrantes existantes qu’elles ne courent aucun danger et qu’elles ne soient pas expulsées avec le Brexit.
  • Ceux qui sont venus avec la libre circulation européenne doivent bénéficier d’un droit inaliénable de rester.
    Combattre les problèmes combinés des bas salaires, de la pauvreté au travail et des villes mortes.
  • Offrir un package Home Rule radical à l’Écosse et créer une structure fédéralisée du Labour. Si dans un second référendum, l’Écosse quitte le Royaume-Uni, alors le Labour doit offrir une sortie non pénalisante qui facilitera l’intégration de l’Écosse dans l’Europe.
  • Offrir un accord bilatéral amélioré à l’Irlande afin de préserver l’ouverture des frontières et la circulation du commerce.

Le problème stratégique du Labour n’a pas changé. La Grande-Bretagne est cristallisée par 2 types de radicalisme. Le salariat urbain et la classe ouvrière très mal payée. En Écosse, ces groupes sont alignés autour du nationalisme culturel de gauche. En Angleterre et aux Pays de Galles, le Labour peut uniquement gagner une élection s’il attire les 2 groupes. Il ne peut pas se retirer pour devenir un parti des fonctionnaires du secteur public, des diplômés et des villes universitaires. La seule manière pour le Labour de réunifier ces groupes est par un radicalisme économique. La redistribution des richesses, des services publics parfaitement financés, un secteur privé dynamique et une démocratie locale active, car ce sont des intérêts communs pour tous les groupes.

Si le Labour en Angleterre n’arrive pas renouer ses liens avec la classe ouvrière appauvrie, alors cette classe ouvrière va basculer complètement à droite. Les partisans de la gauche radicale et les anti-racistes sont abattus. Ils considéraient l’Europe comme une sorte d’internationalisme. Ces groupes connaissaient la pauvreté de la classe ouvrière, mais ils pensaient que c’est quelqu’un d’autre qui devait les aider. Les partisans du NON ont sous-estimé la frustration de ces ouvriers.

L’avenir de la Grande-Bretagne est incertain. Il sera difficile pour le pays de basculer complètement à gauche. Si l’Écosse quitte le Royaume, alors le Royaume-Uni va se désintégrer et les Blairites vont gagner en imposant le néolibéralisme. Mais si on regarde les racines du Brexit, alors il est évident que le néolibéralisme est complètement cassé.

Il n’y a aucun consentement pour la stagnation et l’austérité. Il n’y a rien sauf l’hostilité envers la classe politique et le culte de la peur. Ni Juncker, ni Cameron, ni les Blairites ne pourront rien faire. Le Brexit nous apprend que les gens sont capables d’ébranler les institutions néolibérales. Ils n’écouteront pas la classe politique, les sondages, les experts. J’ai prédit que la faille dans le néolibéralisme viendrait de l’aspect géopolitique et ensuite, on aura la crise économique. Le Brexit est cette première faille majeure dans l’édifice néolibéral.

Sur le plan géopolitique, c’est un triomphe pour Poutine et l’ouest de l’Europe sera très affaibli. Pour le centre de l’Europe, le Brexit pose une question : Est-ce que vous êtes prêt à jeter Lisbonne, jeter l’austérité, booster la croissance économique ou permettre au projet européen de s’effondrer dans la stagnation ? Je prédis que les pays de l’ouest ne jetteront rien et qu’ils préféreront l’effondrement.

La gauche doit se battre pour les pauvres, les ouvriers, les jeunes, les réfugiés et les migrants. Nous devons avoir de meilleures institutions. En 1932, la Grande-Bretagne a été le premier pays à briser une forme institutionnelle d’ordre globale. Si nous devons le refaire, alors nous avons besoin d’un meilleur parti de gauche. La génération qui a toléré le blairisme et révélé la technocratie centriste totalement inutile a besoin de se réveiller, car cette ère est totalement terminée.

 

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Estelle Dufresne

Ancienne journaliste dans plusieurs titres de la presse régionale. Mais comme la presse régionale n'existe plus, je me suis recyclé dans les rubriques internationales de plusieurs sites en ligne.

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