Madagascar : Qui a tort pour l’or de Soamahamanina ?


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  • L’exploitation de l’or par une société chinoise dans la commune de Soamahamanina continue de faire des remous. Des Chinois qui estiment qu’ils ont suivi toutes les voies légales et les habitants qui se sentent lésés. La faute revient au gouvernement qui n’a pas consulté les principaux acteurs.


    L'exploitation de l'or par une société chinoise dans la commune de Soamahamanina continue de faire des remous. Des Chinois qui estiment qu'ils ont suivi toutes les voies légales et les habitants qui se sentent lésés. La faute revient au gouvernement qui n'a pas consulté les principaux acteurs.
    Des manifestations à Soamahamanina - Crédit : mcmparis.wordpress.com

    Depuis plusieurs mois, les habitants de la commune de Soamahamanina sont confrontés à une société chinoise qui veut exploiter l’or sur leurs terres. La Jiuxing Mines SARL a obtenu une autorisation pour une exploitation de 40 ans concernant l’or, le zinc, le fer et le plomb sur une zone qui couvre 7 500 hectares. La société chinoise a entrepris les démarches nécessaires depuis 12 mois et en mai 2016, elle a obtenu le permis environnemental qui lance l’exploitation de ses différentes minutes.

    Les habitants de Soamahamanina refusent cette exploitation en estimant que pendant les démarches, ils n’ont pas été consultés. Toutefois, la situation est plus nuancée que la bataille des camps retranchés qui nous est présentée. Dans cette même commune, il y a des habitants qui ont accepté des baux d’exploitation de la société chinoise. Et il y a eu des disputes entre ces habitants avec les défenseurs des terres qui accusaient les autres d’être des traitres.

    Sur le plan purement légal, cette exploitation a passé toutes les étapes et malheureusement, les habitants n’ont plus leur mot à dire. Il est intéressant de voir que cette affaire, qui est loin d’être finie, montre tous les problèmes de Madagascar sur l’exploitation foncière. Les Chinois s’estiment dans leur droit vis-à-vis de la loi, les habitants estiment que la loi est inférieure au droit ancestral de leurs terres. Si on veut chercher un coupable de cette pagaille, alors il faut regarder l’intermédiaire qui a légalisé cette exploitation, à savoir, l’Etat.

    L’Etat connait la position des habitants dans les zones rurales sur l’exploitation des ressources par les sociétés étrangères. Le fiasco d’Ambatovy en est un exemple. Le gouvernement aurait dû sensibiliser les habitants à ce projet. Et si les habitants restaient toujours contre après la sensibilisation, alors l’Etat aurait dû écouter ces habitants, car aux dernières nouvelles, un gouvernement doit protéger et respecter ses citoyens même quand ils ont tort. Ici, nous avons un gouvernement qui se réfugie derrière la légalité des démarches administratives pour protéger une société étrangère.

    Les collectifs de protection contre l’environnement et les différentes associations dénoncent surtout l’opacité de l’attribution des différents permis d’exploitation. Le cas de Jiuxing Mines SARL est assez frappant. On a très peu d’informations sur cette société en sachant qu’elle doit être totalement transparente si elle envisage un projet minier qui va nécessiter plusieurs millions de dollars. Cette société n’a pas de conseil d’administration, pas d’audit et même son siège social est une simple adresse de domicile. Dans ces conditions, il est difficile de vous croire, messieurs de la société, que vous allez protéger l’environnement avec votre projet minier, alors qu’une grande partie de vos activités sont très obscures.

    Cette affaire montre le décalage complet entre la société malgache et les ambitions du gouvernement de tout légiférer. Pendant des décennies, ce pays a vécu dans l’opacité totale concernant de nombreuses démarches administratives. La moitié de la population n’a même pas d’acte de naissance et on ne parle même pas de la carte d’identité ou d’un passeport. Il n’est pas rare pour des titres de propriété d’avoir des dizaines de propriétaires en même temps. Et quand les personnes essaient d’être en règle au niveau de l’Etat, alors ils vont se heurter à la corruption des institutions. Certes, il serait intéressant que tout le monde soit en règle sur tous les aspects, mais je pense que les gens ont d’autres choses à foutre que de régulariser leur situation.

    Madagascar est empêtré dans cette situation depuis très longtemps. Des dirigeants qui montrent une vitrine totalement lisse et légale au monde tandis que la société malgache tombe en morceaux. La population est délaissée. Les infrastructures basiques sont de plus en plus négligées. Les investissements vont dans le mauvais sens. Mais ce qui est génial avec l’intermédiaire qui est coupable est qu’il arrive toujours à se sortir de cette situation.

    L’évolution de l’exploitation de l’or à Soamahamanina peut prendre différentes tournures. L’Etat refuse de discuter et il envoie les forces de l’ordre pour attaquer sa propre population dont le seul crime est de défendre ses terres. On a déjà des arrestations et on peut penser que la situation va empirer s’il n’y a pas des efforts considérables des 2 côtés. Quand on regarde la couverture médiatique de cette affaire, alors on se rend compte que les plus virulents contre cette société chinoise sont des médias d’opposition. Et la discussion a changé du : Le gouvernement a fait le con à les Chinois dehors ! Ces médias et d’autres groupes vont utiliser cette affaire pour attiser la xénophobie en considérant les sociétés étrangères comme une seule entité qui veut systématiquement piller le pays. Si les exploitations des sociétés étrangères sont totalement transparentes, alors la population peut déterminer si c’est bon ou non pour le pays. Mais les autorités gouvernementales estiment que c’est à la population de faire les démarches nécessaires pour s’informer, mais quand l’information manque, alors on ne peut pas la blâmer de se rebeller violemment une fois qu’elle est mise devant le fait accompli.

    Enfin, quelle est la répartition des richesses provenant de ces ressources ? Est-ce que la population va recevoir une partie des bénéfices sur l’or et les autres minerais ? Parce que si les bénéfices sont juste des baux d’exploitation et des emplois payés une misère, alors c’est similaire à échanger une Bible contre un lopin de Terre à une époque pas si lointaine. La population s’est fait arnaquer avec Ambatovy et il ne faudrait pas qu’on ait des Little Ambatovy qui poussent dans chaque coin du pays, car la xénophobie ambiante va devenir une véritable flambée de violence et le coupable va toujours s’en tirer à bon compte comme d’habitude.

     

    Madagascar : Entre crises perpétuelles et espoirs sans lendemain

    Si dans les cartes postales, Madagascar possède une image idyllique, faisant baver les occidentaux qui respirent de la brique à longueur de journée, la réalité est toute autre. Pauvreté, misère, famine, corruption, népotisme, autant de mots qui sont coupables des maux malgaches.

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    Boubakar Nguema

    Journaliste et réalisateur. Couvre principalement l'actualité africaine et panafricaine.

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