jeudi , 17 août 2017

Le suicide et les maladies créent une « génération perdue » au Moyen-Orient

L’augmentation des suicides, de la dépression et de la violence liés à la guerre est en train de créer une véritable génération perdue au Moyen-Orient.


Le suicide et les maladies créent une « génération perdue » au Moyen-Orient
Le suicide, les homicides et les agressions sexuelles augmentent considérablement dans la région de la Méditerranée orientale par rapport à n’importe quelle autre région du monde selon une nouvelle recherche. Ces actes de violence ont représenté 1,4 million de décès en 2015 dans la région en plus des décès par les guerres à hauteur de 144 000 morts.

La violence endémique crée une génération perdue d’enfants et de jeunes adultes selon le Dr Ali Mokdad, l’auteur principal de l’étude et directeur des initiatives du Moyen-Orient à l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington. L’avenir du Moyen-Orient est sombre à moins que nous puissions trouver un moyen d’apporter la stabilité à la région.

Augmentation des maladies mentales

En plus de la violence dans la région, il y a eu une forte augmentation des maladies non transmissibles et des problèmes de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété, le trouble bipolaire et la schizophrénie. La dépression et les troubles anxieux étaient les troubles mentaux les plus fréquents selon l’étude, publiée dans l’International Journal of Public Health. Les deux maladies touchent davantage les femmes que les hommes.

Avec la mondialisation et l’urbanisation de la plupart des sociétés, les femmes peuvent être exposées à de nombreux facteurs de stress qui ont des répercussions sur l’ensemble du ménage et les enfants en particulier selon le Dr Raghid Charara de l’Université américaine de Beyrouth et l’un des 500 collaborateurs de l’étude. Les troubles mentaux ont contribué à près de 11 millions d’années si on regarde la mesure connue comme l’espérance de vie corrigée de l’incapacité (EVCI). L’EVCI mesure le poids d’une maladie et on l’obtient en multipliant la prévalence d’une maladie sur la perte de la santé sur le court ou long terme associé avec cette maladie. Et le problème est exacerbé par le manque de praticiens de la santé mentale et le financement des services.

Dans toute la région, le ratio des praticiens à 100 000 personnes était d’environ 7 en moyenne et il était d’environ 0,5 psychiatre pour 100 000 personnes dans des pays comme la Libye, le Soudan et le Yémen. En comparaison dans les nations européennes, le ratio varie de 9 à 40 pour 100 000. Nous devons avoir un plan complet pour nous appuyer sur les compétences existantes et les projets qui répondent aux défis de santé qui existent au niveau de la santé humaine, de la résilience environnementale et de l’équité sociale et économique selon le Dr Mokdad.

Le suicide et les violences interpersonnelles crèvent le plafond

En 2015, près de 30 000 personnes dans la région se sont suicidées et 35 000 autres sont mortes de violence interpersonnelle, soit des hausses de 100 % et 152 % respectivement au cours des 25 dernières années. Dans d’autres parties du monde pendant la même période, le nombre de décès par suicide a augmenté de 19 % et la violence interpersonnelle de 12 %. L’étude a révélé que la pendaison et l’empoisonnement sont les méthodes de suicide les plus répandues dans la région de la Méditerranée orientale. Les auteurs notent que les statistiques sur le suicide sont probablement sous-estimées en raison des obstacles culturels et religieux, de la stigmatisation sociale et des peines légales qui découragent les victimes sans oublier les familles et les gouvernements qui ne divulguent pas ces informations.

Les 15 papiers et les 3 éditoriaux qui constituent l’étude sont basés sur les estimations les plus récentes de l’étude annuelle sur le fardeau mondial des maladies, des blessures et des facteurs de risque (GBD). Le GBD est un effort systématique et scientifique pour quantifier l’ampleur des pertes de santé de toutes les principales maladies, des blessures et des facteurs de risque selon l’âge, le sexe et la population. Avec plus de 2 300 collaborateurs dans 132 pays, le GBD examine plus de 300 maladies et blessures.

Il s’agit de la première étude GBD à examiner de manière exhaustive les tendances de la mortalité liées au VIH/Sida dans la région de 1990 à 2015. Il y a eu une augmentation par un facteur de 10 des taux de mortalité par le VIH/Sida et la plupart des cas se produisent dans 3 pays qui sont Djibouti, la Somalie et le Soudan. Dans cette région, les personnes infectées par le VIH sont en train de mourir plus vite que le reste du monde selon le Dr Charbel El Bcheraoui, professeur adjoint à IHME. C’est un signe que les patients atteints du VIH ne reçoivent pas un traitement approprié dans une époque où on peut contrôler le VIH avec des traitements appropriés.

Les morts liées au transport en hausse

De plus, cette étude a été la première à faire le rapport sur les décès et les blessures liés au transport dans la région entre 1990 et 2015. En 2015, ces incidents ont constitué la huitième cause de décès dans la région dans son ensemble, mais ils ont la seconde place au Qatar, à Oman et dans les Émirats arabes unis. Le pourcentage des décès globaux au Qatar était le plus élevé à 20 % suivi par Oman (16 %) et les E.A.U (14 %) alors que les taux les plus bas étaient au Pakistan (1,9 %), au Liban (1,8 %) et en Somalie (1,5 %). Les taux de mortalité liés aux transports dans cette région n’ont pas baissé aussi rapidement que dans le reste du monde. Et dans 3 pays, la Libye, le Pakistan et l’Égypte ont enregistré une augmentation des taux de mortalité. Les blessures et les décès liés au transport sont un problème de santé publique équivalent au VIH ou au diabète selon le Dr Mokdad. Et comme le VIH et le diabète, les mesures de prévention, combinées à l’éducation et au traitement, sont essentielles pour atténuer ce problème.

Les points importants dans ce rapport

  • La maladie coronarienne était la principale cause de décès dans la région suivie de la maladie cérébrovasculaire. Les changements dans les décès globaux allaient d’une réduction de 65 % des maladies diarrhéiques à une augmentation de près de 140 % pour le diabète et le cancer trachéal, bronchique et pulmonaire.
  • Les progrès sur la survie de l’enfant restent inégaux et les décès totaux pour les enfants de moins de 5 ans ont diminué à un rythme plus lent que dans le reste du monde avec environ 80 % des décès concernant des enfants de moins de 5 ans dans 6 pays : l’Afghanistan, le Pakistan, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et le Yémen. 3 pays, le Soudan, l’Afghanistan et le Pakistan font partie des 10 pays où la mortalité infantile est la plus élevée au monde.
  • Les 5 principales causes de la mortalité des moins de 5 ans ont été les suivantes : Des complications néonatales de naissance prématurée, l’encéphalopathie néonatale, les infections aiguës des voies respiratoires inférieures, les anomalies congénitales et les maladies diarrhéiques.
  • Les maladies transmissibles et les conséquences pour la santé des catastrophes naturelles ont considérablement diminué de 1990 à 2015. Mais ces gains ont été plombés par les effets sur la santé de la guerre, des troubles de santé mentale et de l’automutilation.
  • Chez les adolescents, le tabagisme et l’indice de masse corporelle élevé étaient des risques élevés pour la santé. De nombreux pays ont eu des taux élevés de grossesse chez les adolescents et des besoins non prévus de contraception.
  • La mauvaise alimentation est la principale cause de l’espérance de vie corrigée de l’incapacité dans la région. Les gens dans de nombreux pays souffrent de malnutrition et d’une mauvaise alimentation qui mène à une maladie. De plus, le tabagisme et l’hypertension artérielle sont parmi les principales causes de l’EVCI.
  • La région a également une grande variation du produit national brut (PNB) par habitant allant d’un montant élevé de 134 420 dollars au Qatar à un minimum de 2 000 dollars en Afghanistan.
  • La proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national, selon les données de la Banque mondiale, représente plus de 20 % dans 7 pays. L’Afghanistan (36 %), l’Égypte (22 %), l’Irak (23 %), le Pakistan (22 %), la Palestine (22 %), le Soudan (47 %) et le Yémen (35 %). Dans 5 de ces pays, environ un tiers de la population est également en situation d’insécurité alimentaire. L’Afghanistan (34 %), l’Irak (30 %), le Pakistan (30 %), le Soudan (33 %) et le Yémen (36 %).
  • Plusieurs pays de la région font face à des défis environnementaux importants en raison du manque d’eau, de la hausse des températures et des tempêtes de sable. L’étude appelle à des efforts renouvelés pour résoudre les problèmes liés à la pollution de l’air ambiant.
  • Au cours des dernières années, de nombreux gains de santé pour certains pays ont ralenti et plusieurs problèmes de santé sont en train d’émerger selon le Dr Mokdad. Cette étude indique clairement que la santé de la région dans le futur est en danger.

La région de la Méditerranée orientale concerne plus de 600 millions de personnes, représentant un groupe diversifié de 22 pays : l’Afghanistan, l’Égypte, le Bahreïn, Djibouti, l’Iraq, l’Iran, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc, Oman, le Pakistan, la Palestine, le Qatar, le Yémen, la Somalie, le Soudan, la Syrie, la Tunisie et les Émirats Arabes Unis (EAU).

Source : Health Data (http://www.healthdata.org/)

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A propos de Jacqueline Charpentier

mm
Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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