Les stéréotypes des médias provoquent une montée de l'islamophobie


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  • Le phénomène est tellement évident qu’on n’a pas besoin de le démontrer, mais une étude prouve le lien entre les stéréotypes des médias sur les musulmans et des actions contre les musulmans et la guerre contre les pays majoritairement musulmans.


    Les clichés des médias sur les musulmans provoquent une montée de l'islamophobie

    Craig Anderson n’est pas politologue. Mais ce professeur émérite de psychologie à l’Université de l’Iowa State aurait pu prédire le soutien des électeurs pour les candidats à la présidence qui ont affiché une position manifestement anti-musulmane.

    Plusieurs mois avant la campagne présidentielle, Anderson et ses collègues ont mené une série d’études pour évaluer l’influence de la couverture médiatique dépeignant les musulmans comme des terroristes. Selon leurs résultats, qui sont publiés dans la revue Communication Research, il existe un lien entre les histoires négatives sur les musulmans dans les médias et le soutien à l’action militaire et des restrictions contre les musulmans.

    Nous avons trouvé des liens sur l’influence des reportages négatifs dans les médias et le conservatisme politique et les sentiments et croyances anti-musulmanes. Ces deux phénomènes suggèrent que les candidats, qui étaient prêts à prendre une position très forte contre les musulmans, obtiendraient beaucoup de support et de de la part des conservateurs.

    Les américains musulmans « ne sont pas comme nous »

    Deux études ont mesuré l’exposition sur des reportages dépeignant les musulmans comme des terroristes. Dans une autre étude, les participants ont été répartis au hasard pour regarder 3 vidéos d’une chaine de télévision, qui respectivement, dépeignent les musulmans sous un jour négatif, neutre ou positif. La vidéo négative concernait la tentative d’attaque terroriste à Fort Dix en 2007, la vidéo neutre concernait une école secondaire où on avait changé la pratique du en raison du ramadan et la vidéo positive montrait des bénévoles musulmans pendant Noël. Les participants ont également été interrogés sur leurs perceptions et de soutien pour une action militaire ou politique.

    Anderson a déclaré qu’il s’attendait à ce que les participants, qui avaient regardé les reportages islamo-terroristes tels que l’actualité de Fort Dix, soient plus favorables à une action militaire dans les pays musulmans. Cela correspond bien à des effets qui sont connus par des analystes en médias depuis des années selon Anderson. Mais lui et ses collègues ont été consternés par le niveau de soutien affiché par les participants pour restreindre les libertés des Américains musulmans.

    Et évidemment, de telles restrictions fondées sur la ou l’origine ethnique violent la Constitution des États-Unis de manière fondamentale, mais les participants ne voyaient même pas cette violation flagrante du texte fondateur de leur propre pays selon Anderson. Certains de nos autres résultats suggèrent fortement que ces attitudes anti-musulmanes proviennent de la perception que les musulmans sont intrinsèquement violents.

    La combinaison de cette croyance associée à la peur provoque la perception que les Américains musulmans ne sont pas comme nous et donc que les Américains musulmans doivent être traités comme des étrangers explique Anderson. Les chercheurs ont également découvert que les conservateurs et les personnes qui s’identifient le plus fortement avec leurs compatriotes américains étaient plus favorables à la guerre contre les pays musulmans et les restrictions civiles des Américains musulmans.

    Étant donné que l’affiliation politique, l’âge et le sexe peuvent fortement influencer les croyances, les stéréotypes et les attitudes, les chercheurs ont contrôlé ces facteurs pour mesurer véritablement le niveau de l’influence des médias.

    Le rôle des médias dans la construction d’une islamophobie systématique

    Les chercheurs ont été encouragés par la manière dont les participants ont réagi à l’actualité des musulmans américains qui étaient bénévoles pour Noël. Après avoir vu le reportage, les participants étaient moins susceptibles de soutenir l’action militaire et les restrictions civiles contre les musulmans. Ce reportage a également réduit leur point de vue sur le fait que des musulmans sont toujours agressifs. Anderson espère que des reportages plus positifs sur les musulmans peuvent contribuer à endiguer le tsunami de sentiments, de préjugés et de comportement anti-musulman.

    Cependant, les journalistes doivent reconnaître comment leur couverture médiatique influence la perception du public et de l’opinion selon le chercheur. Cela ne veut pas dire que les journalistes doivent limiter leur couverture. Mais Anderson conseille aux journalistes de proposer une information diversifiée en publiant également des histoires positives sur les musulmans américains. Et pendant la couverture médiatique liée aux attaques terroristes islamistes, les journalistes doivent parler avec les Américains musulmans qui s’opposent systématiquement au terrorisme.

    Raluca Cozma, professeure agrégée de journalisme à l’État de l’Iowa, a déclaré que la recherche d’Anderson souligne le rôle des journalistes pour informer et non pour incendier. Cozma, qui étudie l’histoire des médias et la fiabilité des informations, estime que les journalistes ont besoin de promouvoir la compréhension et d’éviter de diaboliser des groupes entiers de personnes en raison de l’action d’une minorité

    Les journalistes devraient être prudents et sélectifs avec leurs sources, leurs reportages et le choix des mots. Ils devraient éviter les partisans de la provocation et les politiciens qui sont biaisés avec un agenda politique. Les journalistes doivent chercher de vrais experts et des universitaires sur le sujet tout en discutant avec diverses personnes au sein d’un groupe. Ils doivent éviter les clichés et les hypothèses mensongères basés sur leurs propres perceptions. Il n’est pas rare de voir une perception anti-musulmane qui soit très forte, car on a tendance à penser n’importe quoi si on ne connait pas le sujet. Les journalistes sont loin d’être des experts et parfois, c’est même le contraire. De ce fait, ce ne sont pas des faits qu’ils rapportent, mais leurs propres opinions qui sont façonnées par leur environnement.

    Les journalistes ont une responsabilité immense sur le façonnement de l’opinion publique. De ce fait, ils doivent admettre cette responsabilité et s’excuser en corrigeant leurs erreurs si c’est nécessaire. Il ne faut pas qu’ils se contentent de se dédouaner en avançant la liberté de la presse. Car quand on voit les reportages abominables sur les musulmans, ce n’est plus la liberté de la presse, mais la liberté de la crasse.

     

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    Jacqueline Charpentier

    Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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