Le sacrifice humain a permis de créer des sociétés plus complexes

La religion est souvent promue comme une force morale positive, mais elle possède aussi un côté sinistre avec les sacrifices humains. Désormais, une recherche suggère que même ce côté sombre a été important pour les sociétés actuelles. Les scientifiques ont découvert que ces cérémonies de sacrifice, qui apaisaient les Dieux, ont pu encourager le développement des civilisations complexes dans le sud de l’Asie et le sud du pacifique.


Le sacrifice humain a permis de créer des sociétés plus complexes

Le faisait partie de nombreuses cultures traditionnelles autour du globe. Il célébrait des événements importants tels que la mort d’un chef ou la construction d’une maison ou d’un navire. Dans les îles des océans indien et pacifique, des chefs et des prêtres puissants se chargeaient de ces sacrifices. Les humains sacrifiés étaient généralement des esclaves. On les décapitait, on les battait à mort ou on les écrasait avec des pirogues jusqu’à leur mort.

Le sacrifice humain comme un moyen de contrôler le peuple

Ces sacrifices humains ont pu avoir des bienfaits inattendus, en tout cas pour certains membres de la société. Selon une théorie religieuse évolutionnaire appelée l’hypothèse du contrôle social, les élites sociales ont utilisé les sacrifices humains pour préserver leur pouvoir, cimenter leur position en prétendant qu’ils avaient des approbations divines pour leurs actes. On a une preuve anecdotique provenant d’autres régions du monde que les sacrifices humains étaient utilisés pour maintenir et contrôler les populations selon Joseph Watts, psychologue à l’université d’Auckland. Mais jusqu’à présent, on ne l’avait jamais testé de manière systématique.

Watts et ses collègues ont donc analysé 93 sociétés traditionnelles austronésiennes. Les austronésiens, qui partagent une langue ancestrale commune, sont originaires de Taiwan et ils se sont propagé à travers les océans Pacifique et Indien, allant de Madagascar jusqu’à l’île de Paques jusqu’au sud de Nouvelle-Zélande. En tenant compte des aspects historiques et ethnographiques, les chercheurs ont identifié les cultures qui pratiquaient le sacrifice humain avant le contact avec des nations industrialisées. Ils ont également classifié chaque niveau de stratification de la société comme étant égalitaire, modérément stratifié ou très stratifié. Dans les cultures égalitaires, le rang et le pouvoir ne se passaient pas entre les générations. Les cultures modérément stratifiées permettent le statut d’héritage, mais sans une rigidité dans les classes sociales. Et dans les sociétés hautement stratifiées, les différences de classe étaient strictes, la mobilité sociale était restreinte et un statut qui était largement hérité.

Le sacrifice humain a permis de créer des classes sociales strictes dans les sociétés

En se basant sur des indices linguistiques, les scientifiques ont construit des arbres généalogiques sur la manière dont les cultures austronésiennes ont évolué et se sont associées. C’est une technique que le groupe a utilisée dans le passé pour suggérer que la croyance dans le châtiment surnaturel promeut la complexité politique. L’arbre généalogique leur a permis d’estimer si le sacrifice humain et la stratification sociale se produisaient dans les mêmes endroits et si les tueries ritualisées ont provoqué des changements dans les divisions de classe.

Tous les types de cultures se sont engagés dans le sacrifice humain, mais c’était plus fréquent dans les sociétés qui étaient les plus divisées. Deux tiers des sociétés hautement stratifiées ont pratiqué ce rituel macabre comparé à un quart des sociétés égalitaires selon les conclusions des chercheurs dans la revue Nature (Lien vers le papier complet via Sci-Hub). Les arbres généalogiques montrent que le sacrifice humain et la stratification sociale ont évolué ensemble. Ces travaux suggèrent que les cultures deviennent plus divisées et donc plus complexes si elles pratiquent le sacrifice humain. Les gens disent souvent que la religion renforce la morale selon Watts. Mais cette étude souligne un autre aspect de la croyance dans le divin. Elle montre la manière dont la religion peut être exploitée par les élites sociales pour leurs propres intérêts.

Des méthodes non admises par certains chercheurs

C’est une conclusion intéressante selon Joseph Henrich, anthropologue évolutionnaire à l’université d’Harvard. Mais elle incite au scepticisme dans l’utilisation des arbres du langage pour interpréter des pratiques culturelles. En supposant que les comportements humains ont évolué de la même manière que leur vocabulaire, la méthode ignore la possibilité que les comportements ont pu se propager entre différentes cultures selon Henrich. Cela aurait pu aussi se produire lorsqu’une société a conquis une autre. Heinrich ne voit aucune preuve pour supporter ou non le lien entre les pratiques culturelles et les arbres généalogiques austronésiens. On peut vérifier cette association en analysant un cas de test qui est un comportement avec une évolution connue. Si la culture et la langue austronésienne sont connectées, alors la prédiction des arbres généalogiques doit correspondre aux données historiques.

Mais les experts saluent l’utilisation de techniques statistiques sophistiquées dans la recherche sur la religion et la culture. L’étude de la religion a été souvent infectée par l’abondance d’idées et très peu de tests quantitatifs pour les tester selon Richard Sosis, un écologiste en comportement humain à l’université du Connecticut. Ces méthodes ont la capacité de tester ces idées. On peut discuter de la religion d’un point de vue systématique plutôt qu’une simple conversation idéologique.

Le sacrifice humain associé à la peine de mort dans les sociétés contemporaines

On peut penser que le sacrifice humain est de l’histoire ancienne et que ces cultures primitives n’avaient pas accès à la lumière de la connaissance. Mais pour comprendre le sacrifice humain, on doit enlever tous ces attributs macabres et sanglants et comprendre son objectif principal : La création de classes sociales dans la société ainsi que pour éviter tout mouvement qui conteste le pouvoir en place. Les anciens sacrifices humains étaient vénérés que ce soit par les victimes, les prêtres et la société dans son ensemble. Le cadavre était considéré comme une relique sacrée.

La peine de mort dans certaines sociétés modernes remplit le même objectif. Son rôle, au-delà de rendre une prétendue justice exemplaire, est de montrer l’autorité du pouvoir et le fait que quelqu’un mérite la mort s’il désobéit aux lois de la société. Dans le cas où le condamné à mort a commis des crimes horribles, alors la peine de mort est justifiée et utilisée comme un rituel d’apaisement de la même manière que les Aztèques apaisaient leurs Dieux avec des sacrifices. C’est pourquoi il est normal que les personnes, qui défendent la peine de mort, aient beaucoup de points communs avec les Aztèques ou les Samoans.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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