Qu’est-ce qu’on peut attendre des chimères humaines-porcs ?

On développe déjà des chimères humaines-porcs aux États-Unis. La recherche, menée par Pablo Ross de l’université de Californie, veut cultiver des organes humains à l’intérieur des animaux. Les travaux progressent depuis des mois. Mais les chimères ont fait la une de l’actualité avec une émission de la BBC qui leur est consacrée. Quelques questions et réponses sur l’utilité des chimères humaines-porcs.


Le potentiel des chimères humaines-porcs dans la transplantation d'organe

Nous avions consacré un long dossier sur les chimères animales-humaines. La création d’animaux qui possèdent des organes humains afin de les utiliser comme des réservoirs illimités d’organes. Effroi, colère, doute, les émotions du public divergent, mais ces expériences n’ont rien de contre nature et les chimères humaines-porcs sont une réalité et elles seront d’une aide cruciale pour pallier à la pénurie d’organes qui tue des milliers de personnes chaque année.

Est-ce que la création de chimères humains-porcs n’est pas une idée monstrueuse ?

Ce serait monstrueux si le résultat était une créature mi-humaine, mi-cochon. Mais l’objectif est de créer des porcs normaux sauf qu’un seul de ses organes serait humain et dans le cas de l’expérience, il s’agit du pancréas. Pour le moment, tous les foetus de sont détruits après un mois et c’est surtout pour éviter que les cellules humaines forment d’autres organes. Si vous créez un porc avec un coeur humain, un foie humain, des reins humains, alors il n’y a aucun problème. En fait, un autre chercheur, qui fait des recherches similaires en Italie, a demandé son avis au Pape et celui-ci a répondu que le seul tort est qu’on allait tuer des porcs ou des moutons.

Cependant, si on s’amuse à implanter ces cellules cérébrales humaines dans des animaux, alors on risque d’être surpris par le résultat. Mais les généticiens n’arriveront jamais à cette extrémité puisqu’il n’y a aucune utilité à le faire.

Qu’est-ce qui se passe si les foetus sont trop mélangés ?

Pour créer les chimères, Ross utilise la modification pour détruire un gène crucial pour le développement de l’organe dans les embryons de porcs. Les cellules souches humaines sont capables de créer n’importe quel tissu et on les injecte dans l’embryon. Les cellules souches vont prendre le relais et développer l’organe manquant. L’embryon est ensuite inséminé dans des truies normales.

Mais comme les cellules souches peuvent développer n’importe quel organe, alors le risque est qu’elles contribuent au développement d’autres organes incluant le cerveau qui auront une caractéristique humaine. Si cela se produit, alors il faudra modifier les cellules humaines pour qu’elles développent uniquement l’organe qui est ciblé. Hiromitsu Nakauchi de l’université de Tokyo est le premier à avoir prouvé qu’on pouvait cultiver l’organe d’un animal dans le corps d’un autre. Et il travaille actuellement sur la modification de cellules souches humaines pour développer un organe précis.

Si ces expériences réussissent, alors est-ce qu’on aura un réservoir illimité d’organes ?

C’est l’objectif, mais le chemin est très long et complexe. La première question est si ces embryons peuvent devenir des adultes en bonne santé. L’équipe de Nakauchi a créé des chimères souris-rat et la plupart n’ont pas survécu à l’âge adulte et le fossé entre les adultes et les porcs est bien plus grand.

Un exemple de chimère. De gauche à droite, une souris ordinaire, une souris partiellement un rat, un rat partiellement une souris, un rat blanc.

Un exemple de chimère. De gauche à droite, une souris ordinaire, une souris partiellement un rat, un rat partiellement une souris, un rat blanc.

Ensuite, même si le pancréas chimérique est constitué principalement de cellules humaines, les vaisseaux sanguins sont toujours des vaisseaux porcins et donc, ils seront rejetés si on implante l’organe à des humains. Une solution est de désactiver la capacité du porc à développer des vaisseaux sanguins pour qu’ils soient également humains. Nakauchi l’a déjà réussi dans des souris en 2013. Mais cela ne risque pas d’être suffisant, car il pourrait y avoir des restes de porc dans les organes ce qui provoquerait le rejet. Et on a déjà des solutions, par exemple, on modifie les porcs pour que leurs cellules ne produisent pas les protéines qui déclenchent le rejet. D’autres équipes utilisent cette approche, mais dans des porcs normaux et non dans des chimères.

Est-ce qu’on a besoin de prendre cette route ?

Les bienfaits potentiels des chimères animales-humaines sont gigantesques. La transplantation d’organe est le parent pauvre de la médecine. La médecine a énormément progressé, mais la collecte d’organe date encore des années 1980. Il faut que l’organe soit en parfait état pour fonctionner. De plus, la transplantation est complexe, car les patients sont obligés de prendre des médicaments immunosuppresseurs qui peuvent provoquer des cancers.

Si on arrive à créer des chimères de manière parfaite, alors on bénéficiera d’une compatibilité de 100 % entre le donneur et le receveur puisque c’est la même personne. Plus besoin d’immunosuppresseurs et la culture des organes dans les chimères sera beaucoup moins cher que leur fabrication. Et si les transplantations d’organes deviennent faciles, sans danger et qu’ils soient abordables, alors on pourrait les utiliser dans des situations qui sont encore des rêves pour les médecins. La transplantation d’organe deviendrait une routine lorsque nos organes vieillissent et cela nous permettrait de vivre beaucoup plus longtemps.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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