samedi , 18 novembre 2017

La déportation d’Adlène Hicheur soulève des questions et des protestations

La déportation d’Adlène Hicheur du Brésil vers la France soulève des questions sur la légalité d’une telle procédure. Une partie de la communauté scientifique est solidaire derrière le physicien français qui est dans les tourments judiciaires par les autorités françaises depuis 2012.


La déportation d’Adlène Hicheur soulève des questions et des protestations
Crédit - Mousse/ABACAPRESS.com/NEWSCOM
Le 15 juillet 2016, la police a expulsé Adlène Hicheur, physicien des particules, de sa maison à Rio de Janeiro et elle l’a escorté à l’aéroport. Ensuite, ils l’ont mis dans un vol pour Paris accompagné par 3 officiers policiers brésiliens. De là, il a été transporté dans la commune de Vienne dans le sud-est de la France où il a été assigné à résidence. Il doit se signaler à la police 3 fois par jour et il ne peut pas quitter la maison de 20 heures à 6 heures du matin.

2 mois plus tard, les raisons de la déportation d’Adlène Hicheur restent un mystère. En 2012, un tribunal français l’avait condamné pour une complicité avec la branche nord-africaine d’Al Quaeda afin de préparer des attaques terroristes sur le sol français. Hicheur et ses partisans incluant ses collègues scientifiques ont clamé son innocence en estimant que ce procès était un simulacre de justice. Les autorités brésiliennes ont discuté de son passé avec Adlène Hicheur avant de l’autoriser à travailler au Brésil en 2012.

Et de retour en France, Hicheur a été assigné à résidence en vertu des lois d’Etat d’Urgence qui a été déployée après les attaques terroristes. Le gouvernement français estime qu’il constitue toujours une menace. Ses collègues, avec l’aide de plusieurs institutions, sont montés au créneau auprès des autorités brésiliennes pour expliquer les raisons de son rapatriement. Ce rapatriement, selon ces scientifiques, a violé la loi brésilienne et les droits fondamentaux d’Adlène Hicheur. Ni Hicheur, si son institution, Federal University of Rio de Janeiro (UFRJ), n’ont reçu aucune justification pour sa déportation.

Cette déportation sans aucune explication est quelque chose qui me fait honte pour mon pays selon Ron Shellard, directeur du Brazilian Center for Physics Research (CBPF) à Rio de Janeiro. S’il n’y a aucune raison pour cette déportation, alors le gouvernement brésilien doit immédiatement le révoquer et demander aux autorités françaises de ramener à Adlène Hicheur à Rio.

À l’aéroport, Hicheur a demandé à plusieurs reprises d’être renvoyé en Algérie (la nationalité de son visa de travail brésilien) ou n’importe où sauf en France. Il avait peur d’être emprisonné avec les lois de l’Etat d’Urgence selon Ignacio Bediaga, physicien au CBPF. Bediaga et 3 responsables de l’UFRJ se sont précipités à l’aéroport et ils sont restés avec lui jusqu’au départ de l’avion. Pour moi, le Dr Hicheur a été déporté illégalement à la demande des autorités françaises selon Bediaga.

Des collaborateurs au CERN et dans d’autres laboratoires européens ont aussi exprimé leur solidarité envers Hicheur. Et un groupe international de chercheurs ont écrit une lettre à François Hollande pour lui demander de lever l’assignation à résidence. Mais les autorités françaises gardent un silence tombal.

Hicheur estime que ces problèmes récents ont commencé en janvier 2016 quand le magazine brésilien Epoca a affiché sa condamnation française avec une Une intitulée : Un terroriste au Brésil. Il y a eu un véritable déluge médiatique par la suite. J’étais un professeur invité à l’UFRJ avec une vie paisible jusqu’à ce que la folie m’atteigne de nouveau selon Hicheur.

La une du magazine Epoca qui montre Adlène Hicheur comme un terroriste

La une du magazine Epoca qui montre Adlène Hicheur comme un terroriste

Après la déportation de Hicheur, le ministre de la Justice a publié une déclaration brève sur le fait que la déportation était basée sur une recommandation de la police fédérale et que la présence de Hicheur était un problème pour l’intérêt national. Dans une interview au journal Folha de S.Paulo, Alexandre de Moraes, ministre de la justice a déclaré qu’Adlène Hicheur, n’a pas communiqué avec des groupes terroristes ou commis un seul crime au Brésil. Mais il était absurde de permettre à quelqu’un, condamné pour terrorisme, de vivre et de travailler dans le pays. De plus, selon le ministre, c’est un physicien nucléaire et il avait tous les matériaux pour faire une bombe sale… On peut dire que ce ministre n’a pas vraiment inventé le filament de tungstène, car les travaux de Hicheur concernent principalement la physique des particules fondamentales et que c’est à des années-lumières d’une bombe.

De plus, Shellard a déclaré qu’il avait discuté du passé de Hicheur avec le département des affaires étrangères au Brésil lorsqu’il avait invité le physicien en 2013. Étant donné que Hicheur avait effectué sa peine de prison en France et qu’il avait des recommandations de scientifiques réputés, les responsables gouvernementaux n’avaient aucun problème à son arrivée au Brésil.

Et le cas d’Adlène Hicheur prend de l’ampleur. Le 1er septembre, les chercheurs du Laboratory of Elementary Particles de l’UFRJ ont lancé une pétition pour les ministères de l’Éducation, de la Justice et de la Science afin de libérer Hicheur. La pétition a recueilli 300 signatures, principalement des physiciens brésiliens, mais également des chercheurs d’instituts européens. Et le 5 septembre, une assemblée générale de la société brésilienne de physique, pendant leur conférence annuelle, a envoyé une lettre au ministre De Moraes pour demander des explications sur la déportation de Hicheur. Bedia et d’autres chercheurs estiment que les mesures répressives pendant les JO de Rio ainsi que la couverture médiatique sont les principaux responsables de la décision de déporter le physicien. Nadine Borges, une avocate et une experte en droits de l’homme à l’UFRJ, a déclaré qu’elle va prendre personnellement en charge le dossier de Hicheur. En France, les avocats de Hicheur ont demandé pour lever l’assignation à résidence, mais le tribunal de Grenoble l’a rejeté. Désormais, Hicheur va faire appel dans une cour supérieure.

Traduction d’un article de la revue Nature.

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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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