dimanche , 22 octobre 2017

Un stéroïde découvert dans un requin pour attaquer la toxine associée à la maladie de Parkinson

Dans des modèles d’animaux, les chercheurs ont réussi à lutter contre l’accumulation d’une toxine associée à la maladie de Parkinson en utilisant un composant qu’on trouve chez une espèce de requin connue comme l’aiguillat commun.


Un stéroïde découvert dans un requin pour attaquer la toxine associée à la maladie de Parkinson
Un requin connu comme l'aiguillat commun. - CREDIT : Doug Costa, NOAA/SBNMS
La synthétisation d’un stéroïde qu’on trouve naturellement chez l’aiguillat commun, une espèce de requin, empêche l’accumulation d’une protéine qui est impliquée dans les maladies neurodégénératives selon une étude publiée sur des modèles d’animaux.1 L’accumulation de cette protéine, l’alpha-synucléine, est la signature de la maladie de Parkinson et de la démence avec les corps de Lewey. Cela pourrait être un nouveau composant potentiel pour la recherche thérapeutique.

Les travaux, publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, ont également démontré que le stéroïde synthétisé, connu comme la squalamine, a réduit la toxicité des amas existants d’alpha-synucléines.

Les résultats de l’étude pré-clinique montrent que la squalamine empêche et élimine l’accumulation de l’alpha-synucléine dans les neurones en décollant la protéine de la paroi interne des cellules nerveuses qui est l’endroit où elle s’accroche et forme des amas toxiques. Le modèle d’animal utilisé dans cette étude, le C. elegans, est un ver nématode qui est modifié génétiquement pour produire de l’alpha-synucléine humaine dans ses muscles. Pendant le vieillissement de ces vers, l’accumulation de l’alpha-synucléine dans leurs muscles provoque des dommages dans les cellules et des paralysies.

On peut voir littéralement que la squalamine, qu’on donne oralement aux vers, empêche l’accumulation de l’alpha-synucléine et elle a également empêché la paralysie musculaire dans les vers selon Michael Zasloff, co-auteur senior de l’étude et professeur de chirurgie et de pédiatrie à l’école de médecine de l’université de Georgetown.

Zasloff, un expert dans les systèmes immunitaires innés, étudie la squalamine depuis 20 ans. Il l’a découvert dans l’aiguillat commun en 1993 et il l’a synthétisé en 1995 et le processus n’implique aucun tissu naturel du requin. Sa recherche ainsi que des travaux par d’autres chercheurs ont établi des propriétés antivirales et anti-cancéreuses du composant.2 C’est la première étude qui suggère des bienfaits neurologiques dans des modèles in vivo de la maladie de Parkinson.

Dans la maladie de Parkinson, l’alpha-synucléine, une protéine normale qui est présente dans le système nerveux, forme des amas toxiques qui endommagent et détruit les neurones sur lesquels elles se forment. Il y a de nombreuses recherches pour découvrir des composants qui empêchent la formation de ces masses. Dans cette étude, les chercheurs ont démontré dans une série d’expériences in vitro que la squalamine, une molécule chargée positivement et possédant une grande affinité avec des membres chargées négativement, pouvait littéralement expulser l’accumulation de l’alpha-synucléine des membranes chargées négativement en empêchant ainsi la formation d’amas toxiques.

Selon le Dr Dr. Zasloff : On s’est concentré initialement sur la maladie de Parkinson grâce à une relation claire entre le fonctionnement de la Squalamine et la pathophysiology de la maladie de Parkinson. Nous pensons qu’il y a d’autres conditions neurologiques qui pourraient être traité avec la Squalamine, mais nos essais cliniques vont se concentrer sur Parkison et les syptômes non-moteur de cette maladie.

L’équipe a également démontré que la squalamine pouvait protéger les cellules neuronales saines contre les dommages des masses déjà formées de l’alpha-synucléine en les empêchant d’adhérer à la membre externe des cellules neuronales. Les chercheurs ont ensuite étendu leurs études à des systèmes vivants, le C. elegans, qui sont des modèles d’animaux courants dans la maladie de Parkinson. Zasloff conclut : Une administration orale de la squalamine a empêché la formation d’amas toxiques d’alpha-synucléines dans cet animal complexe et il l’a sauvé de la paralysie. Cette expérience montre que le mécanisme découvert in vitro a réussi le résultat prédit dans un animal.

L’étude de la squalamine pour ses propriétés fait l’objet de recherches depuis plusieurs années. En 1998, une recherche suggérait des effets bénéfiques de la squalamine pour le développement des tumeurs dans des modèles d’animaux in vivo.3 On a également un essai clinique de phase 1 qui a mesuré la dose de toxicité de la squalamine avec la conclusion que le composant pourrait servir dans les derniers stades du cancer du poumon ou des ovaires tout en respectant les doses de toxicité chez les humains. Notons que la préconisation des chercheurs dans cette étude de 2001 concerne uniquement sur des essais cliniques de phase 2. 4

Sources

1.
Squalus acanthias (Grayfish). Animal Diversity Web. http://animaldiversity.org/site/accounts/information/Squalus_acanthias.html. Consulté le janvier 13, 2017.
2.
Moore KS, Wehrli S, Roder H, et al. Squalamine: an aminosterol antibiotic from the shark. Proceedings of the National Academy of Sciences. 1993;90(4):1354-1358. doi: 10.1073/pnas.90.4.1354
3.
Squalamine Inhibits Angiogenesis and Solid Tumor Growth in Vivo and Perturbs Embryonic Vasculature | Cancer Research. cancerres. http://cancerres.aacrjournals.org/content/58/13/2784. Consulté le janvier 16, 2017.
4.
Bhargava P, Marshall J, Dahut W, et al. A phase I and pharmacokinetic study of squalamine, a novel antiangiogenic agent, in patients with advanced cancers. Clin Cancer Res. 2001;7(12):3912-3919. [PubMed]
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A propos de Jacqueline Charpentier

mm
Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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