Pourquoi le LSD est-il si puissant ?

Des chercheurs expliquent la puissance du LSD. Cette substance hallucinogène s’adapte de manière très particulière aux récepteurs de notre cerveau.


Des chercheurs expliquent la puissance du LSD. Cette substance hallucinogène s'adapte de manière très particulière aux récepteurs de notre cerveau.
Une illustration d'artiste sur le LSD, représenté en arc-en-ciel, qui est connecté et piégé dans le récepteur de sérotonine (en gris) - Crédit : Robin Betz, Stanford University

Le diéthylamide de l’acide lysergique plus connu sous le nom de est l’un des hallucinogènes les plus puissants, mais les chercheurs n’arrivaient pas à comprendre pourquoi les effets du LSD pouvaient durer plus de 12 heures. La clé de cette longévité s’explique dans la manière dont le LSD s’adapte aux récepteurs dans le cerveau selon une étude publiée dans la revue Cell.

Quand j’étais jeune et que le groupe Grateful Dead existait encore, j’allais souvent à leurs concerts. De nombreuses personnes prenaient du LSD et d’autres drogues similaires et ces personnes se demandaient toujours quand ils allaient redescendre de leur « trip sous LSD selon Bryan Roth, professeur de pharmacologie à l’université de la Caroline du Nord et co-auteur senior de l’étude. La plupart des personnes prenant du LSD ignorent la durabilité de ses effets.

Les scientifiques dans le laboratoire de Roth ont capturé des images cristallographiques (des images qui montrent l’agencement des atomes d’une molécule) d’une molécule de LSD qui était connecté à un récepteur de sérotonine chez l’humain et ils ont découvert que la molécule du LSD se « coinçait » dans la poche de fixation du récepteur dans un angle particulier. Et au dessus, une partie de la protéine du récepteur se pliait pour former un couvercle au-dessus du LSD en piégeant la substance.

Une représentation artistique de la structure chimique du LSD (en jaune) qui s'emboite dans un ruban rouge-orange du récepteur de sérotonine - Crédit : Annie Spikes

Une représentation artistique de la structure chimique du LSD (en jaune) qui s’emboite dans un ruban rouge-orange du récepteur de sérotonine – Crédit : Annie Spikes

Une fois que le LSD est dans le récepteur, un couvercle recouvre le LSD et il est piégé dans le récepteur selon Roth. Il faut énormément de temps au LSD pour arriver jusqu’au récepteur, mais une fois qu’il est dedans, il y reste pour un bon bout de temps selon le chercheur.

Ces résultats expliquent pourquoi le trip sous LSD peut durer une journée entière même si la dose est infime. En général, les personnes prennent environ 100 microgrammes et les molécules de LSD sont évacuées du flux sanguin en l’espace de quelques heures. Étant donné qu’on envisage la possibilité de tester le LSD pour certains troubles, il est important de comprendre le mécanisme de sa longévité et de sa puissance afin que les fabricants de médicaments puissent développer des drogues psychiatriques plus efficaces avec le minimum d’effets secondaires selon les chercheurs.

Une représentation artistique du LSD (en bleu) qui se connecte à un récepteur de sérotonine (le ruban blanc) - Crédit : Bryan Roth

Une représentation artistique du LSD (en bleu) qui se connecte à un récepteur de sérotonine (le ruban blanc) – Crédit : Bryan Roth

Même si l’étude est encore spéculative, ces résultats permettront aux chercheurs de comprendre le fonctionnement des micro-doses de LSD. On estime que 1 américain sur 10 a déjà pris du LSD une fois dans sa vie.1 La plupart se contentent de doses infimes juste pour booster la créativité et lutter contre la dépression en évitant les hallucinations. Les micro-doses de LSD n’ont jamais été testées et de nombreux scientifiques doutaient que des doses aussi infimes puissent avoir des effets détectables. Mais quand le groupe de Roth a exposé des cellules vivantes à des micro-doses de LSD, alors elles ont affecté le signalement des récepteurs. On ignore encore si le changement du signalement pourrait affecter la perception ou l’humeur d’une personne même si les études démontrent les actions puissantes du LSD sur le signalement des cellules.

La capacité du LSD pour s’adapter en créant un « couvercle » dans le récepteur dépend de la structure chimique précise de la , mais également du récepteur. Quand l’équipe a exposé des cellules avec des récepteurs mutants qui avaient des couvercles plus souples, alors le LSD s’est accroché encore plus fort et il a également accéléré l’excitation du récepteur. Ces connexions rapides du LSD ont produit des patterns de signalement qui étaient différents des patterns longs.

Je pense qu’il est important pour l’industrie pharmaceutique de comprendre que si vous modifiez un aspect infime de n’importe quel composant, alors vous pouvez affecter toute l’influence du composant sur le récepteur et cela affectera la performance du composant selon Daniel Wacker, auteur de l’étude. Les chercheurs avertissent qu’ils ne promeuvent pas la consommation du LSD puisque c’est une drogue illégale et potentiellement dangereuse. Cependant, ses applications médicales potentielles ainsi que son énorme impact sur la pop culture nécessitent une meilleure compréhension de son mode d’action afin qu’on puisse le contrôler. Le LSD a le vent poupe puisque la revue Current Biology a également publié une étude sur l’expérience musicale des personnes quand ces dernières sont sous LSD. Dans cette étude, les sujets ont donné une signification particulière à une musique quand ils étaient sous LSD alors que la même musique n’avait pas de sens pour eux à jeun.

Source : Cell (http://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(16)31749-4)

Sources

1.
Institute on Drug Abuse N. Hallucinogens. drugabuse. https://www.drugabuse.gov/drugs-abuse/hallucinogens. Published May 5, 2014. Accessed January 25, 2017.

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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