jeudi , 23 novembre 2017

L’intimidation sexuelle, un comportement répandu chez les primates

Des chercheurs rapportent que l’intimidation sexuelle à long terme est assez répandue chez les primates et qu’on pourrait même l’étendre chez d’autres mammifères sociaux.


L’intimidation sexuelle, un comportement répandu chez les primates
Crédit : Alecia Carter
Après avoir observé les habitudes d’accouplement des babouins chacma sur une période de 4 ans, les chercheurs ont constaté que les mâles utilisaient souvent une intimidation sexuelle à long terme pour contrôler leurs partenaires. Les résultats publiés dans Current Biology suggèrent que cette stratégie d’accouplement est assez répandue chez les primates incluant les humains et cette intimidation sexuelle pourrait s’étendre chez les mammifères sociaux, notamment lorsque les mâles d’une espèce sont généralement plus grands que les femelles.

Cette étude renforce les preuves que les mâles utilisent des tactiques coercitives pour contraindre les décisions d’accouplement des femelles chez les primates libres sur le plan sexuel. Cela réduit l’étendue de la liberté sexuelle laissée aux femelles dans de telles sociétés et cela suggère que l’intimidation sexuelle possède une longue histoire évolutive chez les primates qui incluent les humains selon Alice Baniel de l’Institute for Advanced Study de Toulouse.

Baniel et ses superviseurs de doctorat, Guy Cowlishaw de la Société zoologique de Londres et Elise Huchard au CNRS à Montpellier voulaient étudier la violence masculine et l’intimidation sexuelle chez les babouins vivant en Namibie. On n’avait jamais vu de babouin mâle qui obligeait une femelle à s’accoupler avec lui. Ils se sont demandé si les mâles obligeaient les femelles de façon moins évidente.

Un babouin mâle qui attaque une femelle - Crédit : Alecia Carter

Un babouin mâle qui attaque une femelle – Crédit : Alecia Carter

Quand j’étais sur le terrain et que j’observais les babouins, j’ai souvent remarqué que les mâles dirigeaient des attaques ou des poursuites non provoquées vers des femelles en ovulation selon Baniel. Ils ont également maintenu une certaine proximité et ils ont formé un lien social fort avec des femelles particulières en ovulation depuis le début jusqu’à la fin de leur cycle.

Elle a également remarqué que les mâles dans ces relations étaient souvent agressifs envers leurs partenaires féminins. Elle s’est demandé si ce comportement agressif avantageait les mâles en leur permettant de s’accoupler avec ces femelles sur le long terme.

Pour explorer ces dynamiques, les chercheurs ont recueilli des données sur le sexe et l’agression pendant 4 ans dans 2 grands groupes de babouins. Leurs études ont montré que les femelles fertiles souffraient plus d’agressions de la part des mâles que les femelles enceintes et allaitantes. En fait, l’agression masculine était une source majeure de blessures pour les femelles fertiles. Les mâles, qui étaient plus agressifs envers une certaine femelle, avaient également de meilleures chances pour s’accoupler avec cette femelle quand elle était proche de l’ovulation.

Les mâles ne semblaient pas harceler les femelles pour s’accoupler ou pour les punir sur le court terme. Au lieu, les mâles semblaient privilégier l’intérêt sur le long terme. Ils attaquaient et chassaient des femelles particulières à maintes reprises dans les semaines qui précédaient leur ovulation pour accroître leurs chances de monopoliser leur accès sexuel au bon moment. Ce comportement, selon les chercheurs, peut être considéré comme une forme d’intimidation sexuelle à long terme.

Une babouin femelle qui se présente à un mâle pour une sollicitation sexuelle - Crédit : Alice Baniel

Une babouin femelle qui se présente à un mâle pour une sollicitation sexuelle – Crédit : Alice Baniel

Les chercheurs notent que l’intimidation sexuelle était déjà connue chez les chimpanzés. La nouvelle étude montre que la stratégie existe également dans d’autres sociétés de primates en renforçant l’hypothèse d’une origine évolutive de l’intimidation sexuelle humaine.

Étant donné que l’intimidation sexuelle avec l’agression et les accouplements ne se produit pas en même temps, cette intimidation peut facilement passer inaperçue selon Baniel. De ce fait, on peut suggérer que ce comportement est plus fréquent chez les mammifères et on a même une contrainte sur la sexualité féminine chez les espèces qui semblent jouir d’une liberté relative.

Baniel et ses collègues continueront d’étudier leurs babouins pour explorer la variation des niveaux d’agression masculine envers leurs partenaires féminins. J’ai l’impression que certains mâles étaient plus agressifs avec certaines femelles que d’autres et que certaines femelles étaient “plus heureuses” que d’autres avec les mâles qui étaient des genres de “gardiens de l’accouplement” selon la chercheuse. J’aimerais comprendre si plusieurs stratégies d’accouplement peuvent coexister chez les mâles, par exemple, le fait d’être choisit par les femelles plutôt que l’intimidation.

Source : Current Biology (http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2017.06.013)

N'oubliez pas de voter :
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore de vote)
Loading...

Faites un don sur notre page Patreon

Quelle est la fiabilité de cette information ou étude ?

Aucun avis particulier

A propos de Jacqueline Charpentier

mm

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Timber by EMSIEN 3 Ltd BG