Les anciens peuples ont refaçonné la forêt de l’Amazonie

Une recherche suggère que les anciens peuples ont influencé considérablement les espèces d’arbre dans les forêts de l’Amazonie. Cela contredit l’idée que cette forêt est restée protégée contre les activités humaines, notamment après la découverte du continent en 1492.


Une recherche suggère que les anciens peuples ont influencé considérablement les espèces d'arbre dans les forêts de l'Amazonie. Cela contredit l'idée que cette forêt est restée protégée contre les activités humaines, notamment après la découverte du continent en 1492.
Mauritia flexuosa, un espèce d'arbre domestiquée des forêts d'Amazonie. Cette espèce est prédominante dans le Rio Negro - Crédit : Hans ter Steege

Une équipe internationale d’écologistes et de sociologues montre, dans une étude publiée dans la revue Science, que les espèces d’arbres domestiquées et réparties à travers le bassin de l’ par les peuples indigènes avant 1492, continuent de jouer un rôle important dans les forêts actuelles. Ces découvertes réfutent fortement l’idée que les forêts amazoniennes n’ont jamais été touchées par l’homme.

L’étude a été menée par Carolina Levis, une candidate PhD au National Institute for Amazonian Research (INPA) au Brésil. Depuis de nombreuses années, les études écologiques ont ignoré l’influence des peuples précolombiens sur les forêts que nous voyons aujourd’hui. Nous avons découvert que le quart des espèces d’arbres domestiqué en sont largement distribuées à travers le bassin et ces espèces contribuent considérablement à l’expansion des forêts. Ces résultats indiquent clairement que la flore amazonienne doit sa survie en partie grâce à ses habitants passés selon Levis.

Des fruits de l'Astrocaryum aculeatum, une espèce d'arbre domestiqué dans un village rural à Itapiranga. Ce palmier est fréquemment présent dans les villages dans le centre de l'Amazonie - Crédit : Diogo Lagroteria

Des fruits de l’Astrocaryum aculeatum, une espèce d’arbre domestiquée dans un village rural à Itapiranga. Ce palmier est fréquemment présent dans les villages dans le centre de l’Amazonie – Crédit : Diogo Lagroteria

L’équipe a fait cette découverte en analysant des données de plus de 1 000 études de forêts provenant de l’Amazon Tree Diversity Network sur une carte de plus de 300 sites archéologiques à travers l’Amazonie. En comparant la composition de la forêt à différentes distances sur plusieurs sites archéologiques, leurs analyses ont généré la première image d’ensemble sur l’influence des peuples précolombiens sur la biodiversité amazonienne.

L’étude s’est concentrée sur 85 espèces d’arbres qui ont été domestiqués par les peuples amazoniens pour la nourriture, l’abri et d’autres utilisations sur des milliers d’années. Les chercheurs ont trouvé qu’à travers le bassin de l’Amazone, ces espèces étaient 5 fois plus nombreuses dans les études que les espèces non domestiquées. Les espèces domestiquées étaient également plus nombreuses et plus diversifiées dans les forêts qui étaient plus proches des sites archéologiques. Ces 85 espèces d’arbres domestiqués incluent des espèces bien connues telles que le cacao, l’açaí et la noix du Brésil.

Ces résultats vont éclairer le débat parmi les scientifiques sur l’influence de l’occupation humaine pendant des milliers d’années du bassin de l’Amazone sur la biodiversité actuelle de l’Amazonie et ces résultats contredisent la vision de nombreux écologistes sur cette zone selon Hans ter Steege du Naturalis Biodiversity Center. La taille gigantesque des forêts amazoniennes freine les recherches archéologiques et elle donne l’impression que cette zone est restée intacte. Mais un grand nombre de sites archéologiques ont été découverts dans le passé.

Cela permet de détruire le mythe d’une « Amazonie totalement vierge » selon Charles Clement, chercheur senior à l’INPA et co-auteur de l’étude. Les premiers naturalistes européens décrivaient seulement quelques peuples indigènes qui étaient répartis sur de grandes forêts vierges. Et cette idée continue de fasciner les médias, les législateurs et même certains scientifiques. Cette étude confirme que même les zones de l’Amazonie, qui semblent vides aujourd’hui, sont remplies avec d’anciennes traces des humains.

Euterpe precatoria, un espèce d'arbre domestiquée prédominante qui est cultivé dans les villages riverains dans le Rio Madeira et qui est utilisé comme source de nourriture - Crédit : Carolina Levis

Euterpe precatoria, un espèce d’arbre domestiquée prédominante qui est cultivé dans les villages riverains dans le Rio Madeira et qui est utilisé comme source de nourriture – Crédit : Carolina Levis

Cette étude montre également les régions de l’Amazonie qui concentrent le maximum de diversité et d’espèces domestiquées. Le sud-ouest de l’Amazonie, où on a de grandes quantités d’arbres de noix du Brésil, reste encore la principale source alimentaire des habitants locaux. Dans d’autres régions, comme le Plateau des Guyanes, les espèces domestiquées sont moins bien représentées et la relation entre les espèces domestiquées et les sites archéologiques est moins évidente. Cela nécessite plus de recherche sur l’histoire de l’occupation de l’Amazonie. On doit également étudier l’occupation récente des forêts d’Amazonie et son impact sur l’abondance des espèces domestiquées.

L’échantillon faible des espèces domestiquées a suffi pour révéler une présence humaine forte dans les forêts modernes. Mais les auteurs estiment que cette présence humaine pourrait être plus importante, car les peuples précolombiens géraient également des centaines d’espèces d’arbres qui n’étaient pas domestiqués. L’Amazonie possède plus de 16 000 espèces d’arbres et il est nécessaire de comprendre les facteurs environnementaux, historiques et écologiques qui ont permis à ces espèces de se développer. Et c’est urgent, car les héritages précolombiens, que ce soit les sites archéologiques et les forêts, sont menacés à cause de la déforestation, de la construction des routes et de l’industrie minière.

Les espèces d’arbres domestiqués sont toujours vitales pour la vie de nombreux peuples amazoniens selon André Junqueira, un postdoc de l’université de Wageningen et co-auteur de l’étude. Ces résultats ont des implications importantes pour la conversation. Nous montrons que les régions du sud-ouest et de l’est concentrent le plus d’espèces domestiquées et ce sont ces régions qui subissent le plus de destruction. De ce fait, ces régions doivent être des priorités pour les programmes de protection, car ce sont des réservoirs précieux pour les populations humaines.

Source : Revue Science (http://science.sciencemag.org/cgi/doi/10.1126/science.aal0157)

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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