Quand votre patron est un algorithme Uber

Des chercheurs examinent comment Uber change le comportement de ses chauffeurs avec son système de gestion automatique. On est très loin de la promesse d’Uber pour que ses chauffeurs soient leurs propres patrons.


L'algorithme d'Uber change le comportement de ses chauffeurs

Il envoie un message de dernière minute pour des déplacements supplémentaires et il ignore complètement vos demandes d’augmentation. Oui, l’algorithme qui gère a quelques points communs avec les patrons humains. Les chercheurs estiment que le système de gestion automatique d’Uber ainsi que de son rival Lyft crée une dynamique qui mérite une enquête approfondie. Un papier présenté il y a 2 semaines par Data & Society, un institut de recherche à but non lucratif, estime qu’Uber contrôle le comportement de ses chauffeurs et que cela mérite une surveillance par les législateurs.

Uber considère ses chauffeurs comme des prestataires indépendants et incite des personnes à rejoindre son service en leur promettant qu’ils seront leurs propres patrons. Alex Rosenblat, une chercheuse de Data & Society, a interviewé plusieurs chauffeurs sans qu’Uber soit au courant et elle a suivi un an de discussion sur des forums fréquentés par les chauffeurs d’Uber. La réalité d’un prestataire d’Uber est très différente des promesses et des slogans de l’entreprise. Uber exerce un contrôle considérable sur le comportement de ses chauffeurs.

Normalement, les chauffeurs rencontrent un humain quand ils veulent rejoindre Uber ou Lyft. Ensuite, toute leur interaction se base sur un système de gestion automatique qui est proposé par une application. Quand un chauffeur se connecte, l’application lui assigne les clients les plus proches. Le système donne des bons points selon la quantité de clients acceptés par le chauffeur. Le chauffeur possède un délai de 15 secondes pour accepter un client. Les chauffeurs Uber peuvent être suspendus s’ils n’acceptent pas suffisamment de courses ou si leurs tarifs sont trop bas. L’algorithme incite les chauffeurs à travailler à des heures et des endroits particuliers. Et les chauffeurs acceptent parce qu’Uber leur propose un prix supérieur pour aller vers ce type d’endroit et privilégier ce type d’horaire.

Certains passagers d’Uber n’aiment pas cette augmentation soudaine des prix, mais Travis Kalanick, le CEO d’Uber, estime que c’est un processus normal de l’offre et de la demande. Les chauffeurs reçoivent des messages les pressant à travailler pendant un jour ou une heure précise, notamment si Uber prévoit une demande très forte. De plus, les chauffeurs d’Uber participent régulièrement à des sondages pour leur demander leurs horaires de travail dans les prochains jours. On est très loin de la liberté d’un prestataire.

Rosenblat estime qu’on peut arguer que ces comportements sont normaux dans un marché totalement dérégulé. Mais Uber ne se base pas sur le marché pour ses décisions. En fait, les chauffeurs doivent déterminer leur niveau de confiance au système d’Uber pour qu’ils gagnent plus. Uber justifie son algorithme en disant qu’il fonctionne comme un intermédiaire sur l’offre et la demande. Mais selon la chercheuse : Vous pouvez difficilement avancer la neutralité comme argument alors que c’est vous qui gérez totalement l’offre et la demande.

De plus, Uber utilise les avis des passagers comme un levier de contrôle pour modifier le comportement du chauffeur. Les chauffeurs doivent avoir les meilleurs avis des passagers pour ne pas se faire expulser. Et l’entreprise va jusqu’à envoyer des messages personnalisés, par exemple, que le chauffeur offre des Snacks ou de ne pas parler de tout et de rien avec ses passagers. Rosenblat estime que les législateurs doivent enquêter si Uber va trop loin en façonnant le comportement des chauffeurs. La Federal Trade Commission (FTC) a montré de l’intérêt pour ses travaux et elle a aussi présenté son papier au Centre for European Policy Studies à Bruxelles la semaine dernière.

Notons que la chercheuse n’attaque pas directement Uber. En fait, Uber a aussi montré de l’intérêt pour sa recherche. Mais le système d’Uber est à double tranchant. Si la course vous rapporte plus, alors il est évident que c’est aussi bon pour le chauffeur puisque cela va augmenter ses revenus. Le problème survient quand on force les chauffeurs d’Uber à accepter des demandes déraisonnables. Uber rétorque que les chauffeurs sont libres d’ignorer leurs suggestions, mais étant donné que s’ils refusent trop souvent, alors ils seront progressivement expulsés du système.

On peut aussi arguer que c’est la même chose pour toutes les entreprises, mais Uber n’est pas une entreprise, mais un intermédiaire de prestataires. S’il veut imposer sa propre culture, alors il doit considérer ses chauffeurs comme de véritables employés avec tous les avantages et sécurités que cela implique sans oublier les taxes qu’il doit payer. Et ce contrôle d’Uber a déjà provoqué des poursuites judiciaires et il y a un procès qui se tiendra l’été prochain qui déterminera si Uber exerce suffisamment de contrôle sur ses employés pour qu’ils soient considérés comme des employés.

Uber est appelé à grandir. On estime que sa prochaine entrée en bourse en fera l’un des entreprises les plus valorisées de la planète. Elle pourrait même surpasser Facebook. Donc, Uber va devenir de plus en plus gros et cela risque d’attirer plus de chauffeurs et l’interaction humaine sera sacrifiée au profit d’algorithmes. Tôt ou tard, les chauffeurs d’Uber se poseront des questions sur les choix qui leur reste et s’ils sont encore des prestataires ou des personnes qui sont toujours forcées à faire plus sous la commande d’un algorithme.

 

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Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

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