J’utilisais Linux avant même ta naissance

À une époque, il n’y avait pas de Linux. Il y avait plusieurs versions d’Unix, il y avait Apple et Microsoft Windows. En mode, c’était mieux avant, une utilisatrice de Linux nous raconte le chemin totalement pourri de la technologie actuelle.


En mode c'était mieux avant, une utilisatrice de Linux nous raconte le chemin totalement pourri de la technologie actuelle.

C’est une traduction d’un article sur Open Source.com écrit par Carla Schroder. Carla Schroder est une Freelance et une autodictate en informatique et . Elle est l’une des meilleures contributrices sur des sites comme .com.

Quand on parle de Windows, plus les choses changent et plus elles restent les mêmes. En dépit d’ajouter 20 Go de machin-truc, Windows est resté principalement le même (sauf que maintenant, vous ne pouvez plus utiliser le DOS pour effectuer une tâche). Qui se souvient encore de Gorilla.bas, le jeu de banane explosif sous DOS. Internet n’a pas oublié et on peut encore y jouer dans une version Flash sur Kongregate.com.

Apple a changé, évoluant d’un système convivial qui encourageait le bidouillage à une boite totalement fermée que vous n’avez plus le droit d’ouvrir. Apple contrôle le matériel que vous utilisez. 1998 : Plus de disquettes, 2012 : Plus de disques optiques. Le MacBook de 12 pouces possède un seul port USB Type-C qui fournit l’alimentation, le Bluetooth, le Wifi, le stockage externe, la sortie vidéo et les accessoires. Vous ne pouvez plus connecter plusieurs choses en même temps à moins que vous vouliez jongler avec des tonnes d’adapteurs. Il restait la prise Jack et Apple l’a aussi jeté à la poubelle.

Il y avait de nombreux systèmes d’exploitation tels qu’Amiga, BeOS, OS/2 et je vous encourage à les tester encore aujourd’hui. Amiga, BeOS et OS/2 possédaient les fonctionnalités les plus avancées telles que le multitâche en 32 bits et une gestion avancée des graphismes. Mais l’influence du marketing a vaincu la qualité supérieure et Windows et Apple, largement médiocres et inférieurs, ont dominé le marché pendant que les autres ont disparu. Ensuite, Linux est arrivé et il a changé le monde.

Le premier PC

Mon premier PC était un Apple IIc que j’ai eu aux alentours de 1994 quand Linux existait depuis 3 ans. Un ami me l’a prêté, mais cette machine était trop rigide. Ensuite, j’ai acheté un Tandy PC pour 500 dollars, ce qui était triste pour le vendeur, qui l’avait acheté pour 2 000 dollars. À cette époque, les PC vieillissaient très vite. C’était un monstre : Un processeur Intel 386SX, 4 Mo de RAM, un disque de 107 mégaoctets, un moniteur CRT de 14 pouces, MS DOS 5 et Windows 3.1.

J’ai démonté cette machine à plusieurs reprises et réinstallé Windows et DOS un nombre incalculable de fois. Windows était utilisable et je travaillais principalement sous DOS. J’adorais les jeux vidéos gores tels que Doom, Duke Nukem, Quake ou Heretic. Le bon vieux temps des graphismes en 8 bits ! À cette époque, le logiciel surpassait le matériel et il fallait régulièrement mettre à jour. Aujourd’hui, nous avons toute la puissance qu’il nous faut et je n’ai pas mis à jour mon matériel depuis plusieurs années.

Computer Bits

Dans cet âge d’or de l’informatique, vous aviez des boutiques indépendantes d’informatique à chaque coin de rue et vous aviez toujours l’agence locale de votre FAI. Les FAIs étaient aussi très différents. Ils n’étaient pas comme les Méga-corporations actuelles qui s’en foutent complètement de leurs clients. Ils étaient cool, proposaient de nombreux services tels que les BBS (Bulletin Board Service), le téléchargement de fichiers, le MUD (Multi-Uses Domains) qu’on utilisait pour le jeu en ligne.

Le magazine Computer Bits

Le magazine Computer Bits

J’ai passé beaucoup de temps à acheter des composants dans les boutiques et le Staff était toujours choqué de voir qu’une femme pouvait s’y connaitre en informatique. Certains n’accepteront jamais cette idée. Aujourd’hui, j’ai 58 ans et ils ne s’y sont pas toujours habitués. Espérons qu’une femme Nerd deviendra acceptable à ma mort.

Ces boutiques avaient des étagères remplies du magazine Computer Bits. On peut consulter une vieille édition de ce magazine sur Internet Archive. Computer Bits était un journal en papier gratuit local avec de bons articles et des tonnes de publicités. Malheureusement, les publicités imprimées n’apparaissent pas dans la version en ligne, car vous verriez que ces publicités de la presse écrite de l’époque n’avaient rien à voir à ce qu’on voit aujourd’hui. Les annonceurs se plaignent des bloqueurs de publicité et ils ont transformé le journalisme technologique en une publicité clandestine. Ils devraient s’arrêter un moment et apprendre des leçons du passé. Ces publicités imprimées étaient utiles. Les gens voulaient même les lire et personne, né après 2000, ne pourrait même comprendre ce concept. J’ai appris beaucoup de choses sur le matériel en lisant les publicités de Computer Bits et d’autres magazines informatiques. Computer Shopper était une ressource fabuleuse. Il avait plusieurs centaines de pages de publicité et d’articles d’excellentes qualités.

L’éditeur de Computer Bits, Paul Harwood, a lancé ma carrière d’écriture. Mon premier boulot d’écriture était pour Computer Bits. Paul, si t’es toujours dans le coin, merci ! Sur Internet Archive, vous pouvez trouver une catégorie qu’on trouve rarement aujourd’hui sur un site. C’était les petites annonces. Les petites annonces généraient un bon revenu pour la presse écrite. Craigslist a tué les petites annonces ce qui a tué les journaux et les magazines comme Computer Bits.

L’un de mes plus beaux souvenirs concerne un jeune garçon de 12 ans qui tenait ma boutique d’informatique préférée. Il n’a jamais pu accepter l’idée qu’une femme puisse s’y connaitre en informatique. Un jour, il m’a donné un exemplaire de Computer Bits pour m’apprendre les bases des ordinateurs. Je l’ai ouvert et je lui ai montré mon article sur Linux que j’avais publié dans le magazine et je ne pensais qu’un être humain pouvait changer de couleur de cette façon. Il a manqué de s’évanouir. Et non, il n’avait pas vraiment 12 ans, mais 20 ans et j’espère qu’il est devenu plus mature.

Découverte de Linux

J’ai entendu parler de Linux dans Computer Bits aux alentours de 1997. Mes premières distributions étaient Red Hat 5 et Mandrake Linux. Mandrake était fabuleux. C’était la première distribution qui était facile à installer et elle intégrait les pilotes de la carte son et de la carte graphique et je pouvais donc jouer directement à Tux Racer. Contrairement à beaucoup d’utilisateurs de Linux de cette époque, je ne venais pas de l’environnement Unix et donc, la courbe d’apprentissage fut difficile. Mais ça été payant, car j’ai appris beaucoup de choses utiles. C’était l’opposé de mon aventure sous Windows où j’apprenais surtout à corriger les erreurs du système qu’à faire quelque chose d’utile.

J’ai tellement joué avec les ordinateurs que j’ai pu devenir une consultante freelance. J’aidais les gens à corriger leurs problèmes avec Windows et les petites boutiques pour passer leurs serveurs sous Linux. Nous le faisions en cachette, car c’était l’époque glorieuse où Microsoft considérait que Linux était un cancer. Microsoft n’hésitait pas éructer que Linux était un complot communiste et qu’il salissait tous nos fluides corporels.

Linux a gagné

J’ai continué à faire du Consulting pendant plusieurs années. De la réparation, de la mise à jour, de l’administration de réseau et gérer des réseaux mélangeant Apple, Windows et Linux. C’était un cauchemar d’intégrer Apple et Windows dans des réseaux mixtes, car ils faisaient tout pour que ça soit impossible. L’une des plus grandes forces de Linux et de la communauté est qu’il y avait toujours des gens prêts à retrousser leurs manches pour pulvériser les barrières des éditeurs propriétaires.

C’est très différent aujourd’hui. Il y a toujours des barrières propriétaires contre l’interopérabilité et il n’existe toujours pas de constructeur Linux qui possède une part importante du marché. Selon moi, c’est parce que Microsoft et Apple ont verrouillé totalement la distribution au détail. Mais peut-être qu’ils ont rendu un service à Linux, car il y a encore d’excellents fabricants comme ZaReason et System76. Ce sont des experts de Linux et ils ne nous traitent jamais avec des arrière-pensées.

À part le Desktop au détail, Linux domine tous les autres aspects de l’informatique allant de l’informatique embarquée jusqu’aux Supercalculateurs en passant par le calcul en parallèle. L’Open Source domine le développement de logiciel. Toutes les nouvelles frontières de la technologie, les Containers, les Clusters, l’intelligence artificielle tournent sous des logiciels Open Source. Et quand vous mesurez la distance de mon premier PC avec son CPU 386SX, alors on peut dire que c’est un progrès phénoménal. Une grande partie de la technologie actuelle n’aurait jamais existé sans Linux et l’Open Source.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

Pour me contacter personnellement :

7 réponses

  1. Triangle dit :

    Belle séquence souvenir…je suis de la même génération et aujourd’hui consultant en LL en ayant été initié sur RedHat 5.5, à l’époque je n’aimais pas Mandrake qui était toujours buggé. Ma deuxième révolution fut la naissance de Debian et son contrat social, j’ai adhéré de suite…

  2. Ysabeau dit :

    Je ne sais pas où elle vit (enfin si) mais dans les pays plus évolués comme la France, une femme peut se montrer calée et savante en informatique sans que cela choque (dans les boutiques, il est vrai sur certains sites par contre… mais pas tant que ça) et j’en connais un certain nombre. Effectivement, j’ai des souvenirs de salons où, étant prescriptrice et m’y rendant avec des stagiaires masculins, les messieurs ne s’adressaient qu’à l’élément mâle ce qui était plus qu’agaçant.

    Cela dit, Microsoft a surtout permis de faire en sorte qu’il n’y ait pas trente-six-mille OS ne communicant pas entre eux, bon à la façon bulldozer, mais je pense que ça n’est pas complètement négatif. Mais, clairement, aujourd’hui, une distribution Linux bien choisie est, de mon point de vue, la solution à recommander pour des personnes n’étant pas familiarisées avec l’informatique ou ne désirant pas se casser la tête ni mettre les mains dans le cambouis et n’ayant pas forcément un besoin impérieux d’avoir les toutes dernières versions de logiciel.

  3. f4b1 dit :

    Merci pour ce petit article qui nous replonge dans le passé avec le processeur Intel 386SX. Depuis RedHat 5.5, beaucoup de chemin a été parcouru pour Linux et ca fait plaisir à voir ! Le jour ou le support de Windows 7 s’arrête, ce sera alors du full Linux pour moi !

  4. Dominique dit :

    Dans les années 1990, la maintenance de Microsoft m’avait appelé sur mon portable à plusieurs reprises pour tenter, en vain d’ailleurs, de réparer une base de registre endommagée.

    Mon interlocuteur avait fait tout ce qu’il avait pu.

    Je doute qu’une telle prise en charge soit possible aujourd’hui, pour un vulgum pecus.

    Depuis 2001, je suis sous Linux à titre privé. Je travaille sous W7 à mon bureau. Je ne regrette pas un seul instant l’investissement que j’ai fait lorsque j’ai installé ma première Mandrake, puis ma première Fédora. J’ai poursuivi avec Aurox et Ubuntu maintenant.

    Mon premier PC (Pocket computer) était un Sharp PC 1211. C’est avec cette machine (1 KO de RAM) que j’ai fait mes premiers pas en programmation.

    Fin de la séquence « nostalgie » 🙂

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