Uber Freight, Uber débarque dans le camionnage

Avec le rachat de l’entreprise OTTO et le lancement d’Uber Freight, qui fabrique des camions de conduite autonome, Uber veut désormais prendre sa part du gâteau sur le marché des transports et du fret. Les camionneurs seront impactés d’une façon ou d’une autre, mais ce sont les intermédiaires qui vont surtout passer à la trappe.


Avec le rachat de l'entreprise OTTO et le lancement d'Uber Freight, qui fabrique des camions de conduite autonome, Uber veut désormais prendre sa part du gâteau sur le marché des transports et du fret. Les camionneurs seront impactés d'une façon ou d'une autre, mais ce sont les intermédiaires qui vont surtout passer à la trappe.

En catimini, a lancé le service Uber Freight après le rachat de l’entreprise OTTO pour 65 millions de dollars. Selon les déclarations de l’entreprise, ce service est une place de marché pour le et le spécialisé dans les poids lourds. Uber continue d’imposer son modèle économique dans de nombreux secteurs. Il a révolutionné pour le meilleur et le pire le secteur des transports publics, notamment en court-circuitant le marché des taxis. Ce nouveau modèle n’est pas passé comme une lettre à la poste puisqu’Uber a été confronté à de nombreuses interdictions en Allemagne, en Corée du Sud, en France et même aux États-Unis. Mais le pays de l’Oncle Sam, adepte d’une libération absolue des marchés, est plutôt laxiste et cela permet à d’attaquer directement l’un des secteurs les plus critiques et les plus rentables du marché américain.

Uber veut gober le gros gâteau du camionnage

Selon un rapport intitulé U.S. Freight Transportation Forecast to 2026 publiés par l’American Trucking Associations (ATA), les revenus du camionnage et du vont atteindre 1,52 billion de dollars (l’équivalent du trillion aux États-Unis) à l’horizon 2016. Depuis 2014, les entreprises de enregistrent une augmentation de revenu de 10 % chaque année depuis 2014. C’est l’un des rares secteurs américains qui connait une bonne croissance malgré la crise. Dans ces conditions, il est normal que de voir un Uber Freight qui débarque à l’horizon. En premier lieu, le secteur du camion est beaucoup plus rentable que celui des taxis et des transports publics, mais surtout, Uber rencontrera moins de difficultés judiciaires à cause des intermédiaires dans le secteur.

Aux États-Unis, le secteur du camionnage se compose de 3 parties. Le client qui veut transporter les marchandises, le Broker qui est l’intermédiaire qui va contacter les entreprises de camion pour déterminer le plus offrant. Le Broker prend une commission de 15 à 20 % sur la transaction et Uber Freight veut éliminer cet intermédiaire. Uber estime que le temps est révolu où une entreprise devait contacter ses prestataires par téléphone et Uber Freight permet de passer à une modulation dynamique des prix en temps réel. En gros, le prix n’est pas déterminé par l’intermédiaire, mais par l’offre et la demande.

En apparence, cela semble une bonne chose puisque cela permet de supprimer la marge des intermédiaires et donc de faire plus d’économie. Mais ces intermédiaires ne sont pas simplement des parasites, car ils sont une soupape de sécurité à la volatilité des prix. Les Brokers font parfois des ententes sur les prix afin de stabiliser le marché. Et les transporteurs de poids lourds doivent bénéficier de prix fiables sur le long terme. Contrairement aux chauffeurs de taxi, les entreprises des camions s’endettent sur plusieurs années pour leurs fonds de roulement. De ce fait, il faut qu’ils puissent prédire les prix sur une base stable pour éviter de se trouver avec un couteau sous la gorge à la moindre hausse qui est inévitable dans un secteur qui est dominé par l’offre et la demande.

Plus besoin de chauffeur

Pour le moment, Uber Freight n’est qu’un service en ligne qui permet de mettre en relation les clients et les camionneurs sans les intermédiaires. Il n’y a pas d’application et Uber va se contenter d’accompagner l’entreprise OTTO pour déterminer si les camions autonomes sont viables. Cependant, très peu de médias ont remarqué un changement drastique et sans précédent dans la politique d’Uber.

Avec le rachat d’OTTO, Uber vise directement les camions autonomes et donc, il supprime les chauffeurs de l’équation. Quelle est la principale propagande d’Uber ? Depuis des années, il nous dit qu’il est le partisan d’une économie du partage. Que ces citoyens comme vous et moi peuvent participer et gagner de l’argent dans des secteurs qui sont normalement verrouillés comme les taxis. Il permet à chacun d’augmenter des revenus. Mais avec une voiture autonome, l’économie de partage part directement à la poubelle, car Uber contrôle les véhicules, les prix et il peut donc contrôler potentiellement tout le marché.

Les analystes estiment que l’arrivée d’Uber dans le fret entrainera automatiquement une augmentation des prix. Mais ce ne sera pas une augmentation homogène, car cela reflétera simplement l’offre et la demande. On l’a déjà vu avec son service actuel où Uber n’a pas hésité à augmenter les prix de 400 % dans des endroits qui ont été touchés par des attentats, notamment en Australie. Face au tollé général, Uber a remboursé la différence, mais parions que cela va devenir une habitude à mesure que son service va s’étendre dans les autres pays. Mais évitons de dramatiser, les camions autonomes sont encore des projets expérimentaux, mais il faut comprendre qu’Uber s’en fout complètement de l’économie de partage et qu’il se comporte plus comme un vautour. Et selon les mots des responsables de l’entreprise, l’avenir du secteur du transport peut se résumer en 2 mots, le marché et l’automatisation.

La route est longue

Mais il ne suffit pas de proposer une application pour que les clients bénéficient des meilleurs prix. On ne peut pas comparer le secteur des taxis avec celui des camions. L’industrie du fret est d’une complexité inouïe. Il y a le transport des matériaux dangereux, fragiles ou propres à chaque industrie comme les voitures, la métallurgie, les carburants. Il faudra qu’Uber propose un service qui est adapté à chaque sous-secteur du fret et ce n’est pas gagné vu la mentalité de l’entreprise. Les échecs d’Uber dans de nombreux pays s’expliquent parce qu’il a tenté d’imposer un modèle unique, qui marche aux États-Unis, au monde entier. S’il essaie de faire la même chose dans le camionnage, même à l’intérieur des États-Unis, on comprendra rapidement que le camionnage néo-libéralisé et autonome va apporter bien plus d’emmerdes que de solutions.

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Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

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