vendredi , 24 novembre 2017

Coup d’Etat en Turquie : Prévisible pour tout le monde sauf pour sa propre agence de renseignement

Après l’échec du Coup d’Etat militaire en Turquie, on a accordé beaucoup d’attention à l’armée, la police et même la justice du pays. Mais on a parlé peu des services de renseignement turcs qui sont menés par le MIT, la National Intelligence Organization. Est-ce qu’il a anticipé le Coup d’Etat et qu’est-ce qu’il a fait dans les premières heures de la crise ?


Coup d’Etat en Turquie : Prévisible pour tout le monde sauf pour sa propre agence de renseignement
2 jours après la tentative de Coup d’Etat en Turquie, Peter King, membre du Congrès américain et un membre senior du comité de la sécurité intérieure de la chambre des représentants a prétendu que personne n’avait vu venir ce Coup d’Etat. En parlant sur WNYM, une radio à tendance conservatrice, King a déclaré qu’il n’y avait aucun mouvement diplomatique ou des données de renseignement concernant un possible Coup d’Etat. Un jour plus tôt, c’est le secrétaire d’Etat John Kerry qui a déclaré que la Maison Blanche n’avait aucune idée qu’un Putch était imminent en Turquie en ajoutant que les escalades ont surpris tout le monde. Et comme d’habitude, King et Kerry racontent n’importe quoi. Dès le mois d’octobre 2015, Norman Bailey de l’université d’Haifa en Israël et l’Institute of World Politics à Washington déclaraient que l’armée Turque va déclencher un Coup d’Etat si elle estime que le pays descend dans le chaos.

Le 12 mars 2016, les observateurs russes ont averti que l’armée turque construisait progressivement son influence politique en créant les bases pour un Putch militaire. Plus tard toujours en mars 2016, Michael Rubin de l’American Enterprise Institute se demandait : Est-ce qu’il peut y avoir un Coup d’Etat en Turquie en ajoutant que personne ne serait surpris si cela se produisait. Le 30 mars 2016, le prestigieux Foreign Affairs publiait un article par Gonul Tol, directrice et fondatrice du Center for Turkish Studies pour le compte du The Middle East Institute. Dans cet article, elle expliquait que la Turquie allait bientôt faire face à un Coup d’Etat militaire.

Toutes ces observations et analyses étaient publiques et il est évident que le service de renseignement turc connaissait la situation explosive du pays. Des analyses du renseignement américain, plusieurs mois avant le Putch, s’inquiétaient des tensions entre Tayyip Erdogan et l’armée. Le président turc a provoqué ce Putch par son régime autoritaire. L’extermination des dissidents, la corruption de la justice et la censure des médias étaient d’excellentes graines pour un effondrement politique. On se demandait qui allait prendre les rênes et quand cela se produirait. Et connaissant l’histoire turbulente de la Turquie, l’armée était la candidate idéale.

Et la réaction du service de renseignement turc montre tout le chaos des différents corps du gouvernement. Le Putch a commencé au MIT qui prétend être la première ligne de défense de la Turquie dans le contre-espionnage et l’attaque étrangère. Mais l’agence était tellement à la ramasse qu’elle n’a même pas pu défendre son propre quartier général à Ankara lorsque les hélicoptères militaires ont bombardé le matin du 16 juillet. Heureusement (ou non), les hélicoptères n’ont pas pu décharger leur artillerie lourde sur le toit de l’agence. Le directeur du MIT, Hakan Fidan, s’était caché dans les profondeurs de l’immeuble en contactant frénétiquement le président Erdogan pendant toute la nuit.

Comment le principal service de renseignement de la Turquie s’est-il retrouvé comme un enfant apeuré face au Coup d’Etat ? Les raisons sont complexes, mais on peut en citer quelques-unes. La première est que les moyens de l’agence sont largement surestimés et exagérés par les médias turcs. L’agence est principalement une bureaucratie et son analyse n’a jamais été impartiale. Mais depuis la prise de pouvoir d’Erdogan en 2003, l’agence a été intégrée virtuellement dans l’appareil politique de l’AKP qui possède des bases islamistes. Le MIT a subi une purge considérable dès les premiers jours d’Erdogan au pouvoir.

L’homme fort de l’AKP a effectué ce nettoyage à cause du rôle central du MIT pendant les nombreux Putchs militaires dans le passé. Erdogan voulait l’éviter par-dessus tout. Erdogan a supprimé tout le staff militaire du MIT qui était connu pour ses positions laïques et anti-AKP. Les remplaçants étaient des fanatiques acharnés de l’AKP. Cela a permis l’intégration politique du MIT dans la politique d’Erdogan, mais cela a aussi provoqué l’isolement de l’agence par rapport à l’armée. L’armée contient de nombreux militants laïques et ce sont eux qui ont mené ce Coup d’Etat.

De plus, le MIT est aussi très occupé par les problèmes extérieurs. La déstabilisation du Moyen-Orient après l’invasion de l’Irak par les USA, l’émergence d’une autonomie kurde dans le nord de l’Irak, la guerre civile en Syrie et les joyeux lurons de l’Etat Islamique. Les problèmes sont nombreux et l’agence a complètement zappé la prise de distance et la colère de sa propre armée et sa police.

Mais certains avancent une explication alternative. Erdogan aurait monté un Coup d’Etat limité avec l’aide du MIT en manipulant des membres anti-AKP. Et l’échec du Putch est une excuse parfaite pour Erdogan afin de lancer une purge sanglante dans le gouvernement et l’armée tout en renforçant son pouvoir pour les prochaines années. Mais c’est une explication qui n’est pas plausible, car un Coup d’Etat planifié a beaucoup trop d’incertitudes. La moindre erreur et Erdogan aurait pu tout perdre.

 

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A propos de Houssen Moshinaly

Rédacteur en chef d’Actualité Houssenia Writing. Blogueur frénétique et précaire comme tout blogueur qui se respecte.

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