Des cerveaux d'animaux interconnectés pour créer une fusion mentale par ordinateur


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  • Pour la première fois, les scientifiques ont connecté des cerveaux d’animaux pour créer une sorte de fusion mentale.

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    On dit souvent que deux cerveaux valent mieux qu’un et les scientifiques viennent de le prouver avec une expérience exceptionnelle. Pour la première fois, une équipe a interconnecté les cerveaux de plusieurs animaux pour créer un ordinateur vivant qui peut effectuer des tâches et résoudre des problèmes. Si on pouvait connecter les cerveaux humains de la même manière, alors cela nous donnerait des possibilités surhumaines pour résoudre des problèmes. C’est vraiment excitant selon Iyad Rahwan à l’institut Masdar à Dubai, car cela va changer la manière de coopérer des humains. Notons que ce chercheur n’a pas participé à cette expérience. Les travaux qui ont été publiés aujourd’hui dans Nature sont une avancée majeure dans les interfaces de type cerveau-machine. Ces interfaces sont des appareils qui ont permis à des animaux et des humains de contrôler des machines ou des prothèses par la seule force de la pensée. L’objectif de ces interfaces cerveau-machine est de transformer l’activité électrique du cerveau en des signaux qui sont compréhensibles par un ordinateur.

    Le Brainet, la combinaison de plusieurs cerveaux pour créer un supercerveau

    Miguel Nicolelis du Duke University Medical Center en Caroline du Nord et ses collègues ont voulu aller plus loin avec ce concept en incorporant plusieurs cerveaux en même temps. L’équipe a connecté les cerveaux de 3 singes à un ordinateur qui animait un bras robotique. On a placé des électrodes dans les zones du cerveau qui s’occupaient du mouvement. En synchronisant leurs pensées, les singes ont été capables de bouger le bras pour atteindre une cible et à chaque réussite, l’équipe récompensait les singes avec du jus de fruit. Ensuite, l’équipe est passée à la vitesse supérieure avec chaque singe qui contrôlait la main, mais dans une seule dimension. Ce test était pour limiter la synchronisation au maximum afin de prouver la réussite de la fusion mentale. Mais malgré cette limite, les singes ont réussi à gérer le bras pour qu’il atteigne sa cible. Selon Nicolelis : Ils ont synchronisé leurs cerveaux et ils ont effectué la tâche en créant un supercerveau qui est une structure composée des 3 cerveaux. Ce chercheur surnomme cette structure comme le Brainet.

    Notons que dans la première expérience, les 3 singes étaient connectés à l’ordinateur, mais ils n’étaient pas interconnectés entre eux. Mais dans une seconde série d’expériences, l’équipe a connecté les cerveaux de 4 rats avec une interconnexion entre eux. Chaque rat avait 2 séries d’électrodes qui étaient implantées dans la région du cerveau qui contrôle le mouvement. La première électrode était pour stimuler le cerveau tandis que la seconde enregistrait l’activité. L’équipe a envoyé des pulsions électriques à tous les rats et on les récompensait lorsqu’ils synchronisaient leur activité cérébrale. Après 10 sessions d’entrainement, les rats étaient capables de le faire dans 61 % des cas. Selon Nicolelis : Cette activité cérébrale synchronisée permet d’effectuer des tâches telles que le stockage de l’information ou la reconnaissance de Pattern. Nous envoyons un message aux cerveaux, les cerveaux incorporent ce message et nous pouvons récupérer le message plus tard.

    Rahwan nous explique que c’est similaire au calcul parallèle en informatique. Pour la synchronisation, les cerveaux doivent se communiquer entre eux. Donc, vous avez une entrée, une forme de calcul et une sortie. C’est ce qu’un ordinateur fait en général. Et le fait de diviser le calcul entre plusieurs cerveaux est similaire à diviser les calculs dans plusieurs processeurs dans les ordinateurs modernes.

    La possibilité de créer une forme de télépathie

    Selon Andrea Stocco de l’université de Washington à Seattle (qui n’est pas impliqué dans le projet) : Nous pouvons utiliser différents neurones d’animaux différents pour les combiner afin de créer un superorganisme. Et ce n’est que le début, car on peut saliver d’avance lorsqu’on pourra interconnecter des cerveaux humains avec cette technique. Mais on pourra uniquement le faire lorsqu’on aura de meilleures méthodes pour analyser et stimuler le cerveau. Selon Stocco : Une fois que les cerveaux humains sont connectés, ils pourront faire la même chose que les animaux dans l’expérience. Et étant donné la limite des cerveaux des singes, ils ont uniquement pu contrôler un mouvement, mais les humains pourront faire beaucoup plus.

    Selon encore ce chercheur : En théorie, un appareil qui permet de transférer de l’information entre des cerveaux permet d’éviter le langage qui présente plusieurs barrières dans la communication. Les gens ont dû mal à comprendre certains codes et jargons. Avec une communication purement mentale, l’information sera compréhensible et fluide à 100 %. Andrew Jackson rajoute une couche en disant que je pourrais envoyer des pensées de mon cerveau au vôtre dans une manière qui n’est pas représentée par des sons ou des mots. Vous pouvez imaginer un monde où je pourrais simplement utiliser ma pensée pour vous dire d’aller dans un bar plutôt que d’utiliser des mots. Ou vous pourrez connecter votre cerveau à Wikipedia ou à toutes les bases de données scientifiques.

    La possibilité de partager des pensées abstraites nous permet de résoudre des problèmes plus complexes. Stocco donne un exemple : Parfois, il est très difficile de collaborer si vous êtes un mathématicien et que vous pensez à un problème très complexe et très abstrait. Si vous pouvez résoudre des problèmes communs avec un Brainet, alors on pourra exploiter efficacement les talents de chaque personne pour un objectif commun.

    La chirurgie collective

    La fusion mentale pourrait être utilisée dans la chirurgie du futur. Actuellement, quand une équipe de chirurgiens est dans un bloc, il y a un seul chirurgien qui contrôle le scalpel. Imaginez si chaque membre de l’équipe pouvait se concentrer sur un aspect particulier de l’opération et coordonner leur puissance cérébrale pour contrôler collectivement la procédure. Mais Nicolelis ajoute qu’on est encore très loin de ce scénario, mais on a déjà fait le premier pas de la fusion mentale alors qu’on croyait qu’elle était uniquement possible dans un livre de science-fiction.

    Les problèmes sur la vie privée

    Malgré le potentiel de l’interconnexion cérébrale, on ignore si on pourrait augmenter la complexité de manière collective. Selon Jason Ritt de l’université de Boston : En principe, nous pourrons communiquer l’information à une très grande vitesse avec un Brainet, mais c’est juste une supposition. Actuellement, notre langage est le reflet de notre cerveau. De ce fait, une communication mentale serait aussi limitée que notre communication orale.

    Mais Rahwan avertit que le plus gros problème est l’invasion sur la vie privée. Une fois que vous créez une entité complexe telle qu’un Brainet, vous devez également vous assurer que l’autonomie individuelle est protégée. Dans un Brainet, il y a une possibilité qu’un cerveau puisse manipuler les autres cerveaux dans le réseau. Pour Nicholas Hatsopoulos de l’université de Chicago en Illinois : Il y a une chance que vos pensées intimes soient partagées avec ce type de Brainet. Imaginez que vous envoyez une pensée d’invitation à prendre un verre à une femme et que celle-ci découvre vos intentions de ce que vous voulez faire après le verre. Et c’est une possibilité qui doit nous inquiéter. Il y a beaucoup de pensées qu’on ne veut jamais partager avec les autres pour une bonne raison.

    Mais ces suppositions sont encore très lointaines pour Nicolelis. Ce chercheur travaille aussi sur des exosquelettes pour aider les gens paraplégiques. Imaginons qu’un handicapé soit suffisamment expérimenté pour bouger la prothèse de son bras par la pensée. Avec la fusion mentale du Brainet, il pourrait partager cette expérience avec d’autres handicapés pour que ces derniers apprennent aussi à contrôler leur propre prothèse avec la même efficacité.

     

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