La science désenchantée par la démocratie


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  • Les climatologues sont fatigués de la gouvernance qui ne fait jamais d’actions concrètes. Mais la démocratie ne doit pas être négligée sur le combat contre le réchauffement climatique.

    Il y a de nombreuses menaces contre la démocratie dans l’ère moderne. La principale concerne l’opinion publique qui pense que les politiciens ne les écoutent jamais. Et ce désintéressement se traduit par la popularité de l’extrême-droite. Le mouvement du Tea Party aux États-Unis, l’Independence Party en Angleterre, le Pegida (Les Européens patriotiques contre l’islamisation de l’ouest) en Allemagne et le Front National en France. Et si le citoyen lambda est de moins en moins intéressé, on voit la même impatience chez les scientifiques et leurs politiciens. Les chercheurs estiment que personne ne les écoute concernant les dangers du réchauffement climatique et de l’extinction de la race humaine sur le long terme. Le réchauffement climatique fait partie d’un consensus climatique majeur. Mais les gouvernements sont totalement sourds. Dans cet état de fait, la démocratie est considérée comme un obstacle. Certains scientifiques plaident que les décisions importantes ne doivent plus être prises par des citoyens et les politiques, mais par les scientifiques eux-mêmes.

    Et le plus grave est que ce désenchantement scientifique avec la démocratie est passé sous le radar de la plupart des observateurs. Et une attention urgente est nécessaire. La solution contre le réchauffement climatique passe par un renforcement absolu de la démocratie et non sa suppression.

    Les voix de la discorde

    Les nations démocratiques ont échoué dans l’arène climatique. Tous les sommets de la dernière décennie que ce soit à Copenhagen, Cancún, Durban et Warsaw étaient juste de grandes démonstrations politiques. Et on ne doit pas se voiler la face. Le sommet de Paris de décembre est également voué à l’échec.

    Les académiciens pointent que la démocratie est une raison de cet échec. James Hanser, un chercheur dans le climat de la NASA, avait déclaré au Guardian en 2009 : Le processus démocratique ne fonctionne pas. Et dans une édition spéciale de la revue Environmental Politics [cite]10.1080/09644010903576918[/cite] en 2010, le scientifique politique Mark Beeson a déclaré qu’une bonne forme d’autoritarisme serait non seulement justifiée, mais essentielle pour la survie de l’humanité. Et le site The Conversation, un magazine en ligne financé par les universités, résume le problème en une phrase : La crise cachée de la démocratie libérale crée la paralysie sur le réchauffement climatique.

    Il y a plusieurs raisons sur le laisser-aller des démocraties modernes face au changement climatique. On peut citer la tendance psychologique des humains, l’incapacité des gens à se mobiliser pour ces causes et le manque intellectuel des citoyens à comprendre les problèmes complexes. Mais au sommet de la liste, on a également l’illettrisme scientifique de la totalité des politiciens et la tendance des gouvernements à se concentrer sur le court terme en négligeant le long terme. Vous ajoutez aussi les intérêts financiers dans les agendas politiques, l’addiction aux énergies fossiles et à l’impression que les voix des climatologues ne sont jamais entendues par les politiciens.

    Et ces raisons sont souvent citées par des climatologues célèbres. Hans Joachim Schellnhuber, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research et président du German Advisory Council on Global Change, s’est exprimé sur cette inaction dans une interview à Der Spiegel en 2011 : Le confort et l’ignorance sont les plus gros défauts de l’être humain. Et c’est un mélange qui peut être mortel.

    Mais quelle est donc l’alternative ? La solution proposée est d’aller vers une technocratie dans laquelle les décisions sont prises par des personnes ayant des connaissances techniques. Et on voit déjà cette tendance quand des co-auteurs des rapports du panel intergouvernemental sur le changement climatique donnent des directives claires plutôt que de simples conseils [cite]10.1371/journal.pone.0081648[/cite]. Mais nous devons faire attention aux souhaits que nous désirons. Les nations qui ont pratiqué un autoritarisme moderne tel que la Russie ou la Chine n’ont pas réussi des accomplissements majeurs pour l’environnement. Ces 3 dernières années, la Chine est devenue la leader mondiale dans les énergies renouvelables puisque le pays représente 25 % des investissements dans l’énergie renouvelable dans le monde. Mais dans le même temps, la Chine a dû mal à atteindre ses objectifs environnementaux et elle est aussi la leader dans les émissions de gaz à effet de serre. Mais étant donné que les Chinois deviennent plus riches et plus éduqués, on peut penser qu’ils vont amener plus de démocratie dans la politique environnementale.

    Des problèmes environnementaux et des régulations en conséquence peuvent avoir leur place dans l’argument démocratique qui est la valeur de la nature pour l’humanité. Les démocraties apprennent de leurs erreurs, mais les régimes autoritaires manquent de flexibilité et de facultés d’adaptation. Les nations démocratiques ont accouché, avec des forceps, la plupart des traités internationaux tels que le protocole de Montréal qui concerne les substances qui sont nocives pour l’ozone. Mais c’est uniquement valable si les nations démocratiques actuelles sont vraiment des pays démocraties ou simplement qu’elles exploitent simplement le marketing de la démocratie, mais avec des pratiques autoritaires.

    Changement au niveau global

    Les scientifiques impatients préfèrent les acteurs hégémoniques tels que les puissances mondiales, les organisations internationales et les multinationales. Ces scientifiques préfèrent les politiques globales de lutte plutôt que l’approche chaotique des changements locaux. Pour eux, la connaissance globale triomphe sur le savoir-faire local. Mais les tendances sociétales vont dans la direction opposée. Les grandes institutions n’arrivent plus à imposer leur volonté aux citoyens et les citoyens préfèrent se mobiliser sur les efforts locaux.

    Le pessimisme sur la gouvernance démocratique, pour gérer des circonstances exceptionnelles comme le réchauffement climatique, est directement associé avec l’optimisme qu’on peut tout changer avec une politique globale. Dans la lutte du réchauffement climatique, les aspects sociaux et économiques sont des obstacles mineurs qu’on peut surmonter en suivant les conseils des experts. Mais l’humanité est très limitée dans sa capacité de tout planifier. Le concept de planning social et économique global a échoué.

    L’argument d’une politique autoritaire concerne un seul effet : La réduction des émissions de gaz à effet de serre. En se concentrant uniquement sur cet objectif, plutôt que les conditions économiques et sociales, les politiques du climat sont réduits à de simples problèmes techniques. Mais ce ne sont pas les seules considérations. Les problèmes environnementaux sont intriqués avec les problèmes culturels, économiques et politiques. Et dans cet aspect, la connaissance scientifique n’est ni performante, ni persuasive.

    Améliorer l’engagement

    Actuellement, la démocratie est le régime le moins pire que nous ayons à notre disposition. Un système démocratique peut réunir tous les acteurs en gérant tous les conflits en même temps et décidant sur la meilleure politique à adopter. Mais il ne suffira pas d’améliorer la démocratie pour lutter contre le réchauffement climatique. Et il ne suffit pas d’inventer des termes stupides tels que démocratie participative pour faire croire aux citoyens qu’ils sont dans une démocratie. Et si la démocratie a échoué à lutter contre le changement climatique, c’est parce qu’elle a échoué à lutter contre les facteurs qui ont créé le réchauffement climatique à la base. Et le premier facteur est l’inégalité sociale. Et si on n’arrive pas résoudre ce problème, alors la menace sur l’humanité ne concernera pas uniquement notre environnement physique. L’érosion de la démocratie provient d’une suppression inutile des droits sociaux en tentant de les simplifier au maximum.

    Le philosophe Friedrich Hayek, qui a mené le débat contre le planning social et économique global dans le milieu du 20e siècle, a noté un paradoxe qui est plus d’actualité que jamais. A mesure que la science progresse, elle tend à renforcer l’idée que nous avons le droit de contrôler toutes les activités humaines. Hayek avait ajouté : C’est pour cette raison que ceux qui sont intoxiqués par l’avancée de la science deviennent des ennemis de la liberté. Et nous devrions écouter cet avertissement. Il est dangereux de croire que seuls la science et les scientifiques ont le droit de dire ce que nous devons faire.

     

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