Dégoutée de la politique, une scientifique italienne part aux États-Unis

Ilaria Capua, une virologue, politicienne pour un temps, a jeté l’éponge. Après 3 ans en politique, elle quitte l’Italie et retourne à la science, frustrée par l’attitude anti-scientifique qu’elle a subie chez les politiciens. Capua est une experte de la grippe aviaire et elle va devenir la directrice de l’One Health Center of Excellence for Research and Training à l’université de Floride.


Ilaria Capua, une scientifique italienne part pour les Etats-Unis après avoir été dégouté de la politique en Italie et de l'attitude des politiciens face à la science.

En 2013, Capua a pris un congé autorisé de son poste de directrice à l’Istituto Zooprofilattico Sperimentale delle Venezie à Padoue en . Cet institut est un laboratoire gouvernemental pour la recherche vétérinaire et elle a quitté son poste après avoir été élue comme une membre de la Chambre des députés pour le compte de Scelta Civica, un parti mené par l’économiste et premier ministre Mario Monti. Capua est sous le coup d’une enquête criminelle depuis 2005 (PDF) avec une accusation formelle en 2014. Selon l’accusation, elle aurait vendu des virus de la grippe aviaire de 1999 à 2008. Elle a déclaré que les accusations sont ridicules, mais ces accusations ont suffi pour lui donner une réputation de canard boiteux au Parlement.

Capua est entré en politique sous l’invitation de Monti. Ce dernier voulait des candidates avec une expertise technique pour son nouveau parti réformateur. Mais elle a déclaré que son expérience de la politique a été surréelle. Dans un livre publié en janvier 2016, Capua a observé le comportement grandiloquent de ses collègues et des procédures au Montecitorio, le siège de la Chambre des députés. Et cette observation ressemblait à celle d’un qui étudierait un insecte inconnu. La politique est un monde complexe et il n’est pas pour vous si vous avez l’habitude de prendre des décisions sur une base rationnelle. J’ai été souvent consterné par les décisions qui ont été prises.

Elle a observé l’attitude très difficile de l’Italie avec la . Et les exemples sont nombreux. Les législateurs ont débloqué un budget de 3 millions d’euros (PDF) pour un traitement à base de cellules souches. Une entreprise privée prétendait qu’elle avait développé un traitement à base de cellules souches qui pouvait guérir une grande partie des maladies neurodégénératives. Tout le traitement était une arnaque, mais cela n’a pas empêché les législateurs de débloquer le budget. On a également le fait que les législateurs ont stoppé les mesures pour contrôler la propagation de Xylella fastidiosa, une bactérie qui détruit les oliviers. Les députés avaient accusé les scientifiques de propager la bactérie. L’Italie manque cruellement de décisions politiques qui se basent sur la science selon Capua. Et disons que l’Italie n’est pas le seul pays qui soit touché par cette incompétence…

Il y avait une loi qui permettait de renforcer la position de chercheurs qui bénéficiaient de subventions européennes et d’implémenter certains éléments de la charte européenne de la recherche. Cette loi n’a jamais été débattue par la Chambre alors qu’elle était supportée par plus de 60 députés. Les politiciens italiens se démarquent par leur manque d’intérêt absolu pour la recherche scientifique. Mais Capua est quand même fière de certaines initiatives adoptées par le Parlement tel que des résolutions pour lutter contre les bactéries résistantes aux antibiotiques ou d’utiliser les normes européennes sur l’expérimentation des animaux.

Mais on ignore encore l’issue de l’enquête criminelle contre Capua et 40 autres personnes incluant des responsables du ministère de la Santé, des gestionnaires d’entreprises privées et des directeurs de laboratoires gouvernementaux. Les accusations sont très sérieuses, car la tentative de propager un virus est punie par la prison à vie. L’enquête, qui a commencé il y a une décennie, se base sur des écoutes téléphoniques intensives. Mais Capua et les autres estiment que les enquêteurs de la Carabinieri, la police militaire italienne, ont mal interprété leurs conversations. Un responsable de cette police militaire a récemment déclaré à un juge que l’enquête n’avait produit aucune preuve à part ces conversations téléphoniques. Marco Datti, l’un des auteurs du rapport qui a déclenché l’enquête, est devant la justice pour une autre affaire.

Un juge pourrait décider de clore cette affaire en innocentant Capua et les autres dès le mois de juillet 2016. La plupart des accusations ont dépassé leur date d’expiration. Un procureur à Vérone a déjà publié une motion qui innocente Capua de l’accusation la plus grave qui est la propagation volontaire de virus tandis qu’un autre procureur à Padoue veut lever toutes les charges. Selon Capua, la leçon que j’ai apprise est que je fais très attention quand je parle au téléphone et j’essaie de ne laisser aucune place à une interprétation hors de son contexte.

Mais cette enquête a exposé Capua à des attaques intenses par ses opposants politiques selon Maria Chiara Carrozza, une bioingénieure qui était ministre de l’Éducation de 2013 à 2014. Et à cause de la culture politique très masculine de l’Italie, les attaques étaient encore plus féroces parce que Capua était une femme. Carrozza est actuellement une députée pour le Democratic Party, mais elle comprend la décision de Capua de quitter la politique. Les politiciens italiens n’écoutent jamais l’opinion des chercheurs.

À l’université de Floride, Capua sera chargé de la recherche et du développement d’un programme de formation appelé Une santé. C’est une approche qui consiste à connecter la santé animale, humaine et environnementale pour connaitre les différentes interactions. En dépit de plusieurs épidémies qui menacent la planète, les politiciens et les médias ne réalisent pas l’urgence de se battre rapidement contre les maladies émergentes selon Capua. Nous devons introduire l’expertise nécessaire dans les scientifiques vétérinaires et biomédicales qui couvre de nombreuses disciplines tout en impliquant les politiciens et les citoyens.

Capua est devenu célèbre pour être l’une des premières à avoir demandé un accès public (PDF) aux données génétiques sur la grippe aviaire. Elle avait refusé de participer à une base de données dont les données étaient uniquement disponibles à des chercheurs triés sur le volet. Elle estime qu’elle a eu raison quand on voit les initiatives actuelles de l’Open Science pour le virus Zika, le MERS ou l’Ebola.

 

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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