Comment la lèpre détourne-t-elle notre système immunitaire ?

Une étude décrit le fonctionnement de la lèpre et comment cette maladie détourne le système immunitaire. C’est impressionnant et on voit le même processus que dans la sclérose en plaques.


Une étude décrit le fonctionnement de la lèpre et comment cette maladie détourne le système immunitaire. C'est impressionnant et on voit le même processus que dans la sclérose en plaques.
La bactérie Mycobacterium leprae qui provoque la lèpre - Crédit : Kateryna Kon / Shutterstock

La lèpre détourne notre système immunitaire en transformant un mécanisme de réparation important en un processus qui provoque des dommages potentiellement irréparables à nos cellules nerveuses selon de nouvelles recherches qui utilisent le poisson-zèbre pour étudier la maladie. En tant que telle, la maladie peut partager des caractéristiques communes avec des conditions telles que la sclérose en plaques.

La lèpre est une maladie infectieuse qui affecte la peau et les nerfs périphériques et elle est causée par la Mycobacterium leprae ou la Mycobacterium lepromatosis (plus rare). Selon l’Organisation mondiale de la santé, il y a eu une diminution spectaculaire de la lèpre au cours des dernières décennies passant de 5,2 millions de personnes atteintes de lèpre en 1985 à 176 176 à la fin de 2015.

Même si on connait la maladie depuis des milliers d’années, la plupart des gens connaissent la lèpre grâce à des références dans la Bible… Le fait est qu’on ignore beaucoup de choses sur sa biologie. L’une des principales raisons est que les bactéries sont difficiles à cultiver en culture et il n’y a pas de bons modèles animaux. La M. leprae peut se développer dans les pattes de la souris, mais elle ne provoque pas de lésions nerveuses. La lèpre provoque des lésions nerveuses dans les tatous, mais ces animaux sont rarement utilisés dans la recherche.

Désormais, une équipe internationale dirigée par des chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’Université de Washington, de l’Université de Californie et de l’Université de Harvard, ont utilisé un nouveau modèle animal, le poisson-zèbre, pour montrer pour la première fois comment M. leprae endommage les nerfs en infiltrant les cellules qui sont censées nous protéger. Le poisson-zèbre est déjà utilisé pour étudier une autre espèce de mycobactéries pour aider à comprendre la tuberculose (TB).

Les scientifiques ont déjà montré que les dommages aux nerfs par la lèpre sont provoqués par l’élimination de l’isolation protectrice qui est la gaine de la myéline. La myéline protège les fibres nerveuses, mais on pensait que ce processus se produisait parce que les bactéries avaient infecté les cellules de Schwann qui sont les cellules spécialisées qui produisent la myéline.

Dans une nouvelle recherche publiée dans la revue Cell, les chercheurs ont utilisé le poisson-zèbre qui avait été génétiquement modifié de sorte que sa myéline soit vert fluorescent. Les jeunes poissons-zèbres sont transparents et les chercheurs pouvaient observer plus facilement ce qui se passait dans les cellules nerveuses. Quand ils ont injecté des bactéries proches des cellules nerveuses du poisson-zèbre, alors ils ont observé que les bactéries s’établissaient sur le nerf en développant des bulles de myéline ressemblant à des beignets qui se sont dissociés de la gaine de myéline.

Quand ils ont examiné ces bulles, les chercheurs ont constaté qu’elles étaient causées par des bactéries de M. leprae à l’intérieur des macrophages. Les macrophages sont des cellules immunitaires qui consomment et détruisent des corps étrangers et des substances indésirables dans le corps. Mais comme avec la tuberculose, la M. leprae a été consommé par les macrophages, mais la bactérie n’a pas été détruite.

Ces cellules immunitaires “Pac-Man” absorbent la bactérie de la lèpre, mais elles ne sont pas toujours capables de les détruire selon la professeure Lalita Ramakrishnan du Département de médecine de l’Université de Cambridge. Au lieu, les macrophages, qui devraient se déplacer de haut et en bas pour réparer des fibres nerveuses, ralentissent et s’installent sur place en détruisant la gaine de la myéline.

Le professeur Ramakrishnan et ses collègues ont confirmé leur hypothèse en éliminant les macrophages et en montrant que lorsque les bactéries se placent directement sur les nerfs, alors elles n’endommagent pas la gaine de la myéline. L’équipe a également démontré le processus de ces dommages. Une molécule connue sous le nom de PGL-1, qui se trouve à la surface de M. leprae, reprogramme le macrophage ce qui provoque la surproduction d’une forme potentiellement destructrice de l’oxyde nitrique chimique qui endommage les mitochondries qui sont les batteries qui alimentent les nerfs.

Les bactéries de la lèpre sont essentiellement des espèces de “pirates” qui détournent un mécanisme important de réparation en provoquant un dysfonctionnement selon le professeur Ramakrishnan. Par la suite, la maladie va commencer à produire des produits chimiques toxiques. Non seulement, la lèpre empêche de réparer les dégâts, mais la réparation à son tour provoque plus de dégâts.

Nous savons que le système immunitaire peut provoquer des lésions nerveuses, notamment à la gaine de la myéline dans d’autres maladies comme la sclérose en plaques et le syndrome de Guillain-Barré selon le Dr Cressida Madigan de l’Université de Californie. Notre étude suggère que la lèpre est dans la même catégorie de ces maladies.

Les chercheurs estiment qu’il est trop tôt pour dire si cette étude permettra d’avoir de nouveaux traitements. Il existe plusieurs médicaments testés qui inhibent la production d’oxyde nitrique, mais, selon le professeur Ramakrishnan, la solution serait de traiter la maladie à un stade précoce pour éviter d’endommager les cellules nerveuses.

Nous devons penser à la dégénérescence par rapport à la régénération selon la chercheuse. Pour le moment, on peut traiter la lèpre par une combinaison de médicaments. Mais si ces traitements réussissent à tuer les bactéries, les lésions nerveuses sont irréversibles. En d’autres termes, sommes-nous en mesure d’éviter les dommages aux cellules nerveuses et pouvons-nous nous concentrer davantage sur la réparation des cellules nerveuses endommagées ?

Source : Cell (http://dx.doi.org/10.1016/j.cell.2017.07.030)

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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