samedi , 20 janvier 2018

L’océan perd son souffle

Une étude estime que l’oxygène diminue de plus en plus dans les océans. Dans les cas les plus graves, cela provoque ce qu’on appelle des zones mortes où la vie est quasiment impossible. La pollution par les nutriments et le réchauffement climatique sont les principaux responsables.


L’océan perd son souffle
La réduction de l'oxygène provoque la mort de ces coraux dans Bocas del Toro au Panama. Les crabes dans l'image sont également morts à cause de la perte de l'oxygène - Arcadio Castillo/Smithsonian
Au cours des 50 dernières années, la quantité d’eau en pleine mer sans oxygène a plus que quadruplé. Dans les plans d’eau côtiers incluant les estuaires et les mers, les sites à faible teneur en oxygène ont plus que décuplé depuis 1950. Les scientifiques s’attendent à ce que l’oxygène continue de baisser même en dehors de ces zones lorsque la Terre se réchauffe.

La réduction de l’oxygène dans l’océan

Pour stopper le déclin, le monde doit maîtriser à la fois le changement climatique et la pollution des nutriments selon une équipe internationale de scientifiques dont Lisa Levin, océanographe biologiste à la Scripps Institution of Oceanography de l’Université de Californie à San Diego, dans un nouveau papier publié dans la revue Science.

L’oxygène est essentiel à la vie dans les océans selon Denise Breitburg, auteure principale et écologiste marine au Smithsonian Environmental Research Center. Le déclin de l’oxygène océanique est l’un des effets les plus graves des activités humaines sur l’environnement terrestre. C’est une perte énorme pour tous les services qui comptent sur les loisirs et le tourisme, les hôtels et les restaurants, les chauffeurs de taxi et tout le reste selon Levin. Les impacts des écosystèmes menacés dans l’océan peuvent être considérables.

La réduction de l'oxygène provoque la mort de ces coraux dans Bocas del Toro au Panama. Les crabes dans l'image sont également morts à cause de la perte de l'oxygène - Arcadio Castillo/Smithsonian

La réduction de l’oxygène provoque la mort de ces coraux dans Bocas del Toro au Panama. Les crabes dans l’image sont également morts à cause de la perte de l’oxygène – Arcadio Castillo/Smithsonian

L’étude a été réalisée par une équipe de scientifiques du GO2NE (Global Ocean Oxygen Network), un nouveau groupe de travail créé en 2016 par la Commission océanographique intergouvernementale des Nations Unies. Le document de synthèse est le premier à porter un regard aussi radical sur les causes, les conséquences et les solutions à la baisse de la teneur en oxygène dans le monde entier à la fois en haute mer et dans les eaux côtières. L’article met en évidence les plus grands dangers pour l’océan et la société et ce qu’il faudra faire pour préserver nos océans.

Les enjeux

Environ la moitié de l’oxygène sur Terre provient de l’océan selon Vladimir Ryabinin, secrétaire exécutif de la Commission océanographique internationale qui a formé le groupe GO2NE. Mais les effets combinés de la pollution par les nutriments et du changement climatique augmentent considérablement le nombre et la taille des zones mortes en haute mer et dans les eaux côtières où l’oxygène est trop faible pour supporter la vie marine.

Les zones à faible oxygène dans les océans se multiplient dans le monde. Les zones rouges marquent les endroits sur la cote où l'oxygène a chuté à 2 milligrammes par litre ou moins et les zones bleues indiquent les endroits avec le même niveau d'oxygène dans l'océan - Crédit : GO2NE working group. Data from World Ocean Atlas 2013 and provided by R. J. Diaz

Les zones à faible oxygène dans les océans se multiplient dans le monde. Les zones rouges marquent les endroits sur la cote où l’oxygène a chuté à 2 milligrammes par litre ou moins et les zones bleues indiquent les endroits avec le même niveau d’oxygène dans l’océan – Crédit : GO2NE working group. Data from World Ocean Atlas 2013 and provided by R. J. Diaz

Dans les zones traditionnellement appelées zones mortes comme celles de la baie de Chesapeake et du golfe du Mexique, l’oxygène chute à des niveaux si bas que de nombreux animaux suffoquent et meurent. Comme les poissons évitent ces zones, leurs habitats se rétrécissent et deviennent plus vulnérables aux prédateurs ou à la pêche. Mais le problème dépasse de loin les zones mortes soulignent les auteurs. Des déclins d’oxygène encore plus faibles peuvent freiner la croissance des animaux, entraver la reproduction et entraîner des maladies voire la mort. La baisse de l’oxygène peut également déclencher la libération de produits chimiques dangereux tels que le protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre jusqu’à 300 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et du sulfure d’hydrogène. Alors que certains animaux peuvent prospérer dans les zones mortes, la biodiversité globale diminue.

Le changement climatique est le principal responsable dans les problèmes de l’océan. Le réchauffement des eaux de surface augmente la difficulté de l’accès de l’oxygène à l’intérieur de l’océan. De plus à mesure que l’océan se réchauffe, il contient moins d’oxygène. Dans les eaux côtières, la pollution excessive des éléments nutritifs par les terres crée des proliférations d’algues qui drainent l’oxygène à mesure qu’elles meurent et se décomposent. Et dans un cercle vicieux, les animaux ont également besoin de plus d’oxygène dans les eaux plus chaudes.

Les moyens de subsistance des populations sont également en jeu selon les scientifiques, en particulier dans les pays en développement. Les pêcheries artisanales de petite taille peuvent être incapables de se relocaliser lorsque la faible teneur en oxygène détruit leurs récoltes ou oblige les poissons à se déplacer ailleurs. Aux Philippines, les poissons, tués dans les parcs d’aquaculture d’une seule ville, ont coûté plus de 10 millions de dollars. Les récifs coralliens, une attraction touristique majeure dans de nombreux pays, peuvent aussi disparaitre sans suffisamment d’oxygène.

Certaines pêcheries populaires pourraient en bénéficier, du moins à court terme. La pollution par les nutriments peut stimuler la production de nourriture pour les poissons. De plus, quand les poissons sont obligés de se regrouper pour échapper à un faible taux d’oxygène, on peut les attraper plus facilement. Mais sur le long terme, cela pourrait entraîner une surpêche et des dommages à l’économie.

Gagner cette guerre avec une approche à trois volets

Pour préserver le niveau d’oxygène dans l’océan, les scientifiques estiment que le monde doit gérer la question sous trois angles :

  • S’attaquer aux causes – La pollution par les nutriments et le changement climatique. Même si aucun de ces problèmes n’est simple ou facile, les étapes nécessaires pour gagner cette guerre peuvent être bénéfiques pour les humains et pour l’environnement. De meilleurs systèmes septiques et d’assainissement peuvent protéger la santé humaine et empêcher la pollution de l’eau. La réduction des émissions de combustibles fossiles permet non seulement de réduire les gaz à effet de serre et de lutter contre le changement climatique, mais aussi de réduire les polluants atmosphériques dangereux comme le mercure.
  • Protéger la vie marine vulnérable – Avec cette réduction de l’oxygène qui est inévitable, il est crucial de protéger les pêcheries à risque contre d’autres stress. Selon l’équipe GO2NE, cela pourrait signifier la création d’aires marines protégées ou de zones de non-capture dans les zones utilisées par les animaux pour échapper à l’oxygène raréfié ou passer à la pêche de poissons qui ne sont pas menacés par la baisse des niveaux d’oxygène.
  • Améliorer le suivi à faible teneur en oxygène dans le monde entier – Les scientifiques ont une bonne idée de la quantité d’oxygène que l’océan pourrait perdre à l’avenir, mais ils ignorent précisément exactement la localisation de ces zones à faible teneur en oxygène. Un suivi renforcé, notamment dans les pays en développement et des modèles numériques aideront à identifier les endroits les plus menacés et à déterminer les solutions les plus efficaces.

C’est un problème que nous pouvons résoudre selon Breitburg. La réduction du changement climatique nécessite un effort mondial, mais même des actions locales peuvent aider à réduire l’oxygène gaspillé par les nutriments. Pour preuve, Breitburg souligne la reprise en cours de la baie de Chesapeake où la pollution azotée a chuté de 24 % grâce à un meilleur traitement des eaux usées, de meilleures pratiques agricoles et des lois comme la Clean Air Act. Même si certaines zones à faible teneur en oxygène persistent, la zone du Chesapeake à oxygène zéro a presque disparu. La lutte contre le changement climatique peut sembler décourageante tellement l’adversaire semble de taille selon la chercheuse, mais il est essentiel de s’y mettre pour endiguer le déclin de l’oxygène dans nos océans et pour presque tous les aspects de la vie sur notre planète.

Source : Science (http://science.sciencemag.org/cgi/doi/10.1126/science.aam7240)

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A propos de Jacqueline Charpentier

mm
Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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