Encore une étude faussement anxiogène des cigarettes électroniques comme une « passerelle » pour les jeunes fumeurs

Décidément, certains refusent de voir les avantages de la cigarette électronique pour les fumeurs. Une étude, très très moisie, suggère que l’e-cigarette est bien plus dangereuse que prévu.


Décidément, certains refusent de voir les avantages de la cigarette électronique pour les fumeurs. Une étude, très très moisie, suggère que l'e-cigarette est bien plus dangereuse que prévu.

Depuis des années, le débat fait rage entre les partisans et les détracteurs de la cigarette électronique. Les premiers estiment que c’est un outil utile pour quitter la cigarette à combustion et c’est une hypothèse qui est confirmée par les études de grande échelle. Les détracteurs estiment que c’est trop tôt pour se précipiter sur les cigarettes électroniques et c’est un refus qui est sans doute motivé par la hantise et l’obsession du tabagisme. On ne peut pas confirmer à 100 % que les cigarettes ne sont pas dangereuses, car un tel pourcentage est inatteignable en science, mais on peut dire que le camp du consensus scientifique penche légèrement pour les partisans de la vape depuis quelques années.

Des moisissures méthodologiques dans l’étude

Des chercheurs contre la cigarette électronique ont utilisé plusieurs techniques pour la dénigrer. En premier lieu, ils ont estimé que l’appareil émettait des substances nocives, ensuite ils ont pointé du doigt le manque de normes qui homogénéiserait la fabrication des e-cigarettes. Et même si certains fabricants font n’importe quoi avec les liquides, on ne peut pas généraliser à tous les fabricants. Mais la dernière lubie en date est que la cigarette électronique est une « passerelle » pour les pauvres adolescents qui, s’ils commencent avec une e-cigarette, pourrait être tenté de passer à la cigarette.

C’est dans cette optique qu’une étude publiée dans Plos One estime que les cigarettes électroniques font bien plus de mal que de bien.1 En utilisant les recensements, les enquêtes nationales sur la santé et le tabagisme et la littérature scientifique, l’équipe de Samir Soneji du Dartmouth’s Norris Cotton Cancer Center a calculé les années de vie attendues ou perdues par rapport à l’impact de l’utilisation de la cigarette électronique sur le sevrage tabagique chez les fumeurs actuels et la transition vers le tabagisme à long terme.

Les cigarettes électroniques pourraient entraîner la perte de plus de 1,5 million d’années de vie parce que leur consommation pourrait augmenter considérablement le nombre d’adolescents et de jeunes adultes qui finissent par devenir des fumeurs de cigarettes selon Soneji. 1,5 million d’années de vie perdues, bigre, ça fait une sacrée perte ! Mais l’aspect dramatique de cette étude est que les chercheurs ont utilisé des extrapolations sur des extrapolations pour avoir des extrapolations très extrapolées. En gros, ils ont pris le pourcentage minime de personnes, qui peuvent passer au tabagisme (qui n’a pas été confirmé jusqu’à ce jour), en ayant commencé avec la cigarette électronique et ils l’ont généralisé avec un modèle mathématique pour cadrer avec leur hypothèse. Ce type d’extrapolation est aussi absurde que d’interdire la consommation de l’eau parce que quelques personnes sont mortes de noyades.

La grimace des experts sur cette étude moisie

Les experts interrogés ne mâchent pas leurs mots pour critiquer cette étude. Selon le Dr Lion Shahab, conférencier sur l’épidémiologie et la santé publique à l’UCL :

La modélisation des résultats dépend essentiellement des hypothèses initiales. Les auteurs font des hypothèses très spéculatives, en particulier sur l’effet « passerelle » chez les adolescents. Ils supposent que le vaping conduit à fumer. Le problème est que toutes ces données proviennent d’études qui ne prouvent rien de ce genre et elles ignorent la possibilité que les e-cigarettes puissent réellement détourner les enfants du tabac.

Cela conduit à un résultat biaisé qui va à l’encontre des données aux États-Unis où le tabagisme chez les enfants continue de diminuer tout comme au Royaume-Uni. Si cette nouvelle étude était correcte, ces taux augmenteraient. L’estimation des auteurs des années de vie perdues est principalement attribuable à leur surestimation de l’utilisation de la cigarette électronique contribuant à une augmentation significative de la consommation de tabac chez les enfants.

À mon avis, le choix des études par les auteurs pour justifier l’impact de l’utilisation de l’e-cig sur les taux d’abandon est plutôt biaisé. Dans au moins un cas, ils ont utilisé un papier dont la méthodologie a déjà été fortement critiquée.

Si vous faites des suppositions, alors une approche beaucoup plus raisonnable serait de supposer que les e-cigarettes sont au moins aussi efficaces que des patchs ou des gommes et c’est ce que montre la meilleure preuve provenant d’essais contrôlés randomisés. Malheureusement, les auteurs de cette étude ont modélisé en utilisant de fausses hypothèses et sans surprise, ils ont fini avec les mauvaises conclusions.

Même son de cloche chez le professeur Peter Hajek, directeur du Tobacco Dependence Research Unit à la Queen Mary University de Londres :

Cette nouvelle « conclusion » est basée sur l’hypothèse bizarre que pour chaque fumeur qui utilise des e-cigs pour arrêter, 80 non-fumeurs vont essayer les e-cigs et commencer à fumer. Cela va à l’encontre des preuves disponibles, mais c’est également mathématiquement impossible. Rien qu’au Royaume-Uni, 1,5 million de fumeurs ont arrêté de fumer à l’aide de cigarettes électroniques. La modélisation dans ce papier suppose que nous avons aussi 120 millions de jeunes qui sont devenus fumeurs.

Le modèle ne reflète que les suppositions fausses qui y sont formulées. Le fait de commencer avec les hypothèses opposées générerait le résultat inverse. Ce n’est pas une voie vers une découverte scientifique.

En réalité, il n’y a aucune preuve, de n’importe quel pays, que le vapotage attire les jeunes non-fumeurs à fumer (et encore moins en grand nombre). Aux États-Unis, le pays où vivent les auteurs et dont ils doivent connaître les statistiques sur le tabagisme, le tabagisme chez les jeunes a décliné à un rythme sans précédent. Le vaping aide les fumeurs à cesser de fumer et rien n’indique que cela les amène à fumer. Cela pourrait même détourner les jeunes qui, autrement, fumeraient des cigarettes.

Malgré toutes ces critiques sur ce type d’études, cela n’empêche pas des chercheurs incompétents dans le meilleur des cas et malhonnêtes dans le pire pour distiller la peur et le doute chez des fumeurs qui voudraient passer à la cigarette électronique. Il est étrange qu’une revue comme Plos One ait laissé passer une telle étude.

Sources

1.
Soneji SS, Sung H-Y, Primack BA, Pierce JP, Sargent JD. Quantifying population-level health benefits and harms of e-cigarette use in the United States. Pershouse MA, ed. P. 2018;13(3):e0193328. doi:10.1371/journal.pone.0193328
N'oubliez pas de voter pour cet article !
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (3 votes, moyenne : 5,00 sur 5)
Loading...
mm

Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

1 réponse

  1. 16 mars 2018

    […] Des chercheurs contre la cigarette électronique ont utilisé plusieurs techniques pour la dénigrer. En premier lieu, ils ont estimé que l’appareil émettait des substances nocives, ensuite ils ont pointé du doigt le manque de normes qui homogénéiserait la fabrication des e-cigarettes. (Voir l’article) […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *