Cigarette électronique : Le diable dans les détails

Coup sur coup, 2 études sur la cigarette électronique semblent suggérer des effets négatifs sur la cigarette électronique.


Coup sur coup, 2 études sur la cigarette électronique semblent suggérer des effets négatifs sur la cigarette électronique.

Un de ces jours, il faudra faire un bêtisier sur les personnes qui communiquent sur la cigarette électronique, car il semble que quelqu’un veuille leur peau à tout prix même si elles ne s’appellent pas Mary.

La cigarette électronique empêche le sevrage tabagique, saperlipopette !

La première étude, publiée dans Annals of Internal Medecine, montre que les personnes, qui tentent de quitter la cigarette par combustion, en sont empêchées par la méchante cigarette électronique.1 L’étude n’est pas mauvaise, mais son communiqué de presse est désastreux comme on peut lire ci-dessous :

Des chercheurs du Massachusetts General Hospital ont étudié 1 357 fumeurs adultes récemment hospitalisés, qui prévoyaient de cesser de fumer après leur sortie, afin de déterminer si l’usage de la cigarette électronique était associé à l’abstinence subséquente au tabac. Les participants ont été interrogés sur leur consommation de cigarettes électroniques 1 et 3 mois après leur sortie de l’hôpital.

Après 6 mois, les chercheurs ont utilisé des interviews et des tests de laboratoire pour déterminer qui avait arrêté de fumer des cigarettes régulières. Les chercheurs ont constaté que ceux, qui déclaraient utiliser une cigarette électronique après leur congé, étaient moins susceptibles d’être abstinents du tabac à six mois que les fumeurs qui n’utilisaient pas de cigarettes électroniques. Dans une analyse de score de propension, l’association négative entre l’utilisation de la cigarette électronique et la cessation était importante. Cependant, les auteurs avertissent que l’association doit être interprétée dans son contexte. Les cigarettes électroniques étaient utilisées par intermittence et plus souvent par les fumeurs sans accès facile et gratuit à des aides à l’abandon fondées sur des données probantes.

La communication tente d’être modérée, mais le titre est vraiment malhonnête, car si on lit l’article en diagonale, alors on risque de comprendre à tort qu’à cause de la cigarette électronique, les fumeurs ne peuvent pas quitter le tabagisme. Et comme l’explique le professeur Peter Hajek, directeur du Tobacco Dependence Research Unit à l’université Queen Mary de Londres :

Le titre du communiqué de presse (Les e-cigarettes empêchent le sevrage tabagique) n’a aucun lien avec les résultats de l’étude. L’étude montre simplement que les fumeurs, qui n’ont pas réussi à arrêter de fumer avec les traitements recommandés, ont été plus susceptibles d’essayer les cigarettes électroniques que ceux qui ont arrêté de fumer avec succès. Cela ne permet pas de savoir si les ecigs aident les fumeurs à arrêter ou non. Le message à retenir est que le communiqué de presse est trompeur.2

Effectivement, la FDA et d’autres organismes de santé conseillent la gomme ou le patch de nicotine comme des traitements de priorité et dans cette étude, les patients les ont utilisés, mais n’ont pas pu quitter le tabagisme et donc, ils ont testé la cigarette électronique. Comme ils n’ont pas réussi avec les produits recommandés, ils ont testé autre chose, ni plus, ni moins.

La toxicité des liquides de cigarette électronique

La seconde étude, plus robuste (il faut relativiser), indique que des chercheurs ont développé un outil pour mesurer la toxicité des liquides de cigarette électronique. Elle a été publiée dans PLOS Biology.3

Tarran et ses collègues, dont le co-premier auteur, M. Flori Sassano, ont mis au point un système d’évaluation rapide de la toxicité des e-liquides basés sur une approche toxicologique standard. Leur système utilise des plaques en plastique avec des centaines de trous minuscules dans lesquels des cellules humaines à croissance rapide sont exposées à différents e-liquides. Plus ces liquides réduisent les taux de croissance des cellules, plus leur toxicité est grande (il y a déjà un problème avec cette mesure, mais on va en parler).

Nous avons découvert que les ingrédients e-liquides sont extrêmement divers et certains sont plus toxiques que la nicotine seule et plus toxique que les ingrédients de base des e-cigarettes qui sont le propylène glycol et la glycérine végétale selon Robert Tarran, auteur principal de l’étude.

Les principaux ingrédients des e-liquides, le propylène glycol et la glycérine végétale, ont été considérés comme non toxiques lorsqu’ils sont consommés par voie orale, mais les vapeurs d’e-cigarette sont inhalées. Les scientifiques de l’UNC ont découvert que même en l’absence de nicotine ou d’arômes, de petites doses de ces deux composés organiques réduisaient significativement la croissance des cellules d’essai en indiquant ainsi une toxicité élevée.

On voit tout de suite 2 problèmes. Le premier est que les auteurs font une hypothèse ad hoc (ils tentent de confirmer leur hypothèse de la toxicité en la déplaçant), car comme ils ne peuvent pas nier la non-toxicité du propylène glycol et la glycérine végétale, alors ils font cette hypothèse ad hoc en estimant qu’ils pourraient devenir toxiques par inhalation. C’est une hypothèse, mais ils ne la prouvent pas. Ensuite, le test de toxicité sur uniquement sur les cellules est très problématique, car on peut tout voir et n’importe quoi à l’échelle d’une cellule, mais l’effet peut disparaitre à l’échelle de l’organisme. Et surtout, ils utilisent une approche de toxicité de niveau zéro ce qui est impossible comme l’explique le Dr Ed Stephens, chercheur à l’université de St Andrews :

Sessano et ses collègues ont développé un outil utile pour le dépistage d’un grand nombre d’e-liquides pour la toxicité en utilisant des expériences de laboratoire sur des cellules humaines. Cette étude de 148 e-liquides provenant des États-Unis indique que l’ajout de certains ingrédients aromatisants peut augmenter la toxicité. Des expériences similaires, mais à plus petite échelle menée par d’autres ont montré que les effets toxiques du vapotage sont néanmoins faibles (mais pas nuls) et très inférieurs à ceux du tabagisme. Il sera difficile d’évaluer ces nouveaux résultats avant d’appliquer ce test aux aérosols courants auxquels le public est régulièrement exposé, notamment la fumée du tabac et les vapeurs de diesel.4

Eh oui, il ne suffit pas de dire que les e-liquides sont toxiques, même à des niveaux faibles, mais il faut comparer cette toxicité à des expositions de la vie quotidienne, car sinon, il faudrait bannir toutes les voitures au diesel. Mais l’étude reste correcte (leur communication l’est moins) dans la mesure où ils estiment que l’ajout de parfum doit être soigneusement évalué. De plus, ils proposent aussi une base de données où on peut regarder la toxicité des différents liquides de cigarette électronique. Individuellement, ces 2 études ne prouvent pas quoi que ce soit, mais si sur une semaine, vous les lisez coup sur coup, alors vous risquez d’avoir une mauvaise impression sur l’e-cigarette.

Sources

1.
Butala NM, Kramer DB, Shen C, et al. Applicability of Publicly Reported Hospital Readmission Measures to Unreported Conditions and Other Patient Populations. A. March 2018. doi:10.7326/m17-1492
2.
expert reaction to ecigs and smoking cessation. sciencemediacentre.org. http://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-ecigs-and-smoking-cessation/. Published March 28, 2018. Accessed March 28, 2018.
3.
Sassano MF, Davis ES, Keating JE, et al. Evaluation of e-liquid toxicity using an open-source high-throughput screening assay. Khosla C, ed. P. 2018;16(3):e2003904. doi:10.1371/journal.pbio.2003904
4.
expert reaction to research on toxicity of e-cigarette ingredients. sciencemediacentre.org. http://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-research-on-toxicity-of-e-cigarette-ingredients/. Published March 28, 2018. Accessed March 28, 2018.
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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