La confiance dans la rationalité comme un problème moral

Une recherche en psychologie suggère que les personnes qui sont rationnelles, signifiant qu’ils basent leur jugement sur des preuves et la raison, considèrent ce jugement comme un problème moral comparé aux jugements qui se basent uniquement sur la croyance.


Une recherche en psychologie suggère que les personnes qui sont rationnelles, signifiant qu'ils basent leur jugement sur des preuves et la raison, considèrent ce jugement comme un problème moral comparé aux jugements qui se basent uniquement sur la croyance.

La théorie de l’Évolution, l’héliocentrisme ou le réchauffement climatique provoque des débats enragés entre les personnes rationnelles et ceux qui sont adeptes de la . Mais un rapport proposé par des psychologues de l’université de l’Illinois et de Chicago que les personnes considèrent la confiance en la raison et les preuves comme un problème moral et de ce fait, la «  » des autres croyances est contraire à cette . Dans un projet impliquant 8 études, les chercheurs ont développé une échelle pour quantifier la moralisation de la rationalité. L’échelle ne mesure pas simplement la préférence d’être une personne rationnelle, mais une conviction morale sur le fait que nous devons utiliser la logique et la preuve pour former et évaluer les croyances selon Tomas Ståhl, professeur adjoint de et principal auteur du projet qui a été publié dans PLOS ONE.1 La moralisation de la rationalité était très stable sur le temps et cette moralisation était plus importante que le fait de considérer soi-même comme étant rationnel.

Les résultats montrent que les gens qui moralisent la rationalité jugent les autres comme étant moins rationnels. Ainsi, les personnes rationnelles considèrent les « croyants » comme étant moins moraux, ils vont prendre leur distance par rapport à ces groupes et dans certains cas, les personnes rationnelles veulent que les autres puissent être sanctionnés pour un comportement rationnel selon Ståhl. En revanche, les personnes rationnelles tendaient à avoir un jugement moral plus positif sur d’autres personnes rationnelles. L’étude considère que la moralité est souvent à la religion et à la croyance en Dieu. Mais le rapport identifie une valeur morale laïque qui peut affecter les relations interpersonnelles entre les individus et les engagements sociaux.

Par exemple, l’une des études a montré que les individus, qui moralisaient fortement la rationalité, avaient tendance à soutenir financièrement une organisation qui luttait contre la pseudoscience. Pour Ståhl, ces résultats suggèrent des pistes pour calmer les débats dans des sujets de politique. Les chercheurs encouragent une culture qui évalue les croyances qui se basent sur la logique et les preuves disponibles. Si un politicien propose des arguments sans preuve selon les chercheurs, alors les personnes rationnelles ne vont pas simplement le considérer comme étant un croyant, mais comme quelqu’un d’immoral ce qui peut influencer leurs votes.

Plusieurs gros problèmes dans l’étude

Même si le projet a impliqué plusieurs études pour avoir cette échelle de rationalité, il y a beaucoup de problèmes. Le premier est la taille de l’échantillon qui était de 300 à 500 personnes selon les études. Ensuite, les psychologues se sont basés sur des questionnaires remplis par des personnes dans le service Amazon Mechanical Turk pour collecter leurs données. Même si leur échelle utilise des dizaines de critères, la fiabilité via ce type de méthode est très douteuse.

Mais surtout, ce rapport psychologique justifie le concept de relativisme. Le relativisme suggère que la croyance et un consensus scientifique doivent être au même niveau, car chacun est libre de croire ce qu’il veut. Quelqu’un qui admettrait la théorie de l’évolution serait sur la même échelle que celui qui croit en l’Intelligent Design. Ces psychologues estiment que puisque la rationalité est combinée avec une valeur morale, alors cela pourrait nuire aux relations entre les personnes dans une société. Mais ce raisonnement mène vers des situations absurdes, car dans l’exemple des dons, la préservation des « bonnes relations » impliquerait qu’une personne rationnelle donne de l’argent à une organisation qui promeut l’astrologie ou l’intelligent design.

De plus, le postulat de base des chercheurs est fondamentalement biaisé puisqu’ils supposent que la morale est principalement liée à la religion sous-entendant que c’est cette dernière qui l’a inventé. Toutefois, l’étude de l’histoire, mais également des travaux archéologiques montre que la morale existait bien avant l’apparition des grandes religions et que la morale existait également dans des sociétés non religieuses. Est-ce qu’on peut acquérir une valeur morale en se basant sur la logique et les preuves ? Évidemment, mais est-ce que cette morale rationnelle peut nuire dans notre capacité à juger les personnes irrationnelles ? C’est peu probable puisque la rationalité nous empêche de considérer cette valeur morale comme étant absolue. On pourra remarquer un certain biais de jugement, mais cela ne suffit pas pour dire que cette morale va nuire dans les relations entre les personnes.

Sources

1.
Ståhl T, Zaal MP, Skitka LJ. Moralized Rationality: Relying on Logic and Evidence in the Formation and Evaluation of Belief Can Be Seen as a Moral Issue. Bastian B, éd. PLOS ONE. 2016;11(11):e0166332. doi: 10.1371/journal.pone.0166332
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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