vendredi , 26 mai 2017

Des souris qui résistent à l’addiction de la cocaïne

Des scientifiques ont modifié génétiquement une souris pour qu’elle résiste à l’addiction de la cocaïne. Cela renforce les preuves que l’addiction à ce type de drogue est le résultat de la génétique et de la biochimie plutôt qu’une sorte de « mauvais jugement ». Si les résultats sont intéressants dans les souris, il est difficile de les extrapoler sur les humains.


Des souris qui résistent à l’addiction de la cocaïne
Un diagramme montrant les synapses dans le circuit de récompense des souris exposées à la cocaïne. Sur la gauche, une souris normale et sur la droite, une sourie avec des niveaux élevés de cadhérine - Crédit : University of British Columbia

 

 

Les souris développées par les scientifiques possédaient des niveaux élevés d’une protéine connue comme la cadhérine qui permet de connecter des cellules. Dans le cerveau, la cadhérine permet de renforcer les synapses entre les neurones. L’apprentissage incluant celui du plaisir induit par une drogue stimulante nécessite le renforcement de certaines synapses. De ce fait, Shernaz Bamji, professeur au département des sciences physiologiques et cellulaires de l’université de Colombie-Britannique, a pensé que de la cadhérine supplémentaire augmenterait l’addiction de la cocaïne dans leur souris. Mais son équipe a découvert que c’était le contraire qui s’est produit.

Le Dr Bamji et ses collaborateurs ont injecté de la cocaïne dans une souris pendant un certain nombre de jours et ils l’ont placé dans un compartiment spécifique dans une cage possédant 3 chambres pour que les souris associent la drogue à ce compartiment. Après plusieurs jours de prise de cocaïne, les souris étaient replacées dans la cage et elles pouvaient aller dans tous les compartiments. La souris normale a toujours privilégié le compartiment associé à la cocaïne tandis que la souris, ayant de la cadhérine supplémentaire, a passé simplement la moitié du temps dans le compartiment propre à la cocaïne. Cela suggère que ces souris n’ont pas formé des associations mémorielles suffisamment fortes avec la drogue.

Pour comprendre ce résultat inattendu, les chercheurs ont analysé le tissu cérébral de la souris génétiquement modifiée. Ils ont découvert que la cadhérine supplémentaire empêche un certain type de récepteur neurochimique de migrer de l’intérieur d’une cellule vers la membrane synaptique. Sans ce récepteur, il est difficile pour le neurone de recevoir un signal des neurones voisins. De ce fait, les synapses ne se renforcent pas et la mémoire « de plaisir » ne devient pas permanente.

Via la modification génétique, nous avons « câblé » les synapses dans les circuits de récompense de ces souris selon Andrea Globa, un étudiant diplômé et co-auteur de l’étude. En empêchant les synapses de se renforcer, nous avons empêché la souris mutante « d’apprendre » la mémoire de la cocaïne et donc, de prévenir l’addiction. Ces résultats fournissent une explication sur de précédentes études qui montrent que les gens toxicomanes subissent des mutations génétiques plus importantes liées à la cadhérine et l’adhésion des cellules. À mesure qu’on comprend le processus biochimique de l’addiction, on pourrait prédire le type de personne qui est le plus vulnérable à l’abus de drogue.

Malheureusement, ces résultats ne sont pas applicables aux humains sans tomber dans plusieurs pièges. L’apprentissage chez les humains passe par une plasticité cérébrale qui nécessite que les synapses soient renforcées et affaiblies selon les conditions. Le cerveau doit s’adapter en permanence et un renforcement des synapses à un seul sens recèle de nombreux effets secondaires. Idéalement, il faudrait trouver une molécule qui bloque la formation de la mémoire associée spécifiquement à une dose élevée de la drogue tout en étant capable de mémoriser des choses importantes.

Une vidéo sur l’expérience des souris résitantes à la cocaïne :

Source : Nature Neuroscience (http://dx.doi.org/10.1038/nn.4503)

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A propos de Jacqueline Charpentier

mm
Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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