Les pertes d’emploi sont associées à l’abandon universitaire

Les pauvres n’arrivent pas à aller à l’université. C’est logique, mais une étude démontre que les pertes d’emplois existants contribuent aussi à l’abandon universitaire.


Les pauvres n'arrivent pas à aller à l'université. C'est logique, mais une étude démontre que les pertes d'emplois existants contribuent aussi à l'abandon universitaire.

Quand les États souffrent d’une perte généralisée d’emplois, alors les conséquences s’étendent jusqu’à la prochaine génération avec une baisse de la fréquentation scolaire chez les étudiants les plus pauvres selon une nouvelle recherche de l’Université Duke. En conséquence, les états marqués par les usines fermées ou l’abandon des mines montrent également un écart grandissant dans la fréquentation scolaire entre les riches et les pauvres.

Mais l’économie n’est pas le seul facteur qui entre en compte. Les étudiants pauvres dans les pays n’évitent pas l’université par manque de moyens. Au lieu, les pertes d’ déclenchent des problèmes émotionnels chez les adolescents et une performance scolaire médiocre. Le résultat est que cela met l’université hors de portée selon les auteurs dont l’étude est publiée dans la revue Science.

La perte d’emploi a entraîné une inégalité accrue dans les études universitaires et ce n’est pas seulement à cause des pertes de revenu, mais parce que les personnes sont stressées selon Elizabeth Ananat, économiste à l’université Duke et l’un des auteurs principaux du papier. Le fait de perdre votre travail est traumatisant et même si une communauté crée de nouveaux emplois, ces derniers ne sont pas interchangeables.

Pendant les élections présidentielles américaines de 2016, l’attention s’est focalisée sur des régions en détresse économique où la technologie et la ont supprimé des emplois et où les inquiétudes concernent l’avenir de la prochaine génération et les inégalités croissantes. Certains économistes estiment que l’éducation supérieure est le remède naturel. Selon cette hypothèse, l’inégalité disparaîtra à mesure que de plus en plus de jeunes iront à l’université plutôt que de suivre les traces de leurs parents qui bossent à l’usine. Des usines qui ferment leurs portes selon les auteurs.

Dans notre pays, nous racontons souvent cette belle histoire que la destruction créative (une hypothèse qui indique que l’innovation des entrepreneurs est la force motrice de la croissance économique sur le long terme) amèneront nos enfants vers des secteurs plus rentables et en croissance selon Ananat. Mais si ces enfants sont stressés et que les parents sont stressés, alors ils ne sont pas aussi flexibles que nous le pensons.

Les auteurs ont comparé les taux de perte d’emploi au cours des années intermédiaires et secondaires avec des taux de fréquentation scolaire à l’âge de 19 ans. Dans les États qui ont subi une perte d’emploi de 7 %, la fréquentation scolaire des jeunes les plus pauvres a baissé de 20 % même lorsque l’aide financière avait augmenté. Ce modèle a également persisté dans de nombreux Etats malgré les variations des taux de scolarité des universités publiques.

Plutôt que d’ouvrir un chemin vers de nouvelles possibilités d’éducation dans les zones désindustrialisées, la destruction des emplois frappe beaucoup de jeunes sur le chemin de l’université selon les auteurs. La recherche souligne la nécessité de programmes de reconversion professionnelle plus rigoureux ce qui pourrait compenser le traumatisme de la perte d’emploi pour l’ensemble de la communauté.

Le fait de perpétuer les emplois remplacés par la technologie n’est pas nécessairement possible ou souhaitable selon Ananat. Imaginez si nous avions insisté pour subventionner le secteur des calèches à chevaux. Mais cela ne signifie pas que nous devons abandonner tout le monde à un avenir terrifiant. À la place, nous pourrions réellement aider les gens à trouver de nouveaux emplois.

La nouvelle recherche a également révélé que même si la perte d’emploi réduit la fréquentation scolaire chez les blancs pauvres, le déclin était encore plus important pour les pauvres afro-américains. De plus, après de nombreuses pertes d’emplois, les tentatives de suicide chez les jeunes afro-américains ont augmenté de plus de 2 %.

Les Afro-Américains subissent les mêmes impacts que ceux qui concernent les Blancs de la classe ouvrière, mais en bien pire selon Ananat. Oui, il y a eu des perdants sur les changements de l’économie selon Ananat. Mais les personnes de la classe ouvrière blanche et ceux de la classe ouvrière afro-américaine sont dans le même bateau en raison de la destruction généralisée de l’emploi. On pourrait imaginer des solutions beaucoup plus performantes si les deux classes trouvaient un terrain d’entente.

Source : Science (http://dx.doi.org/10.1126/science.aam5347)

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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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