samedi , 18 novembre 2017

Des preuves de la plus ancienne fabrication de vin au monde

Une étude présente des preuves de la domestication du raisin et de la fabrication du vin pendant le néolithique remontant à 6 000 avant l’ère commune dans le Caucase. Si c’est confirmé, alors ce serait la preuve de la plus ancienne vinification au monde.


Des preuves de la plus ancienne fabrication de vin au monde
Les fouilles effectuées en République de Géorgie par la Gora Regional Archaeological Project Expedition (GRAPE), une initiative conjointe de l’Université de Toronto et du Musée national géorgien, ont permis de découvrir les premiers vignobles du monde. La découverte date l’origine de la vinification à la période néolithique autour de 6 000 avant l’ère commune et c’est 600 à 1000 ans plus tôt que les estimations précédentes.

Une fabrication de vin datant du néolithique

La plus ancienne preuve chimique connue du vin datait de 5400-5000 avant l’ère commune et elle provenait d’une région des monts Zagros en Iran. Les chercheurs affirment désormais que la pratique a commencé bien plus tôt dans la région du Caucase du Sud à la frontière de l’Europe de l’Est et de l’Asie occidentale.

Le fond d'une jarre datant du néolithique révèle des résidus de composants dans la fabrication du vin - Crédit : Judyta Olszewski

Le fond d’une jarre datant du néolithique révèle des résidus de composants dans la fabrication du vin – Crédit : Judyta Olszewski

Les fouilles ont porté sur 2 sites datant du Néolithique (6000 à 4500 avant l’ère commune) appelé Gadachrili Gora et Shulaveris Gora à environ 50 kilomètres au sud de la capitale de Tbilissi. Des fragments de pots en céramique récupérés sur les sites ont été recueillis et analysés par des scientifiques de l’Université de Pennsylvanie pour déterminer la nature du résidu conservé à l’intérieur pendant plusieurs millénaires.

Les nouvelles méthodes d’extraction chimique ont confirmé la présence d’acide tartrique qui est une signature caractéristique pour le raisin et le vin ainsi que 3 acides organiques associés qui sont l’acide malique, succinique et citrique dans le résidu dans 8 grands pots. Les résultats sont publiés dans la revue PNAS.1

Nous pensons qu’il s’agit de l’exemple le plus ancien de la domestication d’une vigne eurasienne propre à la production de vin selon Stephen Batiuk, chercheur au Département des civilisations du Proche et Moyen-Orient et au Centre d’archéologie de l’U.T et co-auteur de l’étude. Grâce à la domestication, on a actuellement plus de 10 000 vins différents dans le monde selon Batiuk. La Géorgie abrite plus de 500 variétés pour le vin ce qui suggère que les raisins ont été domestiqués dans la région depuis très longtemps.

Le projet GRAPE représente la composante canadienne d’un projet interdisciplinaire international qui inclut des chercheurs des États-Unis, du Danemark, de la France, de l’Italie et d’Israël. Les vestiges fouillés par l’équipe de l’Université de Toronto et du Musée national géorgien concernent 2 villages qui remontent à la période néolithique, qui a commencé vers 15 200 avant l’ère commune dans certaines parties du Moyen-Orient et elle s’est terminé de 4500 à 2000 avant l’ère commune.

La poterie, rouage essentiel pour la fabrication du vin

La période néolithique est caractérisée par un ensemble d’activités qui comprennent le début de l’agriculture, la domestication des animaux, le développement de l’artisanat comme la poterie et le tissage et la fabrication d’outils en pierre polie. La poterie, qui était idéale pour le traitement et le stockage des boissons fermentées, a été inventée au cours de cette période en même temps que de nombreux progrès dans l’art, la technologie et la cuisine selon Batiuk.

Une jarre provenant du musée de Géorgie qui a pu servir à fabriquer du vin - Crédit : Judyta Olszewski

Une jarre provenant du musée de Géorgie qui a pu servir à fabriquer du vin – Crédit : Judyta Olszewski

Essentiellement, nous examinons comment l’activité agricole, l’outillage et l’artisanat du néolithique se sont développés au sud de l’Irak moderne, de la Syrie et de la Turquie et comment ces activités se sont adaptées au climat et à une végétation différente. Le potentiel horticole du sud du Caucase devait conduire à la domestication de nombreuses espèces nouvelles et différentes et des produits secondaires innovants devaient émerger.

Des conditions environnementales similaires à l’Italie et le sud de la France

Les chercheurs estiment que les données combinées archéologiques, chimiques, botaniques, climatiques et celles de la datation par carbone fournie par l’analyse démontrent que la vigne eurasienne Vitis vinifera était abondante autour des sites. Cette vigne s’est développée dans des conditions environnementales idéales au début du Néolithique qui sont similaires aux régions productrices de vin haut de gamme en Italie et dans le sud de la France à notre époque.

Nos recherches suggèrent que l’une des principales adaptations du mode de vie néolithique au Caucase était la viniculture selon Batiuk. La domestication du raisin a mené à l’émergence d’une culture viticole dans la région. Batiuk décrit une société ancienne dans laquelle la boisson et le vin imprègnent presque tous les aspects de la vie allant de la pratique médicale à des célébrations spéciales comme la naissance, la mort ou les repas quotidiens.

Une image par drone du site archéologique de Gadachrili Gora en Géorgie - Crédit : Stephen Batiuk

En tant que médicament, “lubrifiant social”, substance psychotrope et produit de qualité supérieure, le vin est devenu le centre des cultes religieux, des pharmacopées, des cuisines, de l’économie et de la société à travers le Proche-Orient à cette époque. Batiuk considère cette viticulture ancienne comme un excellent exemple de l’ingéniosité humaine dans le développement de l’horticulture et des utilisations créatives pour ses sous-produits.

La gamme infinie de saveurs et d’arômes des 8 000 à 10 000 cépages modernes est le résultat final de la transplantation de la vigne eurasienne domestiquée et croisée avec d’autres vignes sauvages selon le chercheur. La vigne eurasienne, qui représente aujourd’hui 99,9 % du vin fabriqué dans le monde, tire ses racines dans le Caucase.

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A propos de Jacqueline Charpentier

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Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d’emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l’actualité scientifique et celle de la santé.

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