Quel prix pour la discrimination ethnique au travail ?

Combien faut-il payer pour réduire la discrimination ethnique dans l’espace de travail ? Une perte de salaire de 10 % selon une étude économique portant au Danemark. Toutefois, l’étude ne doit pas être généralisée à tous les pays. Un résultat surprenant est que la discrimination est réciproque. Une majorité ethnique est prête à perdre jusqu’à 8 % de son salaire pour éviter de travailler avec un collège issu d’une minorité ethnique différente. Mais la minorité est également prête à perdre le même pourcentage pour éviter de travailler avec la majorité ethnique


Combien faut-il payer pour réduire la discrimination ethnique dans l'espace de travail ? Une perte de salaire de 10 % selon une étude économique portant au Danemark. Toutefois, l'étude ne doit pas être généralisée à tous les pays. Un résultat surprenant est que la discrimination est réciproque. Une majorité ethnique est prête à perdre jusqu'à 8 % de son salaire pour éviter de travailler avec un collège issu d'une minorité ethnique différente. Mais la minorité est également prête à perdre le pourcentage pour éviter de travailler avec la majorité ethnique.

La discrimination au travail est une activité coûteuse. Les préjugés personnels contre l’appartenance ethnique, l’âge, le sexe ou d’autres différences de quelqu’un peuvent influencer les décisions d’embauche et les relations au travail même si cela signifie travailler avec quelqu’un qui est moins productif.

Et pourtant, ces préjugés préjudiciables persistent. Mais dans quelle mesure nos actions discriminatoires nuisent-elles à notre intérêt économique ? Et à quel moment décidons-nous que le prix que nous payons pour nos préjugés est trop élevé ? Un papier récent publié dans l’American Economic Journal : Applied Economics met un prix sur les préjugés ethniques et conclut que les discriminateurs sont prêts à renoncer à 8 % de leurs revenus pour éviter de travailler avec une personne d’ethnie différente.1 Et ce ne sont pas seulement les majorités qui discriminent les minorités : les minorités paient une prime pour éviter de travailler avec une majorité.

Perte acceptable jusqu’à 8 % du salaire

Le papier introduit une nouvelle façon de mesurer la sensibilité au prix de la discrimination au travail et offre des leçons potentielles pour les employeurs qui veulent y remédier. Il y a une réaction assez forte à ce prix (de la discrimination) selon Jean-Robert Tyran, professeur d’économie et directeur du Centre d’économie expérimentale de Vienne. En un sens, c’est une bonne nouvelle, car cela vous donne un instrument pour réprimer cette discrimination.

Les chercheurs ont utilisé des expériences sur le terrain pour étudier les causes de la discrimination depuis 40 ans. Une approche commune a consisté à envoyer des CV hypothétiques aux employeurs, en mesurant leurs réactions à des candidats qualifiés de différents horizons, déduits par des noms à consonance ethnique. Mais ces expériences n’ont pas révélé pourquoi les employeurs choisissaient un groupe plutôt qu’un autre ou comment ils réagiraient différemment s’ils étaient pénalisés pour cette discrimination. Après tout, le choix d’un candidat majoritaire sur une minorité n’a pas nui à l’entreprise si, selon toute apparence, ils étaient des travailleurs tout aussi productifs.

Analyse sur la discrimination ethnique

Tyran et son co-auteur Morten Størling Hedegaard ont conçu une expérience pour répondre à ces limitations. Ils ont recruté 162 adolescents au Danemark pour emballer des enveloppes pour une grande livraison, les faisant travailler 2 fois par semaine pendant 2 semaines consécutives. La première semaine, ils ont travaillé seuls, ce qui a permis aux chercheurs de mesurer leur productivité. Avant leur retour pour la deuxième semaine, certains des jeunes ont été autorisés à choisir un partenaire avec qui travailler. Ils seraient payés en fonction de leur productivité en équipe. Certains de ces adolescents ont ensuite reçu des informations sur la productivité individuelle des partenaires potentiels.

On leur montrait aussi leurs noms : certains avaient des noms à consonance danoise et d’autres avaient des noms à consonance musulmane. Si un Danois choisissait un partenaire moins productif qui avait aussi un nom à consonance danoise, alors ils étaient disposés à faire de la discrimination sciemment et délibérément. Ils ont littéralement payé un prix en perdant leur salaire. Les auteurs ont estimé que les discriminateurs étaient prêts à renoncer à 8 % de leurs revenus pour éviter de travailler avec un collègue d’ethnie différente. En outre, cela fonctionnait dans les deux sens. Les travailleurs musulmans payaient à peu près le même prix pour éviter de travailler avec des collègues d’un nom à consonance danoise.2

Une perte de 10 % du salaire réduit la discrimination

Pourtant, il y avait un point où leurs préjugés coûtaient trop cher. Les auteurs estiment que la probabilité de discrimination diminue d’environ 9 % si le prix de la discrimination augmente de 10 %. Dans un sens, la mauvaise nouvelle est que l’aversion est réciproque et forte. Nous avons été surpris à ce sujet selon Tyran. Un autre aspect positif de l’étude, dans un certain sens, était que les gens dans l’ensemble réagissent fortement à la différence de prix. Quand il devient plus coûteux de discriminer, alors les gens préfèrent travailler avec des collègues d’ethnie différente plutôt que de perdre de l’argent.

Il est difficile de savoir si ces réactions auraient été différentes si les travailleurs de l’étude étaient plus âgés et peut-être plus ancrés dans leurs préjugés. En outre, la réponse peut avoir été différente dans un autre pays comme les États-Unis, qui est plus diversifié démographiquement. M. Tyran a toutefois déclaré qu’il espérait que ce papier servira de point de départ pour mesurer la discrimination sur le lieu de travail dans d’autres contextes et pourrait peut-être aider à définir des politiques visant à limiter ses effets préjudiciables.

Sources

1.
Hedegaard MS, Tyran J-R. The Price of Prejudice. A. 2018;10(1):40-63. doi:10.1257/app.20150241
2.
Putting a price on prejudice. aeaweb.org. https://www.aeaweb.org/research/price-of-prejudice-workplace-hiring-discrimination-denmark. Published July 17, 2018. Accessed July 17, 2018.
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Jacqueline Charpentier

Ayant fait une formation en chimie, il est normal que je me sois retrouvée dans une entreprise d'emballage. Désormais, je publie sur des médias, des blogs et des magazines pour vulgariser l'actualité scientifique et celle de la santé.

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