Indonésie: Un géant en devenir dans l’Asie du Sud-Est


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  • Les récentes interdictions des importations de matières premières par l’Indonésie implique une mutation majeure dans le pays qui lui permettra de devenir l’un des géants de l’Asie, pouvant rivaliser avec le dragon ou l’éléphant.


    Les récentes interdictions des importations de matières premières par l'Indonésie implique une mutation majeure dans le pays qui lui permettra de devenir l'un des géants de l'Asie, pouvant rivaliser avec le dragon ou l'éléphant.

    Si dans l’imaginaire collectif condescendante des médias occidentaux, l’Indonésie est surtout « le plus grand pays musulman au monde », la réalité est bien différente. L’Indonésie, par plusieurs législations libérales tout en renforçant la valeur ajoutée, est bien parti pour devenir l’un des plus gros géants industriels de l’Asie du Sud-Est et dans une vingtaine d’année, il pourrait rivaliser avec les puissances indiennes et chinoises.

    En janvier 2022, le RCEP est entré en action et c’est la plus grande zone de libre échange au monde, couvrant le Pacifique et l’Asie, totalisant 30 % du PIB mondial et 2,9 milliards de personnes. L’Indonésie a trainé les pieds pour entrer dans le RCEP, mais le président Joko Widodo va le ratifier avant la fin de 2022. Comme le RCEP supprime les des taxes douanières sur 92 % des produits, l’opposition a craint que cela décapite les industries locales qui ne pourraient pas rivaliser avec la concurrence chinoise.

    L’Indonésie estime que certes, il y aura un déficit d’exportation dans les premières années du RCEP, mais qu’à l’horizon 2040, il va permettre de dégager un surplus d’exportation de 1 milliards de dollars contre 390 millions de dollars actuellement. A terme, les entreprises indonésiennes vont s’adapter et se hisser au niveau de la concurrence chinoise et booster leurs exportations vers la Chine.

    Le développement fulgurant de l’Indonésie commence dans les années 1990 lorsque le gouvernement procède à de nombreuses dérégulations pour créer des entreprises tournées vers l’exportation. De 1990 à 2000, son PIB va croitre de 50 % passant de 100 milliards à 160 milliards, mais c’est partir de 2000 que la machine indonésienne va mettre le turbo et multiplier son PIB par 10, passant de 160 milliards et à plus de 1000 milliards aujourd’hui. On voit un développement similaire dans tous les pays asiatiques, car la forge du dragon tournait à plein régime et cela entrainait tous les pays voisins avec eux.

    L’Indonésie, c’est donc un PIB de 1058 milliards de dollars pour 273 millions de personnes. En Parité de pouvoir d’achat, il se classe 7e mondial, surpassant la France, le Royaume-Uni ou le Brésil. L’Indonésie a tout pour devenir un ogre. Des matières premières à foison, une population suffisamment jeune pour bénéficier du bonus démographique et une industrie florissante.

    De plus, les dirigeants indonésiens ont affiché un souverainisme et un nationalisme à toute épreuve dans leurs choix politiques et économiques et ces deux piliers ont permis à l’Indonésie de devenir la 7e économie au monde. Mais son tourbillon économique se concentrait surtout sur l’exportation de matières brutes qui étaient avalés avidement par la Chine. Aujourd’hui, l’Indonésie imite ses autres voisins et comprend que la richesse vient des produits transformés les plus sophistiqués plutôt que d’exporter massivement de la pierre et de la matière grasse.

    Mais vous ne pouvez pas entrer dans une zone de libre échange telle que le RCEP sans avoir une colonne vertébrale industrielle en acier et c’est ce que l’Indonésie a prévu pour contrer ce libre échangisme colossal avec la loi Omnibus. Voté en 2020, cette loi est une réforme complète de nombreuses législations en cours et elle a pour objectif de faciliter les investissements étrangers, la création d’entreprises et d’emplois et l’acquisition des terres. Evidemment, les secteurs stratégiques resteront la chasse gardée du gouvernement, mais de nombreux secteurs comme le numérique, le médical ou l’industrie seront ouverts aux étrangers.

    La loi Omnibus est une grosse carotte pour les investisseurs, mais elle vient aussi avec un formidable levier industriel qui est l’interdiction des matières premières. Pour l’Indonésie, l’exportation de produits bruts n’apporte aucune valeur ajoutée et c’est de la richesse du pays qui s’envole pour enrichir d’autres cieux.

    L’Indonésie possède 24 % des réserves mondiales de nickel et c’est pour ça qu’elle a interdit son exportation depuis 2021. Le pays est en train de construire la première usine de batteries pour les voitures électriques dans l’Asie du sud est. Et le nickel est l’un des principaux composants de ces batteries. Le pays dans sa province Papoua possède aussi la seconde réserve de cuivre dans le monde qui est aussi importante dans les voitures électriques.

    L’Indonésie veut garder toutes ses ressources premières, les transformer sur place et passer à une industrie haut de gamme alors qu’elle est actuellement dans la manufacture d’entrée de gamme. En fait selon le gouvernement, il va interdire toutes ses matières premières une par une chaque année. Cela forcera les investisseurs étrangers à venir sur place et avec la loi Omnibus qui leur facilite la vie, tout le monde y trouve son compte. Surtout que l’Indonésie estime que cette transformation majeure de son économie lui permettra d’atteindre un PIB de 3 000 milliards de dollars en 2040, soit surpassant largement celui de la France.

    Et cela ne s’arrête pas aux minerais, car l’Indonésie vient d’interdire l’exportation d’huile de palme dont il est le plus grand producteur mondial, représentant 60 % du marché de la planète. Cette interdiction va provoquer une hausse effarante de l’huile de palme qui est crucial dans de nombreux secteurs alimentaires et cosmétiques. Avec cette huile qui va tourner sur place, l’Indonésie veut lancer des usines pour des produits cosmétiques, de la margarine et d’autres produits alimentaires.

    Le pays est aussi un grand exportateur de charbon vers la Chine et il l’a interdit en début de 2022 pour lutter contre les pénuries énergétiques et lutter contre l’inflation qui la frappe comme le reste du monde. Cette interdiction du charbon a eu des conséquences immédiates pour le dragon qui s’est retrouvé à black-outer de nombreuses zones industrielles jusqu’à trouver de nouveaux fournisseurs et augmenter sa propre production.

    L’économie numérique n’est pas en reste puisqu’en 2025, le secteur numérique indonésien pèsera 125 milliards de dollars. Et le pays n’a pas de problème centre/périphérie, car sa pénétration numérique couvre tout le territoire. Toutefois et malgré un regard tourné vers l’avant, les infrastructures de l’Indonésie ne sont pas encore capables de supporter le besoin économique d’un RCEP. Il y a encore beaucoup de routes à construire et à moderniser des villes existantes.

    Le président Joko Widodo, qui a été réélu en 2019, a annoncé un énorme plan de 400 milliards de dollars pour les infrastructures. Cela comprend 25 nouveaux aéroports et 2000 km d’autoroutes. L’Indonésie va également construire une nouvelle capitale, nommée Nusantara (qui signifie Archipel), elle coutera 35 milliards de dollars et on a des investisseurs d’Abu Dhabi et d’ailleurs qui accourent pour la construire.

    Toutefois, il ne faut pas se tromper sur l’Indonésie. Car beaucoup de pays ont un profil similaire, mais leur population reste pauvre avec une consommation intérieure qui reste rachitique. Le fléau de ces pays est que les entreprises d’exportation sont aux mains des étrangers et vous n’avez pas de retour de fric dans le pays. L’Indonésie n’a pas ce problème, car sa consommation représente 60 % de son PIB et donc, vous avez une population avec un solide pouvoir d’achat qui veut gouter toutes les joies de la modernité. Et de nombreuses marques occidentales comme Coca, Burger King, KFC ou McDonald sont présentes dans le pays depuis des années et cela va attirer d’autres grands groupes.

    Le marché du halal, par exemple, attire les convoitises de beaucoup. Ainsi, ce marché va atteindre 247 milliards de dollars en 2025 et l’Australie, dont les liens avec le halal, sont plutot ténus, est quand même l’un des plus grands exportateurs de produits certifiés halal avec plus de 500 000 têtes de bovins par an, soit 65 % des exportations bovines du pays des kangourous.

    Sur la géopolitique, l’Indonésie n’est fâché avec aucune grande puissance, mais ils n’élèvent pas non plus les moutons ensemble. Le poids et la puissance économique de l’Indonésie est tel que personne ne peut se permettre de se fâcher avec, surtout les Occidentaux qui comptent dessus pour contrer l’influence chinoise.

    La mutation de l’Indonésie est en marche et rien ne semble l’arrêter. Un libre échangisme qui est combiné avec un boost massif de produits transformés associés à l’une des consommations intérieures les plus fortes au monde. Et dans quelques années, l’Indonésie deviendra aussi puissant que la Chine et l’Inde et elle aura son propre mot à dire dans le concert des nations.

    Dans le nouveau monde qui arrive, c’est donc encore un pays asiatique qui émerge et quand on fait le contraste avec l’Occident, alors on se rend compte que ce dernier s’enfonce de plus en plus dans une crise perpétuelle de malaise, de névrose, d’hystérie, d’un dépeuplement démographique et une économie qui ressemble de plus en plus à un cimetière d’éléphant. Et même s’il est petit, le Dragon du Komodo commence à donner de la voix avec un rugissement qui va influencer tout le visage de l’Asie du Sud Est.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009 et vulgarisateur scientifique.

    Je m'intéresse à tous les sujets scientifiques allant de l'Archéologie à la Zoologie. Je ne suis pas un expert, mais j'essaie d'apporter mes avis éclairés sur de nombreux sujets scientifiques.

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