Israel, à la croisée des impasses


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  • Le choix d’Israel, ces dernières années, d’avoir parié sur un monde dominé par l’Amérique, risque de lui couter cher dans le nouveau monde qui arrive.


    Le choix d'Israel, ces dernières années, d'avoir parié sur un monde dominé par l'Amérique, risque de lui couter cher dans le nouveau monde qui arrive.

    Il est difficile d’imaginer que Naftali Bennett, Premier ministre israélien, tente de réconcilier l’Ukraine et la Russie en demandant même à la première de déposer les armes, car « cela ne vaut pas le coup ». Qu’est-ce qu’un Etat en Palestine en a quelque chose à faire d’une bataille entre des slaves chrétiens ?

    Et pourtant, la bataille de l’Ukraine n’est qu’une petite virgule dans l’immense livre du nouveau monde que certains veulent écrire, un livre dont l’Amérique, pour la première fois, n’est pas l’auteur. Pourtant, ce nouveau monde est encore incertain, la Russie a lancé un pari audacieux, mais difficile à dire s’il réussira.

    Pour contrer la coupure du gaz et du pétrole russe, l’Amérique tente de trouver des fournisseurs à chaque coin de rue. Des ennemis jurés, il y a quelques mois, se font courtisés par l’Oncle Sam, devenu subitement péripatéticienne. Et un rapprochement de l’Iran avec les USA est une très mauvaise chose pour Israel. L’Iran, malgré les sanctions et un pays en crise économique, continue d’étendre son influence dans tout le Moyen-Orient.

    Son opération en Syrie avec la Russie, lui a rapporté beaucoup de points et son soutien continu au Yémen lui permet d’avancer ses pions dans quasiment tous les pays. Israel a dû mal à trouver sa place dans ce nouveau échiquier. Mais c’est surtout le prix de sa soumission sans condition à l’Amérique qui lui vaut de se retrouver dans une impasse géopolitique.

    Trump avait tenté de forcer le monde unipolaire de « l’Amérique en premier ». Et au Moyen-Orient, les exemples les plus frappants ont été la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu et le plateau du Golan comme des territoires d’Israel. Trump l’avait fait sous la pression des évangélistes qui ont une vision déliro-messianique du Grand Israel.

    Mais la sécurité et une partie de la richesse d’Israel dépend uniquement du fait que l’Amérique continue d’être la seule super-puissance et qu’elle contrôle le système financier. Avec le rouble qui devient progressivement obligatoire, ce n’est déjà plus le cas. En se dotant de l’arme nucléaire, Israel a pensé qu’elle avait une sécurité absolue face aux pays arabes qu’elle a toujours considéré comme étant hostiles.

    En début de mars 2022, les rebelles Houthi du Yémen ont lancé plusieurs attaques par drones et missiles balistiques contre des installations pétrolières en Arabie Saoudite. Et ce n’était pas la première fois. Cela signifie que l’arme nucléaire devient inutile si par de simples drones et des projectiles classiques, on peut détruire votre approvisionnement en carburant et vos routes commerciales.

    Ces drones et ces missiles ne sont pas sortis de la caverne d’Alibaba, mais fournis par l’Iran. Dans une confrontation militaire entre Israel et l’Iran, ce dernier pourrait infliger des dégats colossaux contre des installations israéliennes. Sur le plan de la puissance de feu, Tsahal est supérieur en sachant que l’Amérique lui apporterait son soutien. Mais sa victoire politique et stratégique serait inexistante.

    Cette donnée de la guerre avec les nouvelles armes change beaucoup de choses. De plus, la Chine est une pièce maitresse dans ce nouveau échiquier. L’Arabie Saoudite et de nombreux pays du Golf persique font déjà partie intégrante de l’économie chinoise. Ce sont des pays dont la principale ressource est les énergies fossiles. Et l’Occident, dans ses délires écologiques, rejette de plus en plus les énergies fossiles ce qui fait basculer naturellement les arabes vers Pékin.

    Cela prendra plusieurs années, mais il est clair que tous les pays arabes vont abandonner l’Amérique pour se tourner vers la Chine. Le coup de boutoir lancé par la Russie en Ukraine a permis de poser la première brique. L’annonce de l’Arabie Saoudite d’envisager de vendre son pétrole en yuan pour les pays asiatiques.

    L’Iran est le principal pourvoyeur de pétrole et de gaz liquéfié dans le Golf Persique. En cas de confrontation, il peut stopper ses livraisons provoquant l’effondrement de l’économie mondiale et une victoire de facto de la Russie contre l’Occident. C’est pourquoi, les pays occidentaux, comme des chiens affamés, cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement par tous les moyens. Ils se tournent vers l’Algérie dont les paroles sur ses réserves sont largement plus criardes que les réserves elles-même.

    L’Amérique a du gaz et du pétrole et elle pourrait s’en passer jusqu’à un certain point. Cependant, ces réserves ne sont clairement pas suffisantes pour alimenter l’Europe malgré des déclarations grandiloquentes. Qu’on se le dise, l’Europe ne peut pas se passer du gaz russe à moins de baisser drastiquement son niveau de vie. Ce qui est déjà le cas avec les atermoiements écologico-psychiatriques des dirigeants européens à baisser le chauffage, à mettre un pull, à ne pas surcharger sa voiture, à manger moins, à faire moins d’enfants, en bref le message des dirigeants européens à leurs peuples est : si vous pouviez cesser de vivre, ça nous arrangerait !

    Ce qu’il faut comprendre est que l’Europe pourrait trouver de nouveaux fournisseurs de gaz que ce soit par les Etats-Unis ou certains pays arabes, mais cela lui prendrait 5 à 10 ans pour se passer totalement du gaz russe. Cela signifie que pendant ce délai, l’Iran est protégé d’une agression à grande échelle par les Etats-Unis et Israel.

    L’Iran est déjà un allié de la Chine même si ce dernier le considère juste comme une station d’essence. Et les relations entre l’Iran et les pays arabes ne sentent pas la rose depuis des décennies. Mais avec l’Iran dans le camp chinois et les pays arabes qui veulent aussi profiter de la chaleur du dragon, alors les petites querelles entre les perses et arabes seront moins importantes et s’épuiseront au fur et à mesure.

    Actuellement, les pays arabes jouent un jeu triangulaire avec Israel et l’Iran. Ils sont des copains de haine vis à vis d’Israel ce qui leur assure une protection dans le cas d’une confrontation commune avec l’Iran. Mais si la Chine remplace l’Amérique comme leur grand partenaire, alors Israel ne leur est plus nécessaire. Ce qui fascinant dans la géopolitique est qu’une amitié peut cesser aussi rapidement qu’elle a commencé.

    Tout cela reste hypothétique et uniquement valable dans un jeu de diplomatie classique à plusieurs bandes. Mais en cas de conflit militaire, l’histoire est tout autre. Si l’Occident déclare une guerre ouverte contre la Chine, l’une des grandes étapes sera de couper les routes commerciales chinoises par un blocage naval de l’alliance AUKUS. Cela permettrait à l’Occident de priver la Chine de ses sources d’énergie dans le golf persique. Et quand on regarde le golf persique, alors Israel et les pays arabes vont devenir un champ de bataille entre les deux blocs.

    Israel tente de jouer le jeu de la multi-polarité et donc, il pourrait négocier avec la Chine. Mais d’une part, Washington ne le laissera pas faire, mais surtout qu’avec les chinois, Israel ne bénéficiera pas du tout de la même relation privilégiée qu’avec le bloc occidental. La communauté juive et ses aspects, Pékin n’en a strictement rien à foutre.

    Si on part sur de la psychologie de bas étage, on peut dire qu’Israel est le petit garçon qui a une relation toxique avec le caïd de l’école. Il sait qu’il n’est qu’un pion et un punching ball, mais le petit garçon ne peut pas exister sans la protection du caid. Il y a déjà plusieurs indices dans ce sens. Quand on regarde la couverture médiatique chinoise sur Israel, alors on se rend compte que la Chine promeut davantage la cause de Gaza plus qu’autre chose.

    Et même avec la Russie, qui est un grand partenaire d’Israel, les questions qui fâchent reviennent rapidement sur le tapis. Quelques jours après le début de la guerre en Ukraine, Sergey Ivanov, chef du Département de la diplomatie et des services consulaires de l’Académie diplomatique rattaché au Ministère des affaires étrangères, a réagi après que Yair Lapid, MAE d’Israel ait déclaré que la Russie commet un massacre en Ukraine en ciblant les civils :

    Notre pays, qui sait de première main ce qu’est la menace terroriste, exprime invariablement sa sympathie et sa solidarité inconditionnelle face, malheureusement, aux attentats périodiques en Israël. La société russe a réagi avec indignation à la vague d’attentats terroristes qui a déferlé sur Israël fin mars 2022 de cette année. Le ministère russe des Affaires étrangères a exprimé ses condoléances aux familles des victimes.

    Dans ce contexte, il est d’autant plus étrange d’entendre des déclarations anti-russes de la part du ministre israélien des Affaires étrangères. Le pays qui porte la principale responsabilité depuis de nombreuses décennies de l’absence de solution pacifique au conflit palestino-israélien, l’un des problèmes régionaux les plus chroniques qui continue d’affecter négativement la vie et le destin de millions de personnes, ainsi que la sécurité internationale. Son instabilité fait le jeu de l’internationale terroriste, alimente les sentiments extrémistes et constitue une source constante de tension au Moyen-Orient et au-delà.

    Dans le langage diplomatique fleuri, cela signifie « Balaye d’abord devant ta putain de porte avant de nous vendre des aspirateurs« . Les relations entre Israel, la Russie et la Chine sont basés sur le pragmatisme, mais ce ne sont pas du tout les mêmes partenaires que l’Oncle Sam où la communauté juive est très présente, notamment via l’AIPAC et qui peut teinter ces relations avec l’idéologie et un certain communautarisme.

    L’avenir d’Israel dans le nouveau monde dépendra en grande partie de l’habileté de la diplomatie israélienne qui devra jongler avec de nouvelles super puissances qui s’en foutent de la question juive tout en soignant sa relation plus que toxique avec le caïd de l’école avec son T-Shirt à la bannière étoilée.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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