Russie : Adieu à la grande distribution et gloire au local informel


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  • Dans sa grande mutation économique pour se débarrasser des entreprises étrangères, la Russie parie fortement sur le local et la puissance du secteur informel.


    Dans sa grande mutation économique pour se débarrasser des entreprises étrangères, la Russie parie fortement sur le local et la puissance du secteur informel.

    La débilité des entreprises étrangères continue à chaque semaine qui passe avec de plus en plus de marques qui partent du pays. La Russie comble ce gap par différents moyens, notamment avec l’Iran, la Chine ou l’Inde qui se précipitent joyeusement en riant sous cape devant le suicide collectif de l’Occident.

    Mais il y a un domaine où la Russie n’a besoin de personne et c’est le secteur de la consommation courante comme les produits laitiers, les fruits et légumes et autres produits frais. Et le pays a décidé d’utiliser une approche très élégante qui est d’imiter le secteur informel.

    Le marché de grossistes et des détaillants était inexistant en Russie avant cette crise. Il représentait simplement 4 % de la consommation courante. La raison est que de nombreuses grandes surfaces et chaines de magasin avaient décapité la vente de gré à gré en homogénéisant les produits à l’extrême et en étouffant les producteurs.

    Un phénomène très connu en France où les agriculteurs, les laitiers et les éleveurs sont asphyxiés par la grande distribution, car chaque fruit et légume doit être parfait. Cela provoque la disparition des marchés traditionnels et des détaillants. De plus, la grande distribution est la principale responsable du gaspillage alimentaire en Occident puisque 50 % de la production maraîchère est jetée à la poubelle, faute de ne pas respecter « les normes ».

    En Russie, la grande distribution avait tué le marché local, les grossistes, les détaillants et les producteurs locaux à partir des années 2000. La faute à une arrivée massive d’investisseurs étrangers, mais aussi à des chaines de magasin qui ont éviscéré les épiciers du coin comme dans de nombreux pays.

    Par plusieurs déclarations du ministère du commerce, de l’industrie et de l’agriculture, la Russie veut ramener les marchés traditionnels et les détaillants et il veut donner une grande place aux circuits courts, c’est à dire que le producteur peut vendre directement au consommateur sans aucun chichi.

    En Europe, par exemple, il faut des milliards d’autorisations pour vendre une seule carotte. La Russie fait totalement l’inverse en considérant que n’importe qui, peut vendre ses produits et il n’a pas besoin d’être une entreprise ou un entrepreneur individuel. Cela signifie que si vous avez un petit potager et que vous avez un surplus de produits, alors vous pouvez le vendre à vos voisins ou au marché du coin sans devoir passer par la maison de fous administrative.

    Evidemment, il y aura des antennes locales vétérinaires et sanitaires pour s’assurer que les produits sont sains, mais c’est tout. C’est assez magistral comme approche, car c’est la définition même du circuit informel. Dans sa folie administrative et juridique, le mondialisme occidental veut la mort du circuit informel par tous les moyens.

    Ce circuit qui se caractérise par sa souplesse, sa circulation rapide du cash et des contrats avec une simple poignée de main sont un matelas extrêmement puissant pour créer de la richesse au niveau local. D’une part, cela crée de nouveaux emplois et l’argent reste dans la communauté et ne va pas engraisser des enseignes de grande distribution dont le siège social est dans les paradis fiscaux. Par exemple, l’Eglise Orthodoxe possède beaucoup de terres dans les zones rurales et elle a l’habitude de vendre des produits laitiers ou des légumes et avec cette nouvelle approche de la Russie, ce sera encore plus facile pour ce type d’entité informelle.

    Dans sa grande mutation économique pour se débarrasser des entreprises étrangères, la Russie parie fortement sur le local et la puissance du secteur informel.

    Et vraiment, le point important est que n’importe qui peut vendre ses produits. Ainsi, si on a une Babushka qui a l’habitude de faire des pots de confiture, alors elle pourra le vendre sans demander l’autorisation d’Ursula von der Leyen. Ces marchés grossistes et de détaillants seront implantés dans chaque région de Russie. Le principal objectif est de garantir la sécurité alimentaire au niveau local, mais aussi de ressusciter des semences, des recettes traditionnelles et des pratiques ancestrales qui étaient honnis par la grande distribution.

    C’est un moyen pour la Russie de renforcer encore plus sa souveraineté, mais aussi de reconnaitre la force du secteur informel. Parce que les babouins bienpensants se moquent de la Russie en disant que son PIB n’est que de 1500 milliards de dollars alors que celui de la France, par exemple, est de 2000 milliards. Bon, déjà faut leur expliquer que le PIB russe se base sur la richesse géologique et celle des champs agricoles contrairement aux PIBs occidentaux qui sont alimentés par de la monnaie de singe et de la dette.

    Mais surtout, vous avez de 1200 à 1500 milliards de dollars qui représentent le circuit informel russe. Cela signifie qu’en réalité, ce PIB dépasse les 3000 milliards de dollars. 1 russe sur 3 travaille au black et les contrats sont souvent signé par une poignée de main et on voit ce phénomène, même dans les grandes entreprises. Même si c’est d’un point de vue fiscal, cela peut faire hurler les gestionnaires européistes qui veulent contrôler chaque centime, ce matelas est d’une efficacité redoutable pour amortir les crises.

    Quand on voit la manière dont la Russie modélise son économie, on est frappé par la beauté de son bon sens et de ne jamais s’éloigner de la réalité pour se plonger dans des puits sans fond bureaucratiques. Dire que dans un pays moderne, le gouvernement encourage chacun à vendre ce qu’il veut comme il veut sans aucune contrainte, c’est tout simplement remarquable. Cela permettra à la Russie de solidifier sa souveraineté alimentaire et de se débarrasser définitivement de tous les vampires étrangers.

    Quand Lavrov nous dit que dans le futur, les Occidentaux seront obligés de négocier avec la Russie, mais ce sera à cette dernière de déterminer si elle a encore besoin d’eux, ce ne sont pas des rotomondates de petit mec, mais bien la direction que prend la Russie en coupant définitivement le cordon ombilical avec l’Occident, en se connectant vers l’Asie et en développant ses propres ressources.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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