Inde et Iran : Deux alliés imprévus pour le nouveau monde


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  • L’Inde et l’Iran sont bien partis pour devenir des alliés imprévus dans le nouveau monde. L’éléphant continue de jouer sa propre partition en devenant de plus en plus souverain et le lion veut profiter de l’effondrement occidental pour se développer et s’ouvrir au monde.


    L'Inde et l'Iran sont bien partis pour devenir des alliés imprévus dans le nouveau monde. L'éléphant continue de jouer sa propre partition en devenant de plus en plus souverain et le lion veut profiter de l'effondrement occidental pour se développer et s'ouvrir au monde.

    Il y a quelques jours, les deux ministres des affaires étrangères de l’Inde et de l’Iran, le Dr Subrahmanyam Jaishankar et le Dr. Hossein Amir-Abdollahian, se sont rencontré pour faire un point sur la relation entre les deux pays. Même le Premier ministre indien Modi, qui commente rarement sur les rencontres inférieures sur le plan protocolaire, n’a pas manqué de souligner l’importance de cette rencontre.

    L’Inde et l’Iran, c’est d’abord une relation historique entre l’Empire Perse et Indien qui date de plusieurs siècles. En fait jusqu’en 1947 et avant la partition avec le Pakistan, les deux pays étaient frontaliers et jouissaient d’excellentes relations. L’alignement de l’Inde avec l’Occident a quelque peu refroidi ces relations, notamment l’accord sur le nucléaire. Mais vu les séismes géopolitiques qui se produisent actuellement en Europe et en Asie, alors il est temps de mettre les choses à plat et de voir si on peut repartir sur de bonnes bases.

    L’Inde et l’Iran ont discuté de plusieurs choses, notamment des progrès sur l’accord concernant le nucléaire et l’accès à l’Afghanistan. Avant la partition, l’éléphant avait un accès direct avec le pays des Talibans. Et depuis des années, l’Inde veut aussi sa part du gâteau afghan. On a aussi le port Chabahar en Iran qui est une infrastructure construite par les deux pays et l’Inde compte énormément dessus pour se connecter à l’Afghanistan. Pendant la crise du Covid, l’Iran a été un partenaire essentiel pour livrer les aides et les vaccins fournis par l’Inde à l’Afghanistan.

    Cependant, les pierres d’achoppement sont encore nombreuses entre l’Iran et l’Inde. En premier lieu, vous avez l’accord nucléaire qui a été décapité par Trump et malgré les rounds de négociation, ça n’avance pas. Les derniers pourparlers en date n’ont rien donné avec les Occidentaux qui disent que l’Iran ne fait pas assez de progrès. Alors que le lion perse a donné toutes les garanties de sécurité. Après la décapitation de cet accord et sous les sanctions occidentales, l’Inde a dû suspendre ses importations de pétrole de l’Iran, représentait 18 % de ses besoins.

    L’Iran a trouvé un bon client de remplacement avec la Chine qui a conclu un partenariat de 25 ans pour son pétrole. Dans ce jeu géopolitique, vous avez aussi les arabes avec l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. L’Iran soutient les rebelles Houthis au Yémen tandis que les arabes veulent les détruire. Et l’Inde a de bonnes relations avec les pays arabes qu’il ne veut pas gâcher. Vous avez eu aussi l’affaire de l’article 370 de la Constitution indienne qui a été révoqué par le gouvernement Modi. Cette révocation supprime le statut spécial de la région du Cachemire. Cela signifie grosso modo que le Cachemire fait intégralement partie du territoire indien.

    Même si la plupart des pays arabes ont hoché la tête devant la décision, l’Iran a protesté, car il veut garder de bonnes relations avec le Pakistan qui considère que le Cachemire doit rester une région autonome et qu’il y a un risque de persécution contre les musulmans dans cette province. De son coté, l’Iran n’a pas apprécié que l’Inde succombe aux pressions internationales en le sanctionnant selon la volonté des occidentaux.

    Donc oui, les désaccords sont nombreux, mais c’est surtout lié à l’alignement de l’Inde avec l’Occident. Maintenant que l’éléphant veut retrouver sa souveraineté, il y a beaucoup de points sur lesquels les deux pays peuvent se mettre d’accord. Et on en revient à l’Afghanistan qui va devenir un enjeu crucial dans le nouveau monde. Par leur bêtise et leur médiocrité, les occidentaux ont rasé ce pays, mais ses ressources naturelles, évaluées à 1000 milliard de dollars sans oublier son emplacement stratégique comme un hub de transport, intéresse la Chine, la Russie et l’Inde.

    L’Inde veut se connecter à l’Afghanistan depuis des années et l’Iran va l’aider à le faire. Après la débâcle américaine à Kaboul, les perses ont été les seuls à garder leur ambassade ouverte. Les indiens leur ont emboîté le pas et ils accélèrent le renouveau de leur relation diplomatique avec les Talibans.

    Le principal problème est le blocage sur l’accord nucléaire. Si on ne lève pas les sanctions contre l’Iran, alors l’Inde ne peut pas acheter son pétrole aux iraniens. Et même s’il reçoit du pétrole et du gaz russe bon marché, l’éléphant veut absolument diversifier ses approvisionnement énergétiques. Si malgré l’échec de l’accord sur le nucléaire, l’Inde dit Fuck et continue sa coopération avec les Perses, alors ce sera un camouflet pour l’Occident.

    Ainsi, l’Inde peut se dire qu’elle commencera à acheter de nouveau du pétrole aux iraniens malgré les protestations hystériques des Occidentaux. Et si cela se produit, alors d’autres pays pourront suivre son exemple. En sachant que les sanctions n’ont rien donné, car on sait que les iraniens ont de quoi enrichir l’uranium depuis des années. S’ils voulaient la bombe, ils l’auraient eu depuis longtemps.

    Un autre obstacle est la relation exécrable entre les pays arabes et l’Iran. Mais là encore, les choses sont en train de changer. Comme l’Amérique veut abandonner le Moyen-Orient et se concentrer sur la Chine, les pays arabes cherchent de nouveaux alliés et surtout, ils ne s’alignent plus selon les desirata des occidentaux. La preuve est que malgré la pleurniche menaçante de Biden, les pays du Golf n’ont pas augmenté leur production de pétrole pour faire baisser les prix mondiaux.

    En revanche, l’eau est actuellement plutôt tiédasse entre l’Iran et les pays arabes alors qu’elle était glaciale il y a à peine quelques années. L’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite tiennent des négociations pour mettre fin à la guerre au Yémen. Vous avez aussi la Syrie qui penche agréablement vers les Perses. Evidemment, au Moyen-Orient, vous avez l’épine très problématique d’Israel. Cependant en 2020, vous avez eu la signature des Accords d’Abraham lancée par l’administration Trump. Ces accords est un genre de traité de paix entre les pays arabes, l’Iran et Israël (l’enterrement de la hache de guerre entre les trois religions abrahamiques). Même si c’est très informel et grandiloquent, c’est un signe qu’on n’est plus dans les années 1960 où chacun se tirait la langue en aiguisant son couteau derrière son dos.

    Cet accord stipule que même si les pays du Moyen-Orient ne peuvent pas s’entendre sur tout, ils peuvent quand même éviter de faire la guerre pour un oui et un non et renforcer leur relation commerciale. Ce qui fait qu’à l’heure d’aujourd’hui, l’Inde possède la meilleure place dans cet immense échiquier géopolitique. Elle a de bonnes relations avec l’Iran, les pays arabes, Israel et même l’Occident. Notons que la Chine peut aussi jouer ce rôle de pacificateur dans la région.

    En plus du pétrole iranien, l’Inde espère aussi ressusciter le pipeline Iran-Oman-Inde. C’est un pipeline sous-marin qui transporte le gaz iranien vers Oman. Cela permet à ce dernier d’avoir du gaz pas cher, car aujourd’hui, il est obligé d’importer du gaz naturel liquéfié, mais Oman pourrait aussi servir de transit à ce gaz pour atteindre l’Inde.

    En plus du secteur de l’énergie et de la politique pure, l’Iran est une pièce essentielle dans l’INSTC (International North South Transport Corridor) qui a été lancé par l’Inde en 2000 pour se connecter à l’Iran et à l’Asie Centrale en évitant le Pakistan. Aujourd’hui, l’INSTC a pris une importance considérable avec la guerre en Ukraine, car elle permet de connecter New Delhi à Moscou et elle est une bonne alternative au Canal de Suez. L’INSTC est un mélange de routes terrestres et maritimes ainsi que de voies ferrées. Elle permet aussi à de nombreux pays asiatiques de se connecter avec l’Europe.

    L’Iran est aussi en bons termes avec la Russie et la Chine et si l’Inde rejoint ce grand club du nouveau monde, alors cela donnera un bloc suffisamment puissant pour résister à la pression occidentale. Et si dans leur bêtise, l’Occident en vient à sanctionner l’Inde, alors celle-ci saura y faire face. En 1998, l’Inde a été sanctionné durement pour avoir acquis l’arme nucléaire et elle a appris à gérer les pressions extérieures.

    Notre mot de la fin est que c’est fascinant et excitant de voir ce nouveau monde qui se construit sous nos yeux. Et si vous lisez bien entre les lignes, alors les noms de l’Amérique et de l’Europe sont inexistants dans ce grand échiquier géopolitique. Le nouveau monde, par ses accélérations politiques et économiques, veut faire comprendre qu’il n’a plus besoin de l’Occident dans quelque domaine que ce soit.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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