Crise au Sri Lanka : une affaire de famille…


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  • On peut attribuer l’effondrement du Sri Lanka à plusieurs causes externes, mais leurs impacts restent minimaux comparé à la grande cause interne qui est que le gouvernement srilankais est un énorme népotisme digne de l’époque médiéval et qui a sclérosé le pays pendant des années à cause d’une corruption de niveau divin.


    On peut attribuer l'effondrement du Sri Lanka à plusieurs causes externes, mais leurs impacts restent minimaux comparé à la grande cause interne qui est que le gouvernement srilankais est un énorme népotisme digne de l'époque médieval et qui a sclérosé le pays pendant des années à cause d'une corruption de niveau divin.

    Le Sri Lanka fait la une des journaux, une profonde crise datant de plusieurs mois, des émeutes dans tous les coins de rue et un pays en effondrement à cause du manque de fric. Et on parle souvent des causes évidentes pour des médias de masse, car bon, le copié-collé ne permet aucun approfondissement, surtout intellectuel. On parle de l’inflation, de la guerre en Ukraine, de la « trappe à dette chinoise » mais le principal coupable du merdier Sri lankais est le gouvernement lui-même.

    En fait, la principale revendication des Sri lankais dans la rue est que la famille Rajapaksa se casse du pouvoir. La famille Rajapaksa règne sur le pays depuis plus de 20 ans et elle a érigé un véritable népotisme datant de l’époque médiévale. Ainsi, le président Gotabaya Rajapaksa a nommé plus de 20 membres de sa famille comme ses ministres au cours des dernières années, ce qui vous avouerez, n’est pas le summum de la démocratie athénienne.

    Ainsi, ces membres sont devenus des premiers ministres, mais aussi des Speakers du parlement. On a également eu des rejetons familiaux comme ministres des finances, de l’économie, de la défense, de la justice, du travail, de la gestion de l’eau, de l’aviation, du développement, des industries de plantation, de la pêche et du sport.

    Mais pourquoi s’arrêter dans des postes gouvernementaux ? Car les membres de la famille Rajapaksa deviennent aussi des présidents ou vice-présidents dans les grandes entreprises comme celle des télécoms, des compagnies aériennes, des ports, du gendarme de la bourse, dans la logistique, de Carlton TV, des hopitaux, de l’aquaculture ainsi que des compagnies de pêche.

    Ainsi, le Sri Lanka est géré par une seule famille qui verrouille tous les aspects du pouvoir et empêche tout débat démocratique ou une alternance politique. Par ailleurs, la haute trahison et l’hypocrisie n’étouffe pas la famille Rajapaksa, car beaucoup d’entre eux possèdent la double nationalité. Ainsi, le président Gotabaya Rajapaksa possède la nationalité sri lankaise et américaine. C’est pourquoi de nombreux manifestants brandissent des pancartes « Go Home Gota » pour signifier au président et à sa famille que sa patrie se trouve davantage à New York plutôt qu’à Colombo.

    On peut attribuer l'effondrement du Sri Lanka à plusieurs causes externes, mais leurs impacts restent minimaux comparé à la grande cause interne qui est que le gouvernement srilankais est un énorme népotisme digne de l'époque médieval et qui a sclérosé le pays pendant des années à cause d'une corruption de niveau divin.

    Pour mettre de la pommade, le président a changé de Premier ministre pour « plaire à la population ». En fait, c’est parce que la foule avait incendié la maison de l’ancien Premier ministre et que ce dernier n’avait sauvé sa peau qu’in extremis. Le nouveau Premier Ministre s’appelle Ranil Wickremesinghe et on peut espérer que les Sri lankais seront soulagés, car pour une fois, ce n’est pas un Rajapaksa. Mais en fait, le népotisme passe par des « couches » (mot compte double) au Sri Lanka. Car des membres de la famille Wickremesinghe sont mariés à ceux de la famille Rajapaksa et que les Wickremesinghe pratiquent le même népotisme puisque plusieurs d’entre eux ont été président, premier ministre et ils ont aussi leurs propres rejetons dans les grandes entreprises srilankaises.

    Actuellement, le Sri Lanka fait face à une inflation qui atteint les 30 % et le pays importe la majorité de ses produits essentiels comme les céréales, les médicaments ou les hydrocarbures. De plus, à cause d’une interdiction stupide sur des engrais synthétiques, principalement à cause de lobbys écologistes européens, la production agricole à chuté de 25 %. Les coupures d’électricité durent de 12 à 13 heures par jour. Ce qui signifie que les pêcheurs ne peuvent pas aller en mer, les tracteurs ne peuvent pas faire les récoltes et ces dernières pourrissent dans les champs, les ports maritimes ne tournent plus et les navires en attente provoquent une congestion de plus en plus importante. Et sans une injection massive de fric dans le gouvernement, cela va empirer dans les semaines à venir.

    Dans la géopolitique et la stratégie nationale, on doit s’en foutre totalement du type de gouvernement. Donc, je m’en fous qu’un gouvernement soit népotique, despotique, dictatorial, communiste, anarchiste ou autre, du moment que le modèle marche pour développer le pays et que la population y trouve son compte. Mais quand vous avez une seule famille qui étouffe le Sri Lanka pour s’engraisser comme des porcs, alors il faut qu’elle se casse ou qu’elle trépasse. Et ce n’est même pas une ingérence externe, car c’est ce que demandent les Sri lankais. Ils peuvent supporter l’inflation, les pénuries, mais ils veulent surtout dégager la famille Rajapaksa par la peau des fesses.

    Car pour l’inflation et les pénuries, la famille régnante ne souffre pas du tout, au contraire. Comme c’est un gouvernement népotique et que le pays doit tout importer, alors vous avez beaucoup d’entreprises d’importations qui sont tenus par les membres de la familia. Et les taxes d’importation sont au minimum de 20 % ce qui fait que non seulement, les Sri lankais se prennent l’inflation dans la gueule, mais on a aussi la dîme payée au gouvernement.

    Et la famille Rajapaksa ne refuse aucun monopole, même dans les produits les plus anodins. Ainsi, le principal mode de transport au Sri Lanka est ce qu’on appelle le Tuk-Tuk qui est un véhicule à trois roues populaire en Inde et qui a débarqué en Sri Lanka. C’est un mode de transport économique et pratique. On estime qu’il y aurait 1 millions de ces Tuk Tuk au Sri Lanka et son prix est d’environ 2 800 dollars sauf que le même Tuk Tuk coute 1 300 dollars en Inde. Et le Sri Lanka importe 100 % de ces véhicules du pays de l’éléphant. Cela signifie que la famille Rajapaksa se met quasiment 50 % dans sa poche grâce aux taxes d’importation. Alors que le Tuk Tuk est un véhicule ultra simple et le Sri Lanka pourrait le fabriquer intégralement ce qui créerait des emplois et des usines, mais non, l’avidité de la dîme est beaucoup plus grande dans la famille Rajapaksa.

    On peut attribuer l'effondrement du Sri Lanka à plusieurs causes externes, mais leurs impacts restent minimaux comparé à la grande cause interne qui est que le gouvernement srilankais est un énorme népotisme digne de l'époque médieval et qui a sclérosé le pays pendant des années à cause d'une corruption de niveau divin.

    Le Sri Lanka possède énormément de potentiel touristique, ce n’est pas un hasard si on la surnomme comme la Perle de l’Océan Indien, mais peu d’efforts ont été fait pour développer les 1 350 km de cotes qui bordent le pays. De nombreuses plages exceptionnelles sont à l’abandon.

    Le but de la famille Rajapaksa est très simple, presser l’économie du Sri Lanka autant que possible en mettant des entonnoirs à fric dans tous les aspects de la société sri lankaise. Et l’intérêt du Sri Lanka pour la Chine et l’Inde ont permis de continuer ce modèle inique pour le peuple Sri lankais, mais il montre clairement ses limites. Les indiens ne veulent pas payer et les chinois mettent des conditions pour aligner encore plus de fric que les 25 milliards de dollars qu’à déjà reçu le pays dans le cadre des investissements des Nouvelles Routes de la Soie.

    Les exportations sont essentielles pour le développement d’un pays. Cela dynamise l’industrie, l’emploi et cela entraine le pays vers des transformations perpétuelles. Et plus les exportations concernent des produits sophistiqués, alors plus le développement est prospère, car des industries de plus en plus diversifiées s’implantent dans le pays et attirent aussi les investisseurs étrangers. L’Indonésie, par exemple, a parfaitement compris cette approche et elle est en train de muter profondément son économie pour devenir l’un des géants en Asie du Sud-Est.

    On peut attribuer l'effondrement du Sri Lanka à plusieurs causes externes, mais leurs impacts restent minimaux comparé à la grande cause interne qui est que le gouvernement srilankais est un énorme népotisme digne de l'époque médieval et qui a sclérosé le pays pendant des années à cause d'une corruption de niveau divin.

    Les exportations du Sri Lanka ont stagné de 2008 à 2020 allant de 10,11 milliards de dollars à 11,30 milliards de dollars. C’est normal, car le gouvernement se concentre surtout sur les importations qui enrichissent la famille Rajapaksa. Si le gouvernement développait l’industrie, alors la famille perdrait son monopole ainsi que son pouvoir de nuisance.

    Actuellement, il y a trois entités qui peuvent aider le Sri Lanka à sortir de son merdier actuel. Le premier est l’Inde, mais elle n’alignera jamais suffisamment de fric, car elle connait parfaitement le régime. Même si de grandes entreprises indiennes sont présentes au Sri Lanka et qu’un effondrement entrainerait des pertes sèches pour ces entreprises. Le Sri Lanka demande aussi l’aide du FMI et ce dernier, qui est un outil de contrôle des américains, pourrait l’aider, mais il faudra rembourser les prêts. Et Bretton Woods pourrait le forcer à adopter une posture pro-américaine.

    Enfin, on a la Chine. Les médias de masse occidentaux, équivalent à des babouins sans cervelle, considèrent que la crise vient de la trappe à dette. Le concept de la trappe à dette chinoise n’a jamais été prouvée par les données. Quand la Chine prête de l’argent, elle s’attend à ce qu’on la rembourse ou qu’il y ait des retours sur investissement. C’est étrange de la part des occidentaux de dire que la Chine étouffe les pays qui ont des dettes envers elle, alors qu’ils font la même chose en pire avec la Banque mondiale et le FMI. Au moins, les chinois ne dirigent pas le pays en question à la place du gouvernement…

    Et la Chine a déjà investi de 25 à 40 milliards de dollars au Sri Lanka. Et le dragon avait beaucoup d’ambitions pour le pays. En plus d’être une pierre angulaire des Nouvelles Routes de la Soie, le pays devait aussi être un fer de lance géopolitique en dirigeant le China-Indian Ocean Council (CIOC), une initiative de la Chine pour inclure tous les pays de l’Océan Indien et dont l’objectif était de faire un joli pied de nez à l’Inde.

    Cependant, la famille Rajapaksa, en plus d’être totalement corrompue, est aussi des nazes de la pire espèce. Pour réussir un projet géopolitique de haute volet comme le CIOC, il faut une connaissance fine des relations internationales, de la stratégie et de sa propre importance dans le concert des nations. Malheureusement, les membres Rajapaksa sont surtout experts pour ruiner le pays et le CIOC est au point mort comme de nombreux projets du Sri Lanka qui lui permettrait de sortir la tête de l’eau.

    Mais la Chine, la main sur le coeur, est prête de nouveau à aligner du pognon, mais la condition sine qua non est que le Sri Lanka signe un accord de libre échange avec le dragon. Et le gouvernement ne peut pas accepter pour la même raison qu’il refuse de développer industriellement le pays. Dans le libre-échange, toutes les taxes sont supprimés et toute la ponction de dîmes orchestrée par la famille Rajapaksa pendant toute ces années tomberait à l’eau.

    Et pour cette famille régnante, ce ne serait pas la mer à boire. Après tout, ils se sont enrichis comme pas possible pendant 20 ans et qu’il est peut-être temps qu’ils quittent définitivement le pouvoir et le pays.

    Le Sri Lanka a tout pour réussir sa transition pour avoir une belle économie et une industrie florissante sans oublier le tourisme qui ferait pleuvoir la manne des devises étrangères. Mais pour ça, il faut que la famille Rajapaksa ne considère pas le Sri Lanka comme sa vache à lait personnelle.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

    Pour me contacter personnellement :

    1 Response

    1. Hura Putin dit :

      Je suis d’accord avec cette analyse. On retrouve ce modèle dans de nombreux pays marxistes.

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