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L’Argentine tournera-t-elle le dos aux BRICS avec l’élection de Milei ?


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  • Le nouveau président argentin, Javier Milei, a des projets radicaux pour son pays : abolir la banque centrale, adopter le dollar américain et se retirer du Mercosur. Il a également exprimé son hostilité envers la Chine et le Brésil, remettant en cause l’invitation de l’Argentine à rejoindre les BRICS.


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    Avec la victoire du candidat d’extrême droite Javier Milei aux élections présidentielles argentines le week-end dernier, l’invitation de l’Argentine à rejoindre le groupe des BRICS, composé des pays émergents du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, qui lui avait été faite il y a trois mois, a peu de chances d’être acceptée.

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    Pendant sa campagne, Milei, qui prendra ses fonctions le 10 décembre, a promis d’abolir la banque centrale, de se débarrasser du peso argentin comme monnaie et de le remplacer par des dollars américains afin de surmonter une crise financière qui a plongé 40 % des 45 millions d’habitants de l’Argentine dans la pauvreté et fait grimper l’inflation à plus de 140%. “Je sais comment exterminer le cancer de l’inflation” a-t-il déclaré.

    Les idées radicales de Milei comprennent également la rupture des liens avec les deux plus grands partenaires commerciaux de l’Argentine, le Brésil et la Chine. Milei a dit qu’il ne maintiendrait pas de relations politiques avec la Chine ou tout autre pays “communiste”, limitant les relations au secteur privé. Il a qualifié le pays d'”assassin” et affirmé que ses citoyens n’étaient pas “libres”. Il a également promis de retirer l’Argentine du Mercosur, le bloc commercial sud-américain, et a décrit le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva comme un “socialiste à vocation totalitaire”.

    Quant à la réalité économique, il est incertain qu’il puisse tenir ces promesses. Sabino Vaca Narvaja, ambassadeur d’Argentine en Chine, a déclaré que rompre les liens avec la Chine entraînerait la perte de “millions d’emplois” et une “implosion triple productive, sociale et financière”.

    Il a souligné les nombreux projets d’infrastructure financés par des banques chinoises en Argentine, comme deux barrages hydroélectriques en Patagonie, et a dit que ces initiatives pourraient être suspendues en cas de rupture des relations entre les deux pays. L’Argentine dispose également d’une ligne de swap de devises de 18 milliards de dollars US avec la Chine, qu’elle a utilisée pour soutenir le peso argentin.

    En août, l’Argentine a été invitée à rejoindre le groupe des BRICS en tant que membre à part entière, en partie grâce au soutien de la Chine.

    L’adversaire de Milei aux élections, Sergio Massa, a souligné lors des débats l’importance de la Chine pour l’économie nationale, car elle représente une grande part des exportations de nombreuses provinces argentines. Milei a répondu en affirmant que l’Argentine pourrait simplement trouver d’autres partenaires commerciaux, et a rejeté les déclarations de Massa selon lesquelles les emplois seraient affectés par les changements dans la relation avec la Chine.

    Cependant, la Chine est également le deuxième partenaire commercial de l’Argentine. Son secteur agroalimentaire joue un rôle de premier plan dans cette relation, avec 92 % des exportations de soja du pays et 57 % de ses expéditions de viande envoyées en Chine en 2022. La Chine a également réalisé des investissements notables dans le secteur énergétique du pays et dans son industrie du lithium en plein essor.

    Comme toujours, la réaction de Pékin a été pragmatique : la Chine a félicité Javier Milei pour sa victoire à l’élection présidentielle en Argentine, même après qu’il ait remis en question la nécessité de commercer avec la nation asiatique. “Nous félicitons l’Argentine pour son élection présidentielle et félicitons M. Milei pour son élection“, a déclaré la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Mao Ning, lors d’un point de presse régulier hier (lundi 20 novembre).

    En août, lorsque les vues de Milei sur la Chine ont fait surface pour la première fois, Wang Wenbin, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, a répondu aux déclarations de Milei en l’invitant à visiter la Chine. “Je crois que si M. Milei peut venir en Chine et voir le pays par lui-même, il trouvera une réponse totalement différente à la question de savoir si les Chinois sont libres et la Chine est sûre.”

    Ce qui va se passer ensuite est incertain. Milei présente des similitudes avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui n’est pas non plus un politicien de carrière et qui a un passé d’animateur de télévision. Donald Trump a salué le triomphe de Milei en disant “Bonne nouvelle ! Melei va rendre sa grandeur à l’Argentine“.

    Ce qui est certain, c’est que l’adhésion de l’Argentine à l’initiative des nouvelles routes de la soie et à son adhésion imminente aux BRICS sera très incertaine.

    L’arrivée de l’Argentine dans les BRICS a été un événement mineur pour l’organisation, car le seul pays qui était intéressant était l’Iran. L’Iran fait partie à la fois des BRICS, mais aussi de l’Organisation de la Coopération de Shanghai. Ce qui fait de lui un maillon essentiel pour le nouveau monde. C’était une faveur pour l’Argentine de rejoindre les BRICS, car ces derniers pouvaient lui offrir une alternative pour redresser son économie.

    Ce qui est ironique est que la crise argentine a été provoqué par les effroyables réformes néolibérales bien avant l’ère du président Fernandez. De même que le Chili, l’Argentine a été un laboratoire des Chicago Boys et de la stratégie de choc. Si l’Argentine ne rejoint pas les BRICS, ces derniers n’auront même pas une égratignure. Au contraire, c’est un boulet en moins qu’ils n’auront pas à redresser. Mais si le Milei national suit ses plans de supprimer la Banque centrale et de supprimer la monnaie de son pays, alors il sera le grand héro qui aura transformé l’Argentine en colonie américaine.

    Quand Milei prendra le pouvoir, il se rendra rapidement compte que gérer un pays est différent des déclarations enflammées d’une campagne électorale. La Chine lui rappellera doucement que sans son aide financière massive, l’Argentine serait déjà en faillite. Le nouveau président ne prendra pas le risque de rupture nette, mais il va inventer des bidouilles juridiques pour faire trainer l’adhésion. Et s’il continue sur sa lancée malgré les réalités économiques, alors l’Argentine se retrouvera dans une situation 100 fois pires qu’elle ne l’est actuellement.

    Le prochain grand attendu dans les BRICS sera l’Indonésie. Il est difficile de dire si les BRICS vont accepter de nouveaux membres en 2024 ou s’ils attendront 2025, mais ce qui est certain est que l’Indonésie fera partie des nouveaux venus. Et l’arrivée de l’Indonésie signifie que l’ASEAN vient de rejoindre les BRICS, la zone économique la plus dynamique au monde. Chaque pays dans l’ASEAN est économiquement puissant et souverain jusque dans ses ongles. Et comme cette zone commence à se dédollariser, alors cela permettra de faire un bon de géant sur les échanges commerciaux intra-brics dans les monnaies nationales du nouveau monde.

    C’est terrible que l’Argentine parie sur l’ancien monde. Vous pariez sur l’Occident, vous allez mourir avec lui.

    Source : Silk Road Briefing

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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