Comment le “Parti de la soumission” mène l’Europe dans l’abîme


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  • L’Europe a choisi, aux marges ou aux dépens des démocraties, de se transformer en une sorte d’Amérique latine 2.0, prête à recevoir les excédents commerciaux américains, son énergie coûteuse et ses fonds vautours.


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    Une pierre tombale avec les couleurs de l'Europe symbolisant sa soumission aux américains

    La Maison Blanche et les grands médias se sont efforcés de diffuser la nouvelle selon laquelle la République populaire démocratique de Corée (alias Corée du Nord) a désormais fourni à la Russie des missiles et des lanceurs pour un système similaire à l’Iskander à courte portée pour bombarder l’Ukraine.

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    Comme toujours, sur ces sujets, le discours de Washington souffre d’une erreur originale : nous pouvons, d’autres ne peuvent pas ; nous le faisons, mais nous le pouvons ; nous montrons du doigt, mais ne nous montrons pas du doigt ; parce que nous sommes la “nation indispensable”, les dirigeants du “monde libre”. Cependant, si l’on regarde les déclarations de John Kirby (assistant du secrétaire d’État américain à la Défense), on constate que ce qui compte vraiment est laissé de côté, et ce qui ne l’est pas, la prétendue fourniture d’armes d’un pays à l’autre est diffusé comme s’il s’agissait d’un péché mortel.

    Comme pour tout ce que dit Washington, c’est à l’interprète d’essayer de comprendre non pas ce qui est littéralement exprimé, mais ce qui ne l’est pas. Et ce qui est omis dans les propos de Kirby est ce qui compte vraiment.

    Nous savons tous que les États-Unis n’ont ménagé aucun effort pour isoler, imposer un blocus, mettre sous embargo et attaquer la République populaire démocratique de Corée et son peuple. L’intégration de la RPDC dans le cadre de la loi sur le commerce avec l’ennemi de 1917 remonte à 1950, année du début de la guerre de Corée.

    Depuis lors, la RPDC a commis le péché de survivre à la guerre et de protéger sa souveraineté. Ayant traversé des difficultés absolument indescriptibles, provoquées, exploitées et aggravées par Washington quand même, et contre tout le monde (presque), la RPDC peut non seulement être fière d’avoir protégé sa souveraineté face à une attaque hégémonique, mais aussi survivre assez longtemps pour assister à la naissance du monde multipolaire et, par conséquent, à l’exploitation des contradictions que propose la stratégie américaine en tentant de maintenir son hégémonie.

    Si les sanctions euphoriques promues contre la Russie par l’Occident collectif ont ouvert les yeux de nombreux Russes sur les véritables intentions impliquées, elles ont également favorisé une réalité selon laquelle ce pays a tout ce qu’il faut pour en sortir plus fort qu’avant. D’une part, en 2023, sa croissance sera supérieure à celle de la zone euro.

    Si, pour la RPDC, la tentative d’isolement de la Fédération de Russie s’est avérée être l’occasion d’échapper à une certaine marginalisation imposée par la puissance hégémonique, d’autres pays ont également vu cette rupture comme une opportunité précieuse : l’Iran, qui en a profité pour renforcer son armée, les capacités aérospatiales, logistiques et même énergétiques ; Cuba, qui trouve désormais en Russie un partenaire économique plus disponible que jamais, face aux impositions auxquelles elle devait se conformer auparavant en termes d’embargo économique américain sur l’île des Caraïbes ; L’Afrique, auparavant dépendante des “partenariats” néocoloniaux européens, a pu trouver en Russie un soutien complémentaire à ce que la Chine lui apportait déjà, à savoir dans le domaine militaire, la lutte contre le terrorisme (avec le parrainage occidental d’ailleurs) et l’énergie (Rosatom est aujourd’hui leader mondial dans la construction de centrales nucléaires).

    Même pour l’Inde, cette tentative d’”isoler” la Russie a été une grande récompense, le pays acquérant 18 % de tout le brut exporté par la Russie à moindre coût, curieusement, pour en revendre une grande partie à l’Europe avec un bénéfice substantiel, mais pas seulement.

    Alors que le projet Brahmos avait déjà produit des missiles hypersoniques comme le Brahmos-II, ce qui a vraiment bouleversé l’Oncle Sam, c’est le récent accord de coopération militaire entre les deux pays, signé en mai 2023 et déjà en cours, appelé “Feuille de route pour une croissance durable de la défense”. Comme les États-Unis, dont les efforts pour éloigner les deux pays ont été vains, nous pouvons tous sentir ce qui est à l’origine d’une telle situation ces jours-ci, marqués par la confrontation directe entre l’OTAN et la Fédération de Russie sur le sol ukrainien.

    La coopération militaire stratégique avec la Russie signifie aujourd’hui une souveraineté militaire, politique et, dans le cas d’un pays de la taille de l’Inde, une souveraineté économique. Cela signifie que, comme la Russie et la Chine, l’Inde est et sera libre de se moquer de la transmission d’ordres directs de Washington.

    La propre montée en puissance militaro-industrielle de la Corée du Sud (2 % du PIB entre 2018 et 2022, soit une augmentation de +74 % par rapport à 2017-21) constitue forcément un sérieux avertissement pour la Russie et la Chine. Pourquoi pas le Japon ? Pour les mêmes raisons que la Grande-Bretagne (qui a chuté de 35 % sur la même période). Le fait qu’il s’agisse d’îles et que cela pose divers problèmes logistiques aurait rendu opportun le déplacement des ressources vers des endroits dotés d’une frontière terrestre et plus proches de “l’ennemi”, mais pas au point que la courte distance mette en danger l’ensemble du système militaro-industriel.

    Le même raisonnement aurait pu être utilisé en Europe, favorisant la croissance en France et en Italie (+44 et 45% sur la même période) et le désinvestissement en Allemagne (-35%). Le fait que l’Allemagne soit plus proche de “l’ennemi” et qu’une route logistique sûre soit possible plus loin est peut-être à l’origine de cette tendance.

    Voyons si cela continue (Scholz semble vouloir inverser la tendance). Ce que nous ne pouvons pas faire, c’est ignorer les conséquences possibles de cette réalité : premièrement, l’investissement plus ou moins important dans les complexes militaro-industriels dans les pays à la frontière sécuritaire américaine prend en compte avant tout la relation avec les ennemis de la puissance hégémonique. ; d’autre part, la Russie et la Chine savent tirer les bonnes leçons de ces démarches, dénonçant en l’occurrence une volonté claire d’établir une capacité de production en lien avec d’éventuelles routes logistiques militaires en cas de conflit brûlant.

    Pour l’heure, ces démarches ne semblent pas laisser beaucoup de doutes sur les projets structurants militaro-industriels et logistiques et sur leurs objectifs.

    Néanmoins, ces choix ont été une véritable loterie mondiale, avec certains gagnant des capacités énergétiques, d’autres en matière de production d’armes, d’autres technologiques et, pour l’auteur principal de toute cette stratégie, cela signifie tous ces avantages ensemble et aussi financiers.

    Mais il y a une région du monde qui persiste à tirer le meilleur parti de ce cadre, ce qui n’augure rien de bon pour sa population. Non, je ne parle pas de la Corée du Sud qui, parmi tous ses avantages, a appris à ses dépens qu’on ne peut pas jouer avec un pays comme la Russie. Après tout, Moscou avait prévenu : “Vous ne voulez pas d’armes modernes en République démocratique populaire de Corée ? Alors n’envoyez pas d’armes en Ukraine“. Ils se trouvent désormais confrontés à un accord de coopération militaire entre la Russie et la RPDC.

    Nous parlons bien sûr de l’Europe. Au fond, c’est l’Europe, plus précisément la zone euro et, plus encore, le bloc impérialiste qui a cédé la place aux États-Unis : la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et la France, qui paient la facture de toute cette grande chance mondiale.

    L’Europe est en effet confrontée à un immense imbroglio. Les choix que feront les citoyens et les élites politiques dans les mois à venir seront essentiels pour inverser ou accélérer la tendance actuelle, marquée d’abord par l’inflation, puis par la stagnation et le déclin économiques, déjà évidente dans l’augmentation des faillites dans la zone euro, avec le nombre d’entreprises en difficulté et en liquidation atteint des sommets jamais vus depuis 2015.

    Comme beaucoup l’ont déjà dit, la débâcle industrielle en Allemagne est notoire, en France les perspectives ne sont pas du tout encourageantes, avec la perte de “colonies” comme le Niger, le Mali ou le Burkina Faso, ou dans l’Italie de Meloni, qui représente si bien ce qui est aujourd’hui, c’est la droite néofasciste et populiste qui entraîne dans l’abîme les peuples dépolitisés d’Europe.

    C’est un partisan de droite soumis à l’impérialisme américain, engagé dans le démembrement des souverainetés nationales en faveur de la dictature d’une bureaucratie bruxelloise non élue, incapable même des tirades nationalistes du fascisme des années 30. Pour notre malheur, on ne peut même pas dire qu’”au moins, ce ne sont pas des bellicistes”.

    Ils le sont, tout autant que les autres. Mais au lieu de le faire pour des projets nationalistes plus ou moins ésotériques et triomphalistes, ils le font en bons lieutenants, en soldats au service de leurs maîtres. Ils ont beau proclamer le “changement”, il n’existe que deux grands groupes politiques en Europe : le parti de la soumission (à l’empire, à Bruxelles, à l’OTAN, à l’UE) ; et le parti de la libération, en faveur de la souveraineté, de l’amitié entre les peuples et de la lutte contre l’impérialisme.

    Le parti de la soumission, de la majorité, l’hégémon, joue si bien son rôle qu’il a réussi à embarquer l’Europe dans une guerre dont il est désormais le principal contributeur. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les États-Unis ne sont pas le principal contributeur à l’effort ukrainien. Ce ne sont certainement pas eux qui contribuent le plus en pourcentage du PIB, ni même en termes absolus. Le poids de ce fardeau pèse de manière désastreuse sur l’Europe, en particulier sur l’Europe orientale et baltique, et ce, de diverses manières.

    Si, sur les 73 milliards remis par les États-Unis, 44 milliards constituent une “aide” militaire dans le cadre du programme de “prêt-bail” et seront donc remboursés par le peuple ukrainien à l’avenir, seuls 25 milliards constituent une “aide” financière. En ce qui concerne l’Union européenne, sur les 90 milliards qu’elle a déjà cédés, 81 milliards sont de l’argent. Autrement dit, l’UE s’endette (peut-être auprès des usuriers américains), et ne finance plus le développement de ses États membres, pour financer un pays qui n’en est pas membre et qui a décidé, sous sa propre responsabilité, (nous savons que ce n’est pas du tout le cas, n’est-ce pas ?) de s’armer et d’assumer ce qu’il prétend être la “défense du monde libre”.

    Mais ce chiffre, donné par les institutions européennes, n’inclut pas les 22 milliards de l’Allemagne, qui en a également profité pour vendre 18 milliards d’armes, ni la contribution de pays comme le Danemark, la Pologne (le plus grand fournisseur de véhicules blindés), les Pays-Bas, la Slovaquie, l’Estonie, la Lituanie, la Finlande ou la République tchèque. Plus l’effort est important, plus ils se rapprochent de la Fédération de Russie. C’est la règle d’or.

    Et tout en renonçant à des avantages stratégiques que tout dirigeant sérieux, aussi myope soit-il, ne manquerait jamais de voir, l’Europe a choisi, aux marges ou aux dépens des démocraties, de se transformer en une sorte d’Amérique latine 2.0, prêt à recevoir les excédents commerciaux américains, son énergie coûteuse et ses fonds vautours.

    Fondamentalement, l’élite politique glamour de la soi-disant “démocratie libérale”, obéissant aux diktats d’une bureaucratie lointaine et fermée, a décidé de : renoncer au lien géographique et culturel naturel avec les continents asiatique et africain, ce qui permettrait la création d’une grande zone de développement international ; se débarrasser d’un approvisionnement régulier, en quantité et en qualité, d’énergie bon marché, de produits intermédiaires et de substituts sur mesure et abordables ; dire non à un marché immense, composé de plus de 160 millions de personnes (Russie + Biélorussie), au pouvoir d’achat moyen et avides de produits européens à forte valeur ajoutée, bientôt échangés contre des produits chinois, coréens et japonais.

    Il faut être absolument stupide, lâche ou en manque total de capacités de leadership pour ouvrir la main à ces avantages. L’Europe, d’un seul coup, les a tous abandonnés. Entendre un incompétent comme Scholz blâmer la Russie parce que le gaz est plus cher et que, par conséquent, l’économie allemande est en ruine.

    Pour quiconque connaît l’histoire, c’est désespérant. Ces gens ont célébré “la libération du gaz russe” ! Cette élite fermée, sans éducation et politiquement nulle, célèbre toujours la “libération” des avantages énergétiques compétitifs, des avantages de marché et de l’accès à des facteurs de production importants. On pourrait presque dire que ce sont des sortes d’écocapitalistes arriérés qui veulent nous renvoyer aux grottes, mais en mode néolibéral.

    Mais non! Alors que les pays baltes font des efforts brutaux pour financer la guerre de l’OTAN, dépensant entre 1,5 et 2 % de leur PIB pour “soutenir” une guerre qui fait d’eux des cibles pour la plus grande puissance nucléaire du monde (et comme ils l’ont célébré, ces malades !), c’est de l’autre côté de l’Atlantique que l’on retrouve aussi les bénéfices de cette disgrâce.

    Parmi les 20 pays qui ont le plus augmenté leur budget militaire en 2022, 10 sont européens, 11 si l’on compte l’Ukraine, qui a dépensé 44 milliards de dollars en armes cette année-là. De l’autre côté de la médaille, nous trouvons les États-Unis, avec une part de 40 %, et le premier fournisseur mondial d’armes, en hausse de 14 % depuis 2018. Un simple graphique montre où va une partie importante de cette facture mondiale que l’UE paie : aux USA ! Les États-Unis comptent 42 % de la population mondiale totale gagnant un revenu annuel de plus d’un million de dollars, alors que l’Union européenne n’en compte que 27 %.

    Considérant que le PIB américain en 1991 (date de la fin de l’URSS) était inférieur à celui européen, et qu’en 2000 l’UE avait déjà été dépassée (voilà le désastre de la création de la zone euro). La dernière fois que l’UE était en avance était vers 2008. Depuis lors, le PIB américain est passé de 14,77 milles milliards à 25,44 milles milliards de dollars, tandis que celui de l’UE est passé de 16,3 à 16,75 milles milliards. Qu’avons-nous eu depuis ?

    La crise des subprimes de 2008, avec les crises des dettes souveraines européennes (qui ne se souvient pas de la réduction des pays en difficulté à de misérables PIGS ?) qui paye la facture américaine, à travers la dollarisation imposée par le FMI et les versements précipités aux fonds vautours de Wall Street. ; Covid-19, avec l’achat par Ursula von der Liar de 5 doses de Pfizer, Moderna et Johnson pour chaque tête européenne (des centaines de millions de doses sont gaspillées), chien ou chat ; la guerre avec la Russie, sur le sol ukrainien, qui a constitué un échec et mat pour la connexion euro-asiatique et la construction d’un supercontinent.

    En fait, à partir de 2008, lorsque Poutine a mis en garde contre les intentions de l’OTAN en Ukraine lors de la réunion de l’OTAN à Bucarest, a commencé toute une phase finale du naufrage de l’économie européenne, que beaucoup, inconsciemment et d’autres avec démence, célèbrent.

    C’est lui qui paie pour cette immense loterie internationale. Et la Commission européenne, jamais élue, ainsi que le parti de la soumission, se réjouissent encore de ce résultat !

    C’est la première fois que je vois quelqu’un heureux de payer pour des prix gagnés par d’autres !

    Par Hugo DIONÍSIO sur Strategic Culture Foundation, avocat, chercheur et analyste géopolitique. Il est propriétaire du blog canalfactual.wordpress.com et co-fondateur de MultipolarTv, une chaîne Youtube destinée à l’analyse géopolitique. Il développe une activité de militant des droits de l’homme et des droits sociaux en tant que membre du conseil d’administration de l’Association portugaise des avocats démocrates. Il est également chercheur et conseiller politique à la Confédération des syndicats des travailleurs portugais (CGTP-IN).

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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