Faillite du Sri Lanka : Incompétence et népotisme avant tout


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  • Le Sri Lanka vient de faire défaut sur sa dette souveraine et même si les babouins bienpensants occidentaux considèrent que c’est la preuve de la trappe à dette chinoise, c’est davantage dû au népotisme et à l’incompétence du gouvernement en place.


    Le Sri Lanka vient de faire défaut sur sa dette souveraine et même si les babouins bienpensants occidentaux considèrent que c'est la preuve de la trappe à dette chinoise, c'est davantage dû au népotisme et à l'incompétence du gouvernement en place.

    Si vous lisez uniquement les médias occidentaux, alors la faillite récente du Sri Lanka sur sa dette souveraine est provoquée par la méchante Chine qui veut esclavagiser le pauvre peuple sri lankais. Mais la réalité est bien différente et on l’a déjà écrit que c’est surtout le résultat de décennies de népotisme et d’incompétence colossale de la part de la famille Rajapaksa qui règne au pouvoir.

    Dans sa tentative de résoudre la crise, le pays a nommé un nouveau Premier ministre, Ranil Wickremesinghe, qui a décidé de faire défaut sur la dette souveraine, car il ignore totalement ce qui se passe dans ce gouvernement. Notons que la famille Wickremesinghe n’est pas non plus une ode à l’intégrité, car ses membres ont également l’habitude d’occuper des postes dans le gouvernement et dans les entreprises d’Etat.

    Le défaut de la dette souveraine vient du fait que Wickremesinghe n’a pas pu créer un budget de sortie de crise depuis 6 semaines. Et il explique que c’est parce que les ministres précédents n’avaient gardé aucune trace des indicateurs économiques. Je vous la fais courte, l’incompétence était telle dans ce gouvernement qu’ils ne savaient même pas la quantité de dette extérieure qu’ils avaient. On estime cette dernière à plus de 51 milliards de dollars.

    Et c’est normal, car les deux précédents Ministres d’économie du Sri Lanka, Mahinda et Basil Rajapaksa, sont des frères du président Gotabaya Rajapaksa et ils n’avaient aucune connaissance en économie ou dans le secteur bancaire. Je pense que dans le monde, il n’y pas de président aussi corrompu et incompétent que Gotabaya Rajapaksa, mais il refuse obstinément de démissionner jusqu’aux prochaines élections qui se tiendront en 2024.

    En fait, la seule réponse du président Gotabaya Rajapaksa a été de donner l’ordre de tirer à vue sur les manifestants qui protestent et veulent sa démission depuis des semaines.

    Le problème est que si un pays ne connait même pas sa propre dette, alors il est impossible de la restructurer et de demander de nouveaux prêts. Cela implique que 22 millions de sri lankais viennent de plonger dans un gouffre infernal de faillites, de pénuries et de famines.

    Les médecins du pays estiment qu’il n’y a plus de médicaments essentiels, les futures mères risquent de mourir parce qu’ils manquent d’équipements pour les césariennes. Cela signifie aussi que les personnes avec des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, le cancer risquent de crever comme des chiens.

    Vous avez aussi des pénuries d’hydrocarbures qui provoquent des coupures d’électricité durant 12 à 13 heures par jour. Les récoltes pourrissent dans les champs, car les tracteurs n’ont pas de carburant. Avant la faillite, les récoltes rizicoles avaient plongé de 25 % à cause d’une stupide interdiction sur l’importation d’engrais synthétique.

    Donc, c’est la merde à tous les étages. Et qu’est-ce qu’on fait quand on est dans une telle merde ? Eh ben, on fait comme en France et McKinsey et on appelle des firmes juridiques, spécialisées dans la restructuration de dette. Le Sri Lanka a fait appel à Clifford Chance qui est britannique et Lazard qui est français. Le choix de Lazard est intéressant, car c’est cette firme française qui avait négocié la dette de la Zambie envers la Chine et le FMI qui totalisait 16 milliards de dollars.

    Lazard a réussi à négocier, mais cela leur a pris 12 mois alors que le Sri Lanka a besoin d’une montagne de fric dans les prochaines semaines. De plus, la dette sri lankaise est trois fois plus importante que celle de la Zambie. Et on dit souvent que c’est la Chine qui a endetté le Sri Lanka jusqu’au cou. En fait non, la dette chinoise ne représente que 18 % de la dette totale. Mais encore, comme ces débiles au gouvernement ne savent même pas combien ils ont emprunté, alors on peut simplement donner une estimation.

    Le Sri Lanka doit aussi de l’argent au Japon et à l’Inde. Et les vautours de la haute finance tournoyaient autour du Sri Lanka depuis pas mal de temps. Dans sa folie d’incompétence et aussi pour cacher les énormes trous dans la caisse, le Sri Lanka a aussi émis des obligations envers des investisseurs privés. Et c’est Clifford Chance qui sera chargé de négocier le remboursement de ces obligations. Cependant, le représentant des investisseurs privés (donc ceux qui ont acheté les obligations sri lankaises) est Rothschild qui est connu dans le milieu pour être un requin et un négociateur impitoyable.

    S’il a fallu 1 an à la Zambie pour restructurer sa dette alors qu’elle n’était que de 16 milliards, alors imaginez combien de temps cela va prendre pour négocier 51 milliards de dollars ? En sachant que les caisses du gouvernement sri lankais sont dans une opacité totale. Il faudra attendre peut-être 2, 3, voir 4 ans pour qu’ils s’en sortent. Et surtout à quel prix ? Car, dans ce type de situation, on connait bien la chanson. La totalité du pays va être bradé aux multinationales et les Sri lankais pourront apprécier leur nouveau statut d’esclaves.

    Le Sri Lanka pourrait demander de l’aide à la Banque mondiale, au FMI ou à la Banque asiatique de développement, mais tout cela prendra énormément de temps. Il a réussi à arracher un prêt de 500 millions de dollars à l’Exim Bank of India dont 48 millions de dollars seront disponibles prochainement ce qui est à peine suffisant pour que le pays dure 3 jours. De plus, l’Inde ne peut plus sortir le portefeuille comme autrefois, car plusieurs Etats indiens connaissent aussi des difficultés financières.

    Le principal problème du Sri Lanka est que la famille Rajapaksa considère le pays comme sa vache à lait personnelle. Le gouvernement fait exprès de ne développer aucune industrie et tous les produits essentiels sont importés. Et ce sont les membres de la famille Rajapaksa qui possèdent la majorité des entreprises d’importation avec une taxe qui est de 20 % au minimum. De plus, la Chine avait déjà tenté de l’aider avant cette faillite, mais le dragon avait mis la condition d’un accord de libre échange.

    Le libre échange permettrait au Sri Lanka d’exporter ses produits vers la Chine ce qui dynamiserait ses industries et créerait des emplois et surtout, cela détruirait le monopole dégueulasse mis en place par la famille Rajapaksa. C’est sûr que les produits chinois inonderaient le pays, mais c’est mieux que de se retrouver avec des pénuries généralisées dans tous les domaines.

    On peut aussi juste imaginer l’ampleur de la crise migratoire que va provoquer cette faillite du Sri Lanka. Déjà que les migrants Sri Lankais se précipitaient pour aller en Inde et en Europe, désormais, ce sera des centaines de milliers de personnes qui vont affluer sur les cotes européennes et indiennes.

    Le Sri Lanka pose aussi une question plus profonde, quasiment philosophique sur les bienfaits de la démocratie à l’occidental. C’est vrai que le président Gotabaya Rajapaksa a été élu « démocratiquement », mais est-ce que sous le prétexte démocratique, on doit laisser en place un président et sa famille qui ruine un pays depuis des décennies et qui aujourd’hui, affame son peuple sans la moindre vergogne et qui n’hésite pas à lui tirer dessus quand ce peuple demande à cette famille de se casser du pays ?

    De nombreux membres de la famille Rajapaksa ont la double nationalité, ainsi le président Gotabaya Rajapaksa possède la nationalité américaine et peut-être qu’il devrait retourner, avec toute sa clique, dans son pays d’adoption et foutre la paix au Sri Lanka ?

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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