L’affaire Prigojine : Un autre son de cloche


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  • L’affaire Prigojine montre à quel point les Occidentaux et leurs médias peuvent se laisser avoir par des ruses grossières. Cependant, on peut faire entendre un autre son de cloche avec de vrais problèmes entre Prigojine et certaines autorités russes, mais aussi que ce soit une Maskirovka pour ouvrir un front dans le nord de l’Ukraine. Et l’arrivée du “chef de Poutine” en Biélorussie n’est sans doute pas au hasard.


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    L'affaire Prigojine montre à quel point les Occidentaux et leurs médias peuvent se laisser avoir par des ruses grossières. Cependant, on peut faire entendre un autre son de cloche avec de vrais problèmes entre Prigojine et certaines autorités russes, mais aussi que ce soit une Maskirovka pour ouvrir un front dans le nord de l'Ukraine. Et l'arrivée du "chef de Poutine" en Biélorussie n'est sans doute pas au hasard.

    Le récent échec de la tentative de Wagner Group, dirigée par Yevgeny Prigojine, de marcher sur Moscou, a suscité des avis contrastés, selon les points de vue. Les académiciens occidentaux détracteurs de la Russie, commentant tous de l’extérieur, considèrent cet échec comme une perte pour le président Poutine et un gain pour Kiev. Mais c’est assez idiot comme réflexion.

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    En fait, Prigojine marchait pour sauver sa propre peau. Ayant franchi la ligne rouge, notamment en critiquant ouvertement le président Poutine en déclarant imprudemment ” Demain, nous aurons un nouveau président “, Prigojine cherchait une solution pour échapper à une situation très critique. Il pouvait revendiquer cet acte comme un acte patriotique ” les russes ne verseront pas une goutte de sang”, mais il savait qu’il était isolé, car l’avion privé du président Poutine avait déjà quitté Moscou pour la résidence présidentielle à Valdaï.

    Cela signifiait simplement que Prigojine n’avait plus le soutien militaire et présidentiel russe et qu’il était désormais trop insignifiant aux yeux de Poutine pour mériter une rencontre avec lui. Le président biélorusse, Alexander Lukashenko, a donc été désigné pour le remplacer.

    Cependant, la marche de Prigojine ne visait pas à effectuer un coup d’Etat, bien que certains l’aient interprétée ainsi. Le média Chine-Russie, (écrit ni de Chine ni de Russie), a même donné à Prigojine une chance de 10 % de devenir président, une évaluation évidemment absurde.

    En réalité, Prigojine a simplement couru à Moscou pour trouver le financement qu’il avait perdu pour son armée. C’était une marche à Moscou ou faire face à une mutinerie de ses propres hommes. Selon les dernières rumeurs, des millions de dollars avaient été retrouvés dans les bureaux de Wagner Group à Saint-Pétersbourg par le FSB, l’agence de sécurité russe, qui était censé servir de salaire aux soldats de Wagner Group. Prigojine était donc bloqué et tentait de gagner du temps en cherchant à organiser la rencontre avec qui pouvait l’aider.

    De ce fait, l’issue n’était jamais certaine si Prigojine trouverait un nouvel allié pour le financer ou s’il était exilé dans un pays étranger. La décision aurait pu être suicidaire. En fin de compte, il a été exilé en Biélorussie, ce qui confirme cette stratégie. En conséquence, quels sont les résultats de cette étrange « coup qui n’a jamais été » qui a tant excité les esprits ?

    Le retour des troupes de Wagner sous commandement militaire russe : quelle implications pour l’Ukraine ?

    Le groupe Wagner est désormais sous le commandement militaire russe, perdant ainsi son indépendance. Cette opération permet une meilleure coordination, communication et efficacité sur le champ de bataille mais aussi permet à Poutine de garder la main sur l’action de ce groupe en dehors de la Russie.

    Quant à la politique de la Russie envers l’Ukraine, elle reste inchangée. Les troupes de Wagner reviennent simplement à leur position antérieure sous le contrôle du commandement militaire russe.

    Le retrait de Prigojine est interprété comme une victoire pour Poutine et le ministre de la défense, Sergey Shoigu, qui ont su que le mercenaire devenait un élément trop imprévisible disruptif, malgré ses efforts pour maintenir l’ordre dans ses rangs.

    L’alliance entre Prigojine et Loukachenko ne date pas d’hier. Tous deux ont vécu des temps difficiles depuis la chute de l’Union soviétique et leur amitié vieille de longue date, a sans doute été utile pour permettre de le relocaliser en Biélorussie où ses talents pourront être mis à profit pour créer une force de frappe.

    La Biélorussie qui a une population totale de 9,5 millions d’habitants, avec une population carcérale trois fois supérieure à la moyenne européenne, pourrait en effet fournir une base d’entraînement idéale pour de nouvelles troupes, prêtes à combattre dès le printemps 2024, située à seulement 530 km de Kiev.

    Cette nouvelle donne pourrait créer une situation très préoccupante pour Kiev dès le début de l’année prochaine. Les autorités ukrainiennes doivent être vigilantes face à cette évolution et ajuster leurs stratégies en conséquence.

    Une offensive russe déguisée en insurrection

    La position des troupes russes a connu un changement significatif en un week-end, avec des colonnes se dirigeant vers Moscou, mais faisant soudainement demi-tour pour se regrouper aux frontières sud-ouest de la Russie.

    On a aussi des troupes tchétchènes envoyées pour “régler” le sort de Wagner au sud et des unités de réserve de l’armée russe se déplaçant rapidement vers le centre-ouest, pour toujours “régler” le sort du groupe Wagner. Et puis, comme mentionné précédemment, il y a Prigojine lui-même, installé en Biélorussie au nord de l’Ukraine, avec plusieurs contingents opérationnels de Wagner.

    Cela ne semble pas être une coïncidence ; cela pourrait signifier qu’il n’y a jamais eu de “mutinerie” ou de “coup”. Un indice est que Prigojine a rencontré Poutine il y a seulement deux semaines, alors que tout semblait aller bien entre eux.

    Le repositionnement des forces russes avec ses grandes réserves, des forces tchétchènes et du groupe Wagner signifie également que la Russie est désormais mieux positionnée pour mener une offensive de manière plus forte à partir du nord-est russe, laissant les Ukrainiens réévaluer leurs positions dans le sud.

    Ce qui a été présenté comme un “coup” pourrait en fait être tout autre chose. Si c’est vrai, Poutine, Loukachenko et Prigojine se moquent de la naïveté de l’Occident, qui saisit immédiatement toute chose suspecte à propos de la Russie comme une faiblesse.

    Cela suggère également que selon les termes russes, même si les “académiciens russes” occidentaux, ne comprendront jamais, l’ensemble de la ruse s’inspire de la “Méthode pour les acteurs” de Stanislavski. En résumé, cela consiste en des états progressifs de relaxation, d’attention concentrée, d’imagination, de communication et d’émotions. C’est exactement ce qui s’est produit avec l’Affaire Prigojine de ce week-end.

    Globalement, il semble que les Russes se soient payés la tête de l’Occident avec brio, utilisant l’argument de la “mutinerie” pour réaliser des mouvements stratégiques clés. De plus, il est possible que Prigojine se serve de son héritage juif pour chercher plus tard un exil en Israël. Dans tous les cas, cela pourrait être utile pour l’armée israélienne, mais mauvais pour la Palestine.

    La position de la Chine

    Il y a eu beaucoup de spéculation médiatique occidentale sur les vues de la Chine à propos de l’incident de Prigojine. En réalité, le ministre chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, a rencontré dimanche (25 juin) le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andrei Rudenko, à Pékin.

    Les deux hommes ont été photographiés souriants et marchant ensemble après ce qui a été décrit comme un “échange de vues sur les relations sino-russes et les questions internationales et régionales d’intérêt commun”. La réalité est que la Chine n’a fait aucune déclaration officielle sur les événements du week-end et ne semble guère préoccupée.

    Le mot de la fin

    Il devrait être évident à ce stade que le président russe Poutine, et récemment tout le pays, a été “analysé”” tant de fois par l’Occident que la rhétorique devient un manège burlesque et de désinformation, délibérée et/ou incompétente.

    Le président américain Biden avait déclaré que les sanctions économiques “transformeraient le rouble en décombres” (à la place, ça a été la monnaie la plus performante au monde en 2022) tandis que l’UE s’assure constamment que “les sanctions fonctionnent” alors que c’est tout le contraire.

    Il semble que la “contre-offensive” ukrainienne promue à tue-tête par les médias de masse et renforcée militairement par l’Occident n’a pas donné grand-chose, avec des médias occidentaux remplis de contenus sur la supériorité de leurs chars. Et on les voit surtout bruler les uns après les autres.

    Rester à déterminer si dans le futur, les politiciens occidentaux pourront comprendre la différence entre leurs cerveaux faisandés par leur idéologie et la réalité sur le terrain. Mais ce qui se passe cependant est que l’oiseau démocratique des opinions survolera bientôt les États-Unis et une grande partie de l’UE. 2024 sera donc une année charnière pour l’Ukraine qui déterminera son avenir. Avec l’approche de l’hiver, un retournement massif et franchement inattendu est nécessaire pour que Kiev soit en mesure de déterminer un résultat de son choix.

    Avec les États-Unis sur le point d’entrer en campagne présidentielle, les chances de Biden seront entravées par une économie problématique et une nouvelle guerre ingagnable. Avec Trump qui dit pouvoir “résoudre le problème avec un simple coup de téléphone”, l’inflation et les taux d’intérêt restent élevés, sans parler de son âge, Biden a du pain sur la planche pour maintenir sa présidence.

    Cela s’avérera finalement plus important que les problèmes de l’Ukraine. S’il en est ainsi, des négociations devront être menées entre Kiev et Moscou.

    Mais ce qui est vraiment frappant dans l’affaire Prigojine, c’est qu’elle est à peine plus qu’une note de bas de page obscure dans le conflit ukrainien, malgré les efforts des médias occidentaux pour la présenter comme quelque chose de plus important.

    Après tout, Poutine, Loukachenko ou Prigojine n’ont pas besoin d’attirer de l’audience contrairement aux médias occidentaux de masse, qui sont délaissés massivement par leur population et qui ne peuvent pas survivre sans une atmosphère de peur constante et des événements exceptionnels alors que c’est juste une Maskirovka de plus dans l’histoire russe.

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur en chef d'Actualité Houssenia Writing. Rédacteur web depuis 2009.

    Blogueur et essayiste, j'ai écrit 9 livres sur différents sujets comme la corruption en science, les singularités technologiques ou encore des fictions. Je propose aujourd'hui des analyses politiques et géopolitiques sur le nouveau monde qui arrive. J'ai une formation de rédaction web et une longue carrière de prolétaire.

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